Pourquoi McCourt veut se débarrasser de l’OM

Depuis son arrivée à l'OM en 2016, Frank McCourt a injecté 750 millions de dollars dans un club qui n'a jamais été bénéficiaire. Aujourd'hui, il veut vendre. La raison n'est pas sportive : elle s'appelle Project Liberty.

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Quand il prend le contrôle de l’OM, McCourt est encore le patron de McCourt Global, conglomérat diversifié dans l’immobilier, le sport et les médias. La logique est alors classique : acquisition d’un actif passion à fort potentiel de marque dans une ville sous-exploitée sportivement. Mais dès 2019, en coulisses, une autre priorité émerge. En 2021, il lance publiquement Project Liberty, initiative technologique et politique qu’il prépare depuis deux ans.

Un long portrait publié par Time en novembre 2022 le décrit comme un milliardaire qui consacre désormais l’essentiel de son énergie à ce projet, reléguant ses autres actifs au second plan. En 2024, il publie un livre dans lequel il présente les grandes plateformes numériques comme une menace existentielle pour la démocratie et la santé mentale des jeunes. Le magnat du sport est devenu, selon sa propre terminologie, un « entrepreneur civique ». L’OM, dans ce nouveau récit, ressemble de plus en plus à un vestige de son ancienne vie.

Project Liberty : des centaines de millions pour « réparer Internet »

Le cœur de Project Liberty est un protocole open source baptisé DSNP — Decentralized Social Networking Protocol — conçu pour permettre aux utilisateurs de contrôler leurs données personnelles, de les déplacer librement d’une plateforme à l’autre et de briser l’enfermement dans les écosystèmes fermés des géants du numérique. Sur le plan académique, l’initiative est adossée à Georgetown University, Stanford et l’ETH Zurich. Sur le plan technologique, un partenariat annoncé en novembre 2024 avec Consensys et la Frequency Network Foundation vise à connecter le protocole DSNP à la blockchain Ethereum via une solution de couche 2, pour le rendre accessible à des millions d’utilisateurs et de développeurs.

L’engagement financier est documenté : Project Liberty est soutenu par un engagement pouvant aller jusqu’à 500 millions de dollars consacrés au développement de cette infrastructure, à la recherche et aux partenariats. McCourt déclare dans plusieurs interviews avoir déjà injecté des centaines de millions de dollars dans le projet, et évalue les besoins futurs en milliards pour transformer durablement l’écosystème numérique. Mis face aux 750 millions de dollars investis dans l’OM depuis 2016, ces montants révèlent une vérité comptable simple : le club immobilise du capital là où McCourt veut mener sa guerre.

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L’OM, un actif que les chiffres condamnent

Les données financières du rapport UEFA 2024-2025 achèvent de dessiner le tableau. Le club a enregistré une perte avant impôts de l’ordre de 100 à 105 millions d’euros, la plus lourde de son histoire récente. Le déficit cumulé depuis l’arrivée de McCourt dépasse 570 millions d’euros sur neuf exercices consécutifs dans le rouge. L’OM ne possède pas son stade, dépend structurellement des droits télévisés français — parmi les plus fragiles des grands championnats européens — et reste exposé aux aléas sportifs et aux contraintes réglementaires de l’UEFA.

Le rapport Football Clubs’ Valuation de KPMG Football Benchmark, publié en 2025, évalue le club à 594 millions d’euros, en progression de 24 % sur un an, le plaçant au 23e rang européen. Ce chiffre, bien que flatteur, reste très en deçà du prix plancher exigé par McCourt. La prime demandée — plus du double de la valorisation de marché — intègre les sommes historiquement injectées et la valeur de marque d’un club dont la notoriété dépasse largement ses résultats récents, mais elle souligne surtout que McCourt ne bradera pas un actif dont la cession doit lui offrir un levier financier significatif.

Un désinvestissement déjà engagé

La vente de l’OM ne serait pas un acte isolé. En septembre 2025, McCourt Global finalise la cession de 77 % de MGG Investment Group à Generali, via sa filiale Conning & Company, pour 320 millions de dollars. MGG était un véhicule de crédit privé rentable. Le choix de s’en séparer obéit à la même logique : arbitrer un actif classique contre la liberté de financer une bataille technologique et politique de long terme.

Deux scénarios circulent pour l’OM. Une cession totale aux alentours de 1,2 milliard de dollars. Ou l’entrée d’un investisseur minoritaire à hauteur de 30 % du capital pour environ 400 millions d’euros. Dans les deux cas, l’objectif est identique : recycler du capital vers Project Liberty sans nécessairement perdre tout ancrage dans un actif dont la valorisation continue de progresser.

Un prix plancher à 1,2 milliard : signal et stratégie

Fixer le prix de l’OM à 1,2 milliard de dollars — soit plus du double de son évaluation par KPMG — est à la fois un signal et une stratégie. McCourt ne vendra pas à perte, ni à un prix qui relativiserait les sommes englouties depuis 2016. Mais ce seuil élevé lui permet aussi de trier les acheteurs sérieux, capables de reconnaître la valeur stratégique d’une marque globale, des opportunistes attirés par une situation financière fragile.

La trajectoire est désormais lisible. Cession d’actifs financiers avec MGG, recherche ouverte d’un partenaire ou d’un acquéreur pour l’OM, engagement croissant dans la bataille pour la souveraineté numérique : chaque mouvement s’inscrit dans la même direction. Dans l’histoire du football européen, peu de propriétaires auront utilisé un club comme tremplin vers un enjeu aussi politique — celui qui consiste à décider qui, demain, contrôlera l’architecture d’Internet.



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