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Isack Hadjar perçoit en 2026 un salaire estimé à 6,6 millions d’euros chez Red Bull Racing, bonus compris. Il y a deux ans, ce même pilote ne touchait pas un centime pour courir en Formule 2, où il a terminé vice-champion du monde. Cette trajectoire financière — de zéro à plusieurs millions en une saison — est moins le fruit d’une success story romanesque que la conséquence mécanique d’un système économique très particulier, celui du sport automobile de haut niveau.
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Pour sa première saison en Formule 1, en 2025 au sein de Racing Bulls, le salaire de base d’Isack Hadjar était estimé entre 500 000 et 1 million d’euros selon les sources — Business Book GP avançait 800 000 euros, RacingNews365 la fourchette basse à 500 000 euros. Un niveau plancher qui le plaçait parmi les pilotes les moins bien rémunérés du plateau, aux côtés de Jack Doohan.
Son contrat prévoyait une clause de renouvellement automatique conditionnée aux performances face à son coéquipier. La saison a basculé au GP du Japon le 6 avril : Liam Lawson, rétrogradé de Red Bull après deux courses catastrophiques, a remplacé Yuki Tsunoda comme coéquipier d’Isack Hadjar. Le Franco-Algérien a alors démontré une supériorité nette — 21 duels en qualifications remportés sur 27, 51 points en fin de saison contre 38 pour le Néo-Zélandais, un podium au GP des Pays-Bas le 31 août (troisième place), et une 12e place au championnat des pilotes.
Cette saison rookie convaincante a suffi à déclencher sa promotion chez Red Bull Racing pour 2026, aux côtés de Max Verstappen. Le bond salarial est immédiat : 6,6 millions d’euros selon Business Book GP, soit une multiplication par cinq à sept de sa rémunération. Le contrat est structuré en « 1+1 » — une année ferme en 2026, une option pour 2027 — avec des clauses de rétrogradation précises : en cas de retour chez Racing Bulls en cours de saison, le salaire tombe à 4,2 millions d’euros ; une option 2027 activée sur fond de performances insuffisantes pourrait voir cette rémunération divisée par deux. Ce modèle contractuel est désormais le standard de l’académie Red Bull pour ses jeunes pilotes.
Pour situer ces chiffres dans leur contexte, la grille 2025 présente des écarts de rémunération vertigineux : Max Verstappen perçoit entre 65 et 72 millions d’euros, Lewis Hamilton entre 60 et 80 millions chez Ferrari, Charles Leclerc entre 26 et 35 millions. Même à 6,6 millions d’euros, le pilote reste dans la seconde moitié du classement salarial d’un plateau de vingt pilotes.
Ce que le salaire ne couvre pas
« J’ai commencé à vraiment gagner ma vie cette année, en F1 », a déclaré le pilote lors de son passage dans l’émission Zack en roue libre en décembre 2025. Cette phrase résume une réalité structurelle souvent méconnue : en Formule 2 comme en Formule 3, les pilotes ne sont pas rémunérés — ils paient pour courir. Une saison en F2 coûte entre 1,5 et 2 millions d’euros, une saison en F3 environ 1 million. Isack Hadjar a pu franchir ces étapes grâce au soutien du Red Bull Junior Team, annoncé en juin 2021, et aux sponsors que sa mère, Randa Hadjar, avait réunis pour combler les budgets.
Le prize money distribué par la FOM (Formula One Management) ne revient pas aux pilotes mais aux écuries, réparti selon le classement constructeurs. En 2025, Racing Bulls a perçu environ 119 millions de dollars (6e constructeur), Red Bull Racing environ 152 millions (3e). Les pilotes n’accèdent à ces flux qu’indirectement, via des primes de performance contractuelles — victoires, podiums, objectifs de classement — dont les montants restent confidentiels.
Au-delà du salaire, le pilote dispose de plusieurs partenariats personnels : NH Expertises (assurances), Swing One (agence IT), Moteur & Sens (concessionnaire automobile de luxe), PitLegend (mémorabilia motorsport) et la FFSA. Ces contrats, encore modestes à l’échelle de la discipline, sont typiques d’un pilote en début de carrière dont la valeur commerciale se construit.
En septembre 2025, il est devenu l’un des visages de la collection capsule Hugo Boss × Red Bull sous la marque HUGO, avec son coéquipier Liam Lawson — bombers, denims et sweats graphiques à l’esthétique années 90. Il a également été ambassadeur de HUGO Eyewear dans le cadre du partenariat avec Racing Bulls. Ces collaborations, négociées via l’écurie, génèrent des revenus complémentaires dont les montants ne sont pas rendus publics.
Côté réseaux sociaux, le pilote compte environ 2 millions d’abonnés sur Instagram. HypeAuditor estime ses revenus potentiels liés à la plateforme à environ 160 000 dollars par an. Il entretient toutefois un rapport nuancé avec ces activités, ayant publiquement reconnu refuser certaines demandes de l’équipe réseaux sociaux de Red Bull, jugeant que certains formats ne lui « semblent pas corrects ». Une posture qui limite peut-être quelques opportunités à court terme, mais qui construit une image d’authenticité dont la valeur commerciale à long terme n’est pas négligeable.
IHM et IH6 : la structuration en pilote-entrepreneur
La gestion des intérêts commerciaux du pilote repose sur une société dédiée : IHM, une SAS créée en mars 2023 à Issy-les-Moulineaux, dont l’objet couvre la communication en sports mécaniques, la recherche de sponsors et la promotion de l’image de pilotes. Isack Hadjar en est le président ; sa mère Randa, qui assurait déjà le rôle de manager depuis les catégories de formation, en est la directrice générale.
En décembre 2025, quelques jours après l’annonce de sa promotion chez Red Bull, il a lancé IH6, sa propre marque de vêtements. La collection s’articule autour de trois univers — Classic, Fun et High School — avec un positionnement tarifaire délibérément accessible : t-shirts à partir de 35 euros, casquettes à 40 euros, sweats à 99 euros, casques miniatures dédicacés à 120 euros. Ce positionnement vise une communauté jeune, au-delà du seul public de Formule 1, en faisant de la notoriété du pilote un actif direct plutôt qu’un simple support de licences. Un merchandising officiel distribué via Fanatics et des boutiques spécialisées complète ce dispositif.
22 Ventures : l’accélérateur commercial
Le tournant structurant dans la monétisation de l’image du pilote a été annoncé en août 2025, à la veille du GP de Hongrie : la signature d’un partenariat avec 22 Ventures, agence basée à Londres, Madrid et Paris, cofondée par Karim Chellat. Le portefeuille de l’agence — Kylian Mbappé, Erling Haaland, Lamine Yamal, Bukayo Saka — situe immédiatement le niveau visé. 22 Ventures a obtenu l’exclusivité sur les activités commerciales individuelles du pilote, en collaboration avec Randa Hadjar qui conserve son rôle opérationnel.
« Je suis déterminé à ne travailler qu’avec les meilleurs, et m’associer à 22 Ventures était le choix évident pour ma carrière », a-t-il déclaré. Ce partenariat change concrètement la portée des opportunités accessibles : grands contrats publicitaires internationaux, ambassadorats de marque premium, partenariats médiatiques à l’échelle mondiale.
La saison 2026 est le véritable test de valorisation économique à long terme. Coéquipier de Verstappen dans une Red Bull engagée dans la nouvelle réglementation moteur, Isack Hadjar se trouve à un carrefour dont l’issue conditionne directement sa trajectoire financière.
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