Prix de l’essence : une hausse attendue d’ici deux semaines en France

Depuis la fermeture du détroit d'Ormuz le 28 février, les marchés pétroliers s'emballent. En France, la hausse des prix à la pompe est inévitable.

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Le déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran a ressuscité un spectre que les Français croyaient derrière eux : celui de l’explosion des prix à la pompe. La question n’est plus de savoir si les prix vont monter, mais de combien — et pendant combien de temps.

Dans la nuit du 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé conjointement une offensive militaire massive contre l’Iran. Donald Trump l’a présentée sans détour : il s’agit de détruire les missiles iraniens, d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire, et à terme de renverser le régime en place. Le président américain a lui-même fixé une durée : au moins quatre semaines d’opérations.

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L’Iran a riposté immédiatement en envoyant des centaines de drones et missiles vers Israël — neuf personnes ont été tuées dans une synagogue de Beit Shemesh — mais aussi vers les bases militaires américaines installées dans six pays voisins : Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Koweït, Qatar, Irak et Jordanie. Le mouvement libanais Hezbollah, allié de Téhéran, a ouvert un second front en tirant à son tour vers Israël. Au 2 mars, le bilan côté iranien s’élevait à au moins 555 morts civils depuis le début des frappes.

Le détroit d’Ormuz : ce bras de mer commande les prix du pétrole mondial

Pour comprendre pourquoi cette guerre fait trembler les prix à la pompe en France, il faut regarder une carte. Entre l’Iran et la péninsule arabique se trouve le détroit d’Ormuz, un bras de mer d’à peine 54 kilomètres de large. Par ce goulet transitent chaque jour un cinquième du pétrole consommé dans le monde, ainsi qu’un cinquième du gaz naturel liquéfié mondial — ce gaz transporté par bateau que l’Europe importe massivement depuis que les gazoducs russes sont quasiment fermés.

Dès le soir du 28 février, les Gardiens de la Révolution iraniens ont diffusé des messages radio interdisant aux navires commerciaux de passer. L’Organisation maritime internationale a appelé les compagnies à éviter la zone. Toutes ont suspendu leur passage. Le 1er mars, l’Iran est passé à l’acte en bloquant physiquement 150 navires dans le détroit.

La conséquence est mécanique : moins de pétrole circule, les prix montent. Et quand le pétrole brut devient plus cher à l’achat, ce surcoût finit tôt ou tard par se répercuter à la pompe.

Une hausse immédiate et brutale

À l’ouverture des marchés le lundi 2 mars, le prix du baril de pétrole a grimpé de 13% en quelques minutes, passant de 72,87 dollars à 82 dollars. Il s’est ensuite stabilisé autour de 80 dollars en cours de journée. Le prix du gaz naturel en Europe a lui bondi de 22% dans la même journée, les marchés craignant des pénuries d’approvisionnement depuis le Golfe.
Pour mettre ces chiffres en perspective : depuis début janvier, le baril était déjà passé de 61 à 73 dollars, soit une hausse de 20% en deux mois, portée par les tensions croissantes dans la région. Le choc du 2 mars s’est donc greffé sur un marché déjà orienté à la hausse.

A quoi s’attendre dans les semaines à venir

Avant même que la guerre n’éclate, les Français payaient déjà plus cher qu’en début d’année. Au 1er mars 2026, le gazole s’affichait à 1,721 euro le litre en moyenne nationale, le SP95 à 1,768 euro, le SP98 à 1,829 euro. Ces hausses tenaient à deux causes : la remontée du baril depuis janvier, et une décision réglementaire française entrée en vigueur le 1er janvier — le renforcement des Certificats d’économies d’énergie, un mécanisme qui oblige les distributeurs de carburant à financer des programmes d’économies d’énergie, et dont le coût est répercuté sur le consommateur. Résultat : environ 5 à 6 centimes de plus par litre depuis le début de l’année selon la fédération professionnelle Ufip Énergies et Mobilités.

La bonne nouvelle, c’est que la hausse du brut ne se traduit pas instantanément à la pompe. Entre le cours du pétrole sur les marchés internationaux et le prix affiché sur les panneaux des stations-service, il faut compter quelques jours à quelques semaines. Mais ce délai ne supprime pas la hausse, il la décale. Et son ampleur dépendra directement de l’évolution du conflit. Trois scénarios se dessinent.

Dans le premier, le conflit reste court et le détroit d’Ormuz rouvre rapidement. Le baril se stabilise entre 80 et 85 dollars. La hausse à la pompe resterait limitée à quelques centimes supplémentaires par litre. Le gazole resterait sous 1,80 euro.

