Combien gagne vraiment François Ruffin ?

La promesse est connue : se payer au SMIC, d'abord comme député, demain comme président. Les déclarations officielles de François Ruffin racontent une autre histoire.

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Il se présente comme le candidat du peuple, promet de se payer au SMIC s’il entre à l’Élysée, et cultive depuis 2017 une image de député qui vit comme ses électeurs. François Ruffin, candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027 a bâti une part de sa crédibilité politique sur cette cohérence affichée entre le discours et le porte-monnaie. Les chiffres déclarés à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique racontent une histoire plus complexe.

Sur la période 2019-2023, les revenus annuels nets déclarés par François Ruffin à la HATVP ont oscillé entre 81 237 euros (2021) et 181 353 euros (2020), pour une moyenne d’environ 125 000 euros nets par an. Le SMIC annuel brut, lui, s’établit à environ 21 600 euros en 2024. L’écart entre la promesse et la réalité déclarée se mesure donc en multiplicateur, pas en nuance.
Ces chiffres n’ont rien d’illégal ni même d’inattendu pour un député-cinéaste-écrivain. Ils ont le mérite d’exister, publiés noir sur blanc, et c’est précisément ce qu’ils disent qui mérite d’être lu.

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Indemnité parlementaire : un montant fixe, une redistribution invérifiable

Depuis le 1er janvier 2024, tout député perçoit une indemnité mensuelle brute de 7 637,39 euros, soit 5 953,34 euros nets avant impôt sur le revenu. Ruffin lui-même parle de « 5 700 euros nets, je crois » dans une interview accordée à Konbini — une approximation raisonnable du montant officiel.
Les données HATVP confirment une indemnité nette annuelle stable, autour de 70 000 à 75 000 euros :

Sur son indemnité, Ruffin applique depuis 2017 un principe simple : ne conserver que l’équivalent du SMIC, reverser le reste à des associations. La loi ne permettant pas à un député de renoncer individuellement à son indemnité, il s’agit d’un reversement volontaire, hors de tout cadre de contrôle institutionnel. Selon une enquête de Marianne, il conserverait en réalité environ 2 800 euros par mois — et non les 1 100 euros initialement avancés. Des dons à des associations de paysans, à l’organisation Bloom ou à des CCAS de communes défavorisées ont été documentés. Libération a confirmé l’existence de ces versements sans pouvoir établir la ventilation exacte.

Cinéma, livres, réalisation : trois sources à géométrie variable

Merci Patron !, le documentaire sorti en 2016, César du meilleur documentaire en 2017 et plus de 518 000 entrées en salle, continue de générer des revenus plusieurs années après sa sortie. En 2019, Ruffin perçoit 60 920 euros nets au titre de la production cinématographique. Les trois années suivantes sont à zéro. En 2023, une résurgence à 17 178 euros, puis 8 000 euros en 2024. Il décrit lui-même ces liquidités comme un « trésor de guerre » dans lequel il puise pour compléter ses revenus réels : « Ce n’est pas vrai que je vis avec le SMIC. Parce que vivre avec le SMIC dans notre pays, en plus j’ai deux gamins, c’est bien compliqué. »

Auteur d’une quinzaine d’ouvrages depuis 2003, Ruffin déclare des droits d’auteur très fluctuants. L’année 2020 est hors norme : 109 333 euros nets, vraisemblablement portés par le succès de Ce pays que tu ne connais pas (paru en février 2019). Les autres exercices oscillent entre 2 257 euros (2024) et 25 433 euros (2023). Il déclare que « souvent, les droits d’auteur vont à des associations ou à Picardie Debout ! » — son mouvement politique. Les montants HATVP correspondent aux sommes effectivement perçues, avant tout reversement volontaire ultérieur.

Depuis 2023, une troisième ligne apparaît dans sa déclaration : les revenus de réalisateur, via la SARL Les Quatre Cents Clous, sa société de production. Montants limités — 3 672 euros en 2023, 5 426 euros en 2024 — mais qui signalent une activité professionnelle distincte du mandat.

Patrimoine : une SARL à 370 000 euros et un oubli de déclaration

Au-delà des flux annuels, la dimension patrimoniale complète le portrait. Selon sa déclaration HATVP de janvier 2025, François Ruffin détient 75 % du capital de la SARL Les Quatre Cents Clous, valorisée à 370 691 euros. La société ne verse aucun dividende.

La promesse au SMIC : sincère, vérifiable à moitié

L’engagement date de la campagne de 2017 : « Me payer au SMIC, ensuite avoir un mandat révocable. » La promesse a une limite : la loi interdit à un député de renoncer individuellement à une fraction de son indemnité. Le dispositif repose donc entièrement sur la bonne volonté du déclarant. Aucun organisme public ne contrôle la réalité des reversements annoncés.

Ruffin lui-même a relativisé l’engagement à un an de distance : « Je me suis engagé, donc je le fais. Mais bon, franchement, j’aurais dû dire salaire médian ou salaire moyen… La prochaine fois, je m’accorderai une augmentation de salaire. » La formule, prononcée devant Marianne, dit autant sur les contraintes pratiques du SMIC que sur la nature symbolique de la promesse initiale.

Candidat déclaré à la présidentielle 2027 sous la bannière de son mouvement Debout !, lancé le 28 juin 2025 à Paris, il a proposé d’étendre la logique à l’Élysée : « Comme président de la République ça sera pareil, ça sera le SMIC. » La rémunération présidentielle s’établit aujourd’hui à environ 16 000 euros bruts mensuels.

Ce que la redistribution personnelle ne change pas pour l’État

Un dernier point mérite d’être posé clairement, car il échappe souvent au débat. La redistribution volontaire de Ruffin n’affecte en rien le coût de son mandat pour les finances publiques. Depuis janvier 2026, les frais de fonctionnement d’un député métropolitain sont couverts par une dotation de fonctionnement parlementaire de 7 238 euros mensuels — distincte de l’indemnité personnelle, non fongible, contrôlée par le déontologue de l’Assemblée. À cela s’ajoute un crédit collaborateurs de 11 463 euros par mois, avec lequel Ruffin finance cinq assistants parlementaires, dont deux exercent également pour l’association Picardie Debout !



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