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- Une offre à 1,2 million d’euros refusée
- 63 574 exemplaires en une semaine
- Comment fonctionne la rémunération d’un auteur
- L’estimation des revenus en France et à l’international, audiovisuel
- Et les droits audiovisuels ?
- La fourchette globale : entre 800 000 et 2,3 millions d’euros
- Ce que Gisèle Pelicot a choisi de faire de cet argent
- Ce que révèle le refus de l’offre à 1,2 million d’euros
63 574 exemplaires vendus en une semaine, numéro un des ventes simultanément en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Norvège, publication dans 22 langues le même jour : Et la joie de vivre, paru chez Flammarion le 17 février 2026, est déjà l’un des phénomènes éditoriaux de la décennie. Le contrat signé avec l’éditeur n’a jamais été rendu public dans son intégralité, mais les informations partielles divulguées par la presse, croisées avec les standards de l’industrie, permettent de reconstituer une estimation sérieuse. Les revenus bruts de Gisèle Pelicot — avance sur droits, royalties françaises et internationales, droits audiovisuels — se situent dans une fourchette comprise entre 800 000 et 2,3 millions d’euros.
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Une offre à 1,2 million d’euros refusée
Plusieurs mois avant la publication, au moins trois grandes maisons d’édition se sont disputé les droits du témoignage : Flammarion (groupe Madrigall), Michel Lafon et Robert Laffont (Editis). Selon Le Parisien, l’un des concurrents — non identifié — a proposé une avance sur droits de 1,2 million d’euros. La famille Pelicot a décliné. Marianne a ensuite rapporté que le contrat finalement conclu avec Flammarion portait sur « un chèque de plus de sept chiffres », soit plus d’un million d’euros.
Ce n’est pas une surenchère financière qui a emporté la décision, mais une proposition éditoriale. Sophie de Closets, directrice de Flammarion, a mis en avant l’accompagnement de Judith Perrignon, journaliste et romancière reconnue, spécialisée dans l’écriture de témoignages littéraires. C’est cet argument humain, et non le montant du chèque, qui a convaincu Gisèle Pelicot.
63 574 exemplaires en une semaine
Le tirage initial était fixé à 150 000 exemplaires. Dès la première semaine, Flammarion a procédé à deux réimpressions. L’institut GfK a comptabilisé 63 574 exemplaires vendus sur les sept premiers jours, propulsant le livre en tête des ventes françaises. L’éditrice a déclaré sur France Inter que le livre était « sur une tendance à 250 000 exemplaires » — une projection initiale, non un chiffre consolidé.
À l’international, le succès est immédiat et documenté : numéro un en première semaine au Royaume-Uni (publié par The Bodley Head, groupe Penguin), en Allemagne et en Norvège. Aux États-Unis, le livre est paru sous le titre A Hymn to Life, Shame Has to Change Sides. Une tournée promotionnelle mondiale a été organisée, avec notamment une réception par la reine Camilla à Buckingham Palace, et des déplacements prévus en Espagne, Italie, Canada et aux États-Unis.
Comment fonctionne la rémunération d’un auteur
Avant d’estimer les revenus, un point de mécanique s’impose. L’à-valoir — ou avance sur droits — est une somme versée à la signature du contrat. Elle est ensuite déduite des droits proportionnels générés par les ventes. Si les ventes dépassent le montant de l’avance, l’auteur perçoit un complément ; dans le cas contraire, l’avance reste acquise et n’est pas remboursée.
En France, les droits d’auteur représentent généralement entre 8 % et 12 % du prix de vente hors taxes. Les contrats à fort tirage prévoient souvent des paliers progressifs : 8 % jusqu’à 10 000 exemplaires, 10 % entre 10 000 et 20 000, puis 12 % au-delà. Le prix public d’Et la joie de vivre étant fixé à 22,50 € TTC — soit environ 21,33 € HT après application de la TVA à 5,5 % —, chaque exemplaire vendu génère entre 1,70 € et 2,56 € de droits bruts.
Ces droits sont partagés entre Gisèle Pelicot et sa co-autrice Judith Perrignon. Le partage exact n’a pas été divulgué. Dans ce type de configuration — le sujet principal apporte l’histoire, le co-auteur assure l’écriture —, les usages du secteur oscillent entre 60/40 et 70/30 en faveur du sujet principal. Les estimations ci-dessous retiennent une part de 65 % pour Gisèle Pelicot.
L’estimation des revenus en France et à l’international, audiovisuel
Sur la base du prix HT et d’un taux de droits moyen de 10 %, les projections suivantes peuvent être établies :
– Pour 250 000 exemplaires vendus (scénario Flammarion), les droits totaux s’élèvent à environ 533 000 €, dont 346 000 € revenant à Gisèle Pelicot.
– Pour 400 000 exemplaires, ce sont 853 000 € de droits totaux, soit 555 000 € pour Pelicot.
– Si les ventes atteignent 600 000 exemplaires, avec un taux à 12 %, les droits totaux dépassent 1,5 million d’euros, pour une part Pelicot de près d’un million d’euros.
Ces montants s’entendent avant impôts et cotisations sociales. Si les droits proportionnels dépassent l’avance versée par Flammarion, l’excédent est versé à l’auteur ; dans le cas contraire, l’avance constitue le plancher garanti.
Les droits de traduction ont été cédés dans 22 langues par l’agence littéraire Susanna Lea Associates, basée à Paris, Londres et New York. Chaque éditeur étranger verse sa propre avance, assortie de royalties proportionnelles aux ventes locales. Le succès commercial confirmé au Royaume-Uni, en Allemagne et en Norvège dès la première semaine laisse entrevoir des volumes conséquents. Les droits internationaux pourraient représenter entre 200 000 et 800 000 € supplémentaires, une fourchette large qui reflète la variabilité des conditions contractuelles selon les marchés.
Et les droits audiovisuels ?
L’histoire de Gisèle Pelicot a suscité une compétition entre plateformes de streaming. Pauline Dauvin, patronne des contenus Netflix France, a publiquement confirmé être « en discussion ». C’est finalement HBO qui l’a emporté : en janvier 2026, la chaîne américaine a officialisé la production d’un documentaire réalisé par Joanna Natasegara — oscarisée pour The White Helmets — et coproduit par Laura Poitras (Citizenfour) en tant que productrice exécutive. Le tournage a eu lieu notamment sur l’île de Ré, où réside Gisèle Pelicot. Le documentaire est attendu sur HBO Max courant 2026.
Les droits d’adaptation audiovisuelle représentent généralement 1 à 3 % du budget de production, auxquels s’ajoutent des royalties sur les recettes futures. Pour un documentaire de cette envergure, le minimum garanti versé à l’auteur de l’œuvre adaptée se situe habituellement entre 50 000 et 300 000 €.
La fourchette globale : entre 800 000 et 2,3 millions d’euros
En agrégeant l’ensemble des flux — avance Flammarion estimée entre 500 000 € et plus d’un million d’euros, droits proportionnels sur les ventes françaises, revenus internationaux et droits audiovisuels HBO —, les gains bruts de Gisèle Pelicot se situent dans une fourchette comprise entre 800 000 € (hypothèse basse) et 2,3 millions d’euros (hypothèse haute), avec un scénario central autour de 1,5 million d’euros. Ces chiffres sont bruts : la fiscalité applicable aux artistes-auteurs en régime BNC, et les cotisations sociales associées, réduiront significativement le revenu net.
Plusieurs inconnues persistent : le montant exact de l’avance Flammarion, le taux de droits négocié, la clé de répartition avec Judith Perrignon, les avances versées par chacun des éditeurs étrangers et les termes du contrat HBO. Toute estimation définitive est donc impossible — les fourchettes ci-dessus constituent un ordre de grandeur rigoureux, pas une comptabilité certifiée.
Ce que Gisèle Pelicot a choisi de faire de cet argent
Une partie des revenus est déjà redistribuée. Selon la documentariste Salhia Brakhlia, interviewée par Télé-Loisirs le 24 février 2026, Gisèle Pelicot a fait un don personnel de 20 000 euros à l’association Isofaculté de Mazan, qui accompagne les femmes victimes de violences par la médiation équine. Ce geste s’inscrit dans un contexte plus large : en juin 2025, Paris Match avait été contraint de verser 40 000 euros à deux associations — dont 20 000 € à Isofaculté — dans le cadre d’un accord amiable consécutif à la publication de photos volées.
Ce que révèle le refus de l’offre à 1,2 million d’euros
Les chiffres, aussi significatifs soient-ils, ne constituent pas l’angle le plus révélateur de cette histoire éditoriale. Le principal est ailleurs : Gisèle Pelicot a refusé l’offre financièrement la plus généreuse pour choisir celle qui lui garantissait le meilleur accompagnement. C’est ce choix — et non le montant du contrat — qui dit quelque chose sur la nature du projet. Le livre n’a pas été conçu comme un produit ; il a été pensé comme un acte. Les revenus qu’il génère en sont la conséquence, non le moteur.


