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En visite officielle en Chine pour la première fois depuis son entrée en fonction, le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé que Pékin s’apprêtait à commander jusqu’à 120 appareils supplémentaires à Airbus. « Les dirigeants chinois vont commander davantage d’avions auprès de l’entreprise Airbus. Ce sont jusqu’à 120 avions supplémentaires », a-t-il déclaré à la presse à l’issue de son entretien avec Xi Jinping. Au moment où il s’exprimait, l’avionneur européen refusait tout commentaire officiel.
Une annonce portée par Berlin, pas par Airbus
Le décalage est significatif : c’est un chef de gouvernement, et non le constructeur, qui a rendu publique cette perspective commerciale. Selon plusieurs médias économiques, la commande évoquée par Merz correspondrait à la finalisation d’un protocole d’accord d’environ 120 appareils — en majorité des moyen-courriers de la famille A320 — dont les contours avaient été esquissés lors de la visite d’Emmanuel Macron en Chine début décembre 2025. L’annonce s’inscrit donc dans une continuité diplomatique franco-allemