Rachida Dati victime de l’effet Streisand

WikiDati recensait discrètement les affaires judiciaires de Rachida Dati. En demandant sa censure trois heures après son lancement, le camp de la candidate a offert au site une audience inespérée.

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L’effet Streisand désigne le phénomène par lequel une tentative de supprimer une information produit l’effet exactement inverse : en attirant l’attention sur ce qu’elle cherchait à faire disparaître, elle en décuple la diffusion. Le terme est né en 2003, quand la chanteuse Barbara Streisand avait tenté de faire retirer d’internet une photographie aérienne de sa villa californienne — une image que personne n’avait remarquée jusqu’alors, et que des millions de personnes consultèrent après la médiatisation de sa plainte.

Candidate LR à la mairie de Paris et visée par douze affaires judiciaires, Rachida Dati vient d’en faire l’amère expérience : le 27 février 2026, trois heures après la mise en ligne de WikiDati.fr — un site compilant ces affaires à destination des électeurs parisiens — son directeur de campagne adressait à l’hébergeur OVH une demande formelle de dépublication. Un site que personne ne connaissait est devenu, en quarante-huit heures, un sujet d’actualité nationale.

Dossier judiciaire
Les affaires judiciaires visant Rachida Dati
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WikiDati, un site que personne ne connaissait

Mis en ligne seize jours avant le premier tour des élections municipales parisiennes fixé au 15 mars 2026, WikiDati.fr se définit comme « un projet citoyen ayant pour objectif la diffusion des informations sur les affaires visant Rachida Dati auprès des citoyennes et citoyens de la ville de Paris ». Le site ne produit aucune enquête originale. Il agrège et source douze affaires documentées par des médias de référence — Le Monde, Libération, Le Nouvel Obs, Le Canard Enchaîné, Blast — en précisant pour chacune les faits, la chronologie et le stade judiciaire. Sans la demande adressée à OVH, WikiDati aurait vraisemblablement circulé dans un périmètre militant restreint, loin des radars de l’actualité électorale.

La demande de censure a rendu visible ce qu’elle voulait faire disparaître

Le directeur adjoint de la rédaction du Nouvel Obs Clément Lacombe a relayé l’affaire sur le réseau X le 4 mars 2026. Le sujet a ensuite été largement repris sur Reddit et Facebook. En quelques jours, la tentative de dépublication avait généré pour WikiDati une audience que plusieurs semaines de diffusion organique n’auraient pas produite.

Le paradoxe est d’autant plus saisissant que les informations compilées par WikiDati étaient déjà publiques — des affaires couvrant des montants allant de 299 000 euros (GDF-Suez) à 900 000 euros (Renault-Nissan), des enquêtes préliminaires pour bijoux non déclarés à la HATVP jusqu’à des informations judiciaires ouvertes sur ses liens supposés avec le Qatar et l’Azerbaïdjan.

Ce n’est pas la première fois que la stratégie judiciaire de Rachida Dati produit ce type de retournement. Selon L’Informé, elle menait en septembre 2025 au moins sept procédures simultanées contre plusieurs titres de presse, dont Le Nouvel Obs, Le Canard Enchaîné et Libération. Les avocats de Renault, partie civile dans l’affaire Ghosn, ont dénoncé quelque 45 recours déposés tout au long de la procédure, qualifiant l’ensemble de « manœuvres dilatoires ».

Le bilan judiciaire de ces démarches est parlant : plainte de 2008 jugée irrecevable, désistement en 2020 après une attaque annoncée contre un lanceur d’alerte actionnaire de Renault, plainte contre Le Canard Enchaîné jugée non fondée, plainte contre Libération sans suite connue. Le 3 juillet 2025, le tribunal judiciaire de Paris a condamné Rachida Dati à verser 2 000 euros à l’adjointe parisienne Aurélie Filippetti pour procédure abusive, en lui enjoignant de « montrer une plus grande tolérance vis-à-vis de la critique ».

L’ONG Sherpa rappelle que les procédures-bâillons « ne visent pas une victoire juridique, mais à assécher financièrement les cibles et à les intimider ». Face à un site sans revenus ni rédaction à poursuivre, la mécanique habituelle n’avait aucune prise — et la seule conséquence documentée est une publicité massive pour les affaires que la demande prétendait faire disparaître.



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