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- Une addiction à l’alcool au cœur de sa « descente aux enfers »
- Le ralliement au Front national : le tournant qui a fracturé sa carrière
- Ses regrets et la difficile question de la réhabilitation
- Bébête Show, Europe 1 : ce que la mémoire retient de Jean Roucas
- Une trajectoire qui interroge les frontières entre satire et militantisme
En janvier 2026, Jean Roucas accorde un entretien à Gala. Il y décrit sans fard une addiction à l’alcool qu’il qualifie de « grande connerie » et dont il dit avoir mis « une dizaine d’années » à se sortir. C’est à peu près tout ce que l’on sait de sa vie actuelle : l’humoriste qui réunissait des millions de téléspectateurs chaque soir sur TF1 a choisi la discrétion, ou se l’est vue imposer.
Il monte encore sur scène, ponctuellement, dans des salles modestes ou des cabarets. Les médias généralistes ne couvrent plus ces apparitions. En ligne, des vidéos évoquent une « nouvelle vie loin de Paris », sans que des sources nationales sérieuses n’en précisent les contours. Ce que l’on peut affirmer avec certitude : Jean Roucas a disparu du paysage audiovisuel français, et cette disparition n’est pas accidentelle.
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Une addiction à l’alcool au cœur de sa « descente aux enfers »
L’humoriste l’avait déjà évoqué dans un portrait paru en février 2023 dans Gala : il avait « trop bu » pendant des années, avec des conséquences directes sur sa santé, ses relations et sa vie professionnelle. L’entretien de janvier 2026 confirme et précise cette période. L’addiction a aggravé un isolement qui était déjà en train de se construire pour d’autres raisons, le coupant davantage encore des productions télévisées et du grand public.
Sa sortie de cette dépendance constitue, selon ses propres déclarations, le fil directeur de ces dernières années. Ce n’est pas une renaissance médiatique qu’il décrit, mais une reconstruction personnelle, menée loin des projecteurs.
Le ralliement au Front national : le tournant qui a fracturé sa carrière
Le 15 septembre 2013, Jean Roucas prend la parole à l’université d’été du Front national à Marseille. Il y affiche son soutien à Marine Le Pen et annonce qu’il votera pour elle à la prochaine présidentielle. La séquence est largement médiatisée. Ses conséquences sont immédiates.
La pièce qu’il joue alors à Gardanne, Le Secret de l’abbé Tallière, est déprogrammée. Sa troupe de comédiens se désolidarise publiquement de lui. Dans les mois et années qui suivent, les propositions de travail se raréfient jusqu’à presque disparaître : un boycott de facto s’installe chez les programmateurs et producteurs. En 2015, un tweet jugé insultant envers François Hollande lors des élections départementales déclenche une nouvelle vague de critiques et une enquête de la brigade de répression de la délinquance contre la personne. Aucune condamnation pénale définitive n’est documentée dans les sources disponibles. Le Rassemblement national, de son côté, présente alors l’humoriste comme une « nouvelle victime de la censure ».
Ses regrets et la difficile question de la réhabilitation
Dès 2015, Jean Roucas prend ses distances avec cet engagement. Dans Le Figaro, il parle d' »erreur déontologique » et de « faute professionnelle », reconnaissant qu’il n’aurait pas dû mêler sa carrière artistique et le militantisme partisan. Il affirme qu’on ne l’y « reprendra plus ».
Ces déclarations ne suffisent pas à refermer la parenthèse. Sa trajectoire reste dans la mémoire collective liée à ce ralliement, et la presse people continue, encore en 2023-2024, de l’utiliser comme exemple des risques que prend un artiste en s’engageant ouvertement aux côtés d’un parti radicalisé. Une ambiguïté demeure : Jean Roucas a-t-il exprimé des regrets sincères ou tenté un calcul de réhabilitation ? Il présente lui-même la chose comme une faute, non comme un reniement idéologique profond — nuance que ses détracteurs relèvent.
Lorsqu’il traverse ses années les plus difficiles, c’est l’association La Roue tourne, structure d’aide aux artistes en situation de précarité, qui lui permet de remonter sur scène, notamment au Théâtre des Deux Ânes à Paris.
Bébête Show, Europe 1 : ce que la mémoire retient de Jean Roucas
Né le 1er février 1952 à Marseille, Jean Roucas commence sa carrière comme journaliste sportif à la radio avant de bifurquer vers l’humour et l’imitation. C’est le Bébête Show, diffusé sur TF1 de 1982 à 1995 en access prime time, qui le propulse au premier rang de la satire politique française. Il y incarne une galerie de marionnettes animales — « Kermitterrand », « Pencassine » — qui caricature chaque semaine les responsables politiques de l’époque devant des millions de téléspectateurs. En parallèle, il anime Les Roucasseries sur Europe 1 de 1986 à 1994, ancrant son influence à la fois sur la radio et la télévision.
Quand le Bébête Show s’arrête en 1995 et que son émission de radio prend fin, sa carrière ralentit brutalement. Les difficultés financières suivent.
Aujourd’hui, ses archives circulent sur YouTube et TikTok, alimentant une mémoire numérique qui maintient vivante l’image d’un humoriste qui a marqué toute une génération — mais qui rappelle, systématiquement, la suite de l’histoire.
Une trajectoire qui interroge les frontières entre satire et militantisme
La trajectoire de Jean Roucas dépasse son cas personnel. Elle pose une question que le milieu de l’humour politique français n’a pas fini de traiter : jusqu’où un satiriste peut-il aller dans l’engagement partisan sans perdre la légitimité que lui confère précisément sa posture de commentateur extérieur ? Jean Roucas avait construit sa notoriété sur la dérision de tous bords. En choisissant un camp, il a renoncé à ce qui faisait sa crédibilité — et son marché.
À 74 ans, il vit avec les conséquences de ce choix. Sa sobriété retrouvée, ses apparitions scéniques sporadiques et son retrait des médias dessinent le portrait d’un homme qui a soldé ses comptes avec lui-même, sans que le grand public ait été convié à la réconciliation.


