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- La guerre des chiffres
- Un bras de fer qui tourne à l’avantage de Benzema
- Un bilan sportif qui légitime les montants
- L’avantage fiscal : le multiplicateur décisif que les chiffres bruts masquent
- Karim Benzema parmi les sportifs les mieux payés du monde
- Benzema face à Ronaldo : la rivalité financière en miroir
- Un exil en or
Arrivé en Arabie Saoudite à 35 ans, Ballon d’Or en poche et contrat du Real Madrid écoulé, Karim Benzema a réalisé en moins de trois ans ce qu’aucun footballeur français n’avait accompli avant lui : transformer la fin de carrière en opération financière historique. Ses revenus cumulés sur l’ensemble de sa carrière atteignent 501,8 millions de dollars, soit 461 millions d’euros, selon une étude du journaliste Rafael Reis pour le média brésilien UOL publiée en décembre 2025. Un chiffre qui doit autant à ses années au Real Madrid qu’à un séjour saoudien qui, en trois saisons, aura pesé plus lourd que quatorze ans en Liga.
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La guerre des chiffres
Le 6 juin 2023, l’officialisation du transfert de Benzema vers Al-Ittihad déclenche une avalanche de chiffres dans la presse mondiale. Les médias espagnols, Marca en tête, annoncent 200 millions d’euros par an, nets d’impôts, pour deux saisons, auxquels s’ajouterait un bonus de 20 millions d’euros en qualité d’ambassadeur de la candidature saoudienne au Mondial 2030. Le chiffre fait le tour des rédactions.
La réalité est plus complexe. Dès août 2023, le journaliste Santi Aouna de Foot Mercato apporte un correctif substantiel : le salaire fixe annuel s’élèverait à 30 millions de dollars, hors droits à l’image. Le journaliste d’investigation Romain Molina enfonce le clou sur Sports.fr, qualifiant les 200 millions de « fake news propagées par des agents ».
La vérité se situe vraisemblablement entre ces deux bornes. Le site spécialisé Capology estime le salaire brut annuel à 100 millions d’euros, tandis que Forbes retient un revenu total — salaire, primes et droits commerciaux confondus — de 104 millions de dollars pour la période 2024-2025, auxquels Sportune ajoute environ 3,5 millions d’euros annuels de revenus de sponsoring. Le package global tourne donc autour de 93 à 100 millions d’euros par an : considérable, mais loin des fantasmes initiaux.
Un bras de fer qui tourne à l’avantage de Benzema
Début 2026, alors que son contrat avec Al-Ittihad court jusqu’en juin, les négociations de prolongation déraillent. Le club de Djeddah lui soumet une proposition sans salaire fixe, fondée uniquement sur l’exploitation de ses droits à l’image. Benzema refuse. Pour forcer la main aux dirigeants, il se retire du groupe avant le match contre Al-Fateh, conclu sur un nul 2-2.
Le 2 février 2026, Al-Hilal officialise sa signature pour un contrat d’un an et demi, courant jusqu’en juin 2027. L’indemnité de transfert versée à Al-Ittihad s’élève à 25 millions d’euros selon Transfermarkt. Le package global atteindrait 200 millions d’euros annuels, droits à l’image et bonus inclus, d’après des médias saoudiens relayés par Sportune et Onze Mondial. Al-Hilal prend également en charge une résidence de luxe à Riyad, un véhicule Genesis fourni par le partenaire du club, et s’engage à régler les sommes qu’Al-Ittihad n’avait pas versées lors des dernières négociations.
Ce mouvement irrite Cristiano Ronaldo. Selon ESPN, le joueur d’Al-Nassr a mal vécu le renforcement de son principal rival au mercato hivernal, sans recrutement équivalent de son côté. Au moment du transfert, Al-Hilal trône en tête de la Saudi Pro League avec un point d’avance sur Al-Nassr après 19 journées.
Un bilan sportif qui légitime les montants
Les critiques du football saoudien pointent régulièrement le hiatus entre les salaires versés et le niveau de jeu affiché. Dans le cas de Benzema, les chiffres sportifs tempèrent ce reproche. En 83 matchs sous le maillot d’Al-Ittihad, il inscrit 54 buts et délivre 17 passes décisives, avec une progression constante d’une saison à l’autre : 10 buts en 21 matchs lors de sa première année, 25 en 33 lors de la deuxième.