Dans le deuxième, le blocage dure plusieurs semaines et l’approvisionnement mondial est sérieusement perturbé. Le baril atteint 100 dollars — un niveau qu’on avait déjà connu au début de la guerre en Ukraine en 2022. Le gazole pourrait alors franchir la barre des 2 euros le litre, un seuil que beaucoup de ménages ressentiraient très directement sur leur budget.

Dans le troisième, celui que redoutent les économistes, le conflit s’étend aux infrastructures pétrolières de la région. Le baril monte à 110 dollars ou au-delà. Le sans-plomb approcherait les 2 euros le litre. Et la hausse des carburants entraînerait dans son sillage une augmentation des prix de transport, donc des produits en magasin — une spirale inflationniste comparable à ce que l’Europe a traversé en 2022.

Ce qui peut limiter la casse

Face au choc, trois mécanismes peuvent jouer un rôle stabilisateur — mais aucun ne suffit seul.

Le premier est la décision de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (OPEP+) d’augmenter leur production. Le 1er mars, l’Arabie saoudite, la Russie et six autres pays membres ont annoncé produire 206 000 barils supplémentaires par jour en avril. C’est plus qu’attendu, mais c’est aussi moins de 0,2% de la consommation mondiale quotidienne. L’analyste Jorge Leon de Rystad Energy résume le problème : « La logistique et le risque de transit comptent davantage que les objectifs de production en ce moment. » Produire plus ne sert pas à grand-chose si les navires ne peuvent pas passer.

Le deuxième amortisseur, ce sont les réserves stratégiques. Chaque pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est tenu de stocker l’équivalent de 90 jours d’importations. En France, la Société anonyme de gestion des stocks de sécurité (Sagess) conserve environ 13,9 millions de tonnes de produits pétroliers répartis sur 89 sites à travers le territoire. En 2022, face à la guerre en Ukraine, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) avait coordonné la libération de 180 millions de barils par ses pays membres pour freiner la hausse. Un mécanisme similaire pourrait être enclenché si la crise dure.

Le troisième amortisseur, ce sont les oléoducs qui permettent de contourner le détroit d’Ormuz. Les Émirats arabes unis disposent d’un pipeline qui relie leurs champs pétroliers à un port sur la mer d’Oman, avec une capacité de 1,5 million de barils par jour. L’Arabie saoudite possède un oléoduc vers la mer Rouge pouvant acheminer jusqu’à 5 millions de barils par jour. Ces infrastructures existent, mais elles ne compensent qu’une partie du flux bloqué : Goldman Sachs estimait en juin 2025 que la perte nette resterait de 8 à 10 millions de barils par jour en cas de blocage complet d’Ormuz.

Les cinq facteurs à surveiller pour anticiper l’évolution des prix

Cinq éléments vont déterminer ce que les Français paieront à la pompe dans les semaines à venir.

La durée du blocage d’Ormuz est de loin le plus important. Maintenir un blocus naval sur la durée est une opération militairement complexe, même pour l’Iran. Oxford Economics juge peu probable qu’une perturbation grave et prolongée se maintienne. Si le détroit rouvre rapidement, les prix se détendent. S’il reste fermé plusieurs semaines, c’est un choc pétrolier.
L’extension du conflit aux installations pétrolières de la région est le risque le plus redouté. Deux navires ont déjà été attaqués au large des Émirats et d’Oman le 1er mars. Si les infrastructures de production saoudiennes étaient touchées, le baril s’envolerait bien au-delà de 100 dollars.
Une libération coordonnée des réserves stratégiques par les grands pays consommateurs, sous l’égide de l’Agence internationale de l’énergie, produirait un effet immédiat de détente sur les cours — comme en 2022.

Le taux de change entre l’euro et le dollar joue également un rôle souvent sous-estimé. Le pétrole se négocie en dollars sur les marchés mondiaux. Si l’euro se déprécie face au dollar, les Européens paient mécaniquement le baril plus cher, même si son prix en dollars n’a pas bougé.

Ce qu’on peut conclure aujourd’hui

Oui, la guerre en Iran menace de faire flamber les prix à la pompe en France. La hausse est déjà engagée, sur des niveaux qui avaient eux-mêmes progressé depuis janvier. Mais son ampleur finale reste incertaine, et elle dépend d’un seul facteur : combien de temps le détroit d’Ormuz restera-t-il fermé ? Un conflit court laisserait les prix dans des limites acceptables. Un blocage prolongé, a fortiori s’il s’étend aux infrastructures pétrolières de la région, placerait la France face à un choc comparable à ceux de 1973, 1979 ou 2022 — avec, à la clé, une inflation généralisée qui frapperait bien au-delà de la pompe à essence. Les prochains jours seront décisifs.



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