La saison 2024-2025, sous la direction de Laurent Blanc, constitue le sommet de l’aventure à Al-Ittihad. Benzema participe au titre de champion de Saudi Pro League, puis réalise un doublé en finale de Coupe du Roi contre Al-Qadisiyah (3-1), en inscrivant un but et en étant impliqué sur les trois réalisations. Élu meilleur joueur de la ligue avec 21 buts et 9 passes décisives en 29 matchs de championnat, il porte son total de trophées en carrière à 34 — un record pour un joueur français.
L’avantage fiscal : le multiplicateur décisif que les chiffres bruts masquent
Pour mesurer l’ampleur réelle du saut financier opéré par Benzema, l’impôt est la variable centrale. L’Arabie Saoudite ne prélève aucun impôt sur le revenu. Les montants annoncés sont donc nets. Au Real Madrid, son dernier salaire brut s’établissait à environ 13,2 millions d’euros annuels, soit 6 à 7 millions d’euros nets après fiscalité espagnole. Le passage en Arabie Saoudite a multiplié son revenu disponible réel par un facteur de dix à quinze, quelle que soit l’estimation retenue pour le package global.
Karim Benzema parmi les sportifs les mieux payés du monde
Avec 104 millions de dollars de revenus annuels, Forbes classe Benzema au 8e rang mondial des sportifs les mieux rémunérés en mai 2025, seul Français dans le top 10, devançant Kylian Mbappé de 14 millions de dollars. Dans le classement Forbes spécifique aux footballeurs publié en octobre 2025, il occupe la 3e place derrière Ronaldo (280 M)etMessi(130M).
Son patrimoine personnel est estimé à plus de 70 millions d’euros par Forbes France. Il comprend des propriétés à Madrid, Dubaï et Bron, des investissements dans la restauration et une ligne de parfums. Ses revenus de sponsoring restent modestes pour un joueur de sa stature : environ 6 millions de dollars par an, dont 2,5 millions d’euros issus de son contrat de longue date avec Adidas, complété par une collaboration avec Fendi.
Benzema face à Ronaldo : la rivalité financière en miroir
La confrontation entre les deux anciens coéquipiers du Real Madrid ne se limite pas aux classements sportifs. Elle structure désormais l’économie entière de la Saudi Pro League. Ronaldo génère 280 millions de dollars de revenus annuels contre 104 millions pour Benzema, un écart qui s’explique essentiellement par un portefeuille de sponsoring sans équivalent côté portugais, estimé à 46 millions de dollars par an contre 6 millions pour le Français. Mais c’est Benzema qui a décroché le premier titre de champion en Arabie Saoudite, un fait que la rivalité entre Al-Hilal et Al-Nassr continue d’amplifier depuis le transfert de février 2026.
Ces montants ne sont pas le fruit du hasard ou de la générosité sportive. Ils s’inscrivent dans une stratégie d’État pilotée par le Public Investment Fund, le fonds souverain saoudien doté de plus de 800 milliards de dollars d’actifs. En 2023, le PIF a pris une participation de 75 % dans les quatre plus grands clubs du pays : Al-Hilal, Al-Nassr, Al-Ittihad et Al-Ahli. Au total, l’Arabie Saoudite a investi plus de 6 milliards de dollars dans le sport depuis le lancement de la Vision 2030, le plan de diversification économique du prince héritier Mohammed ben Salmane.
Les objectifs de la Saudi Pro League sont chiffrés : quadrupler ses revenus d’ici 2030, de 450 millions à 1,8 milliard de riyals, et porter la valeur de marché de la ligue à au moins 8 milliards de riyals. En 2023, les dépenses de transferts de la ligue ont franchi le milliard de dollars. En ligne de mire : la Coupe du monde 2034, dont l’Arabie Saoudite sera l’hôte, et qui confère à toute cette construction sportive une dimension de soft power explicitement assumée.
Un exil en or
En trois saisons sur le sol saoudien, Karim Benzema aura accumulé environ 232,6 millions d’euros de revenus footballistiques selon Eurotopfoot — davantage qu’en quatorze saisons au Real Madrid, estimées à plus de 200 millions d’euros bruts. Avec le contrat Al-Hilal courant jusqu’en juin 2027, ses gains saoudiens totaux pourraient dépasser les 400 millions d’euros.
À 38 ans, le natif de Bron figure parmi les cinq footballeurs en activité les plus riches de la planète. Le pari financier qu’il a fait à 35 ans, au moment où la plupart des observateurs anticipaient une retraite en Liga ou un retour en Ligue 1, s’est révélé sans précédent dans l’histoire du football tricolore.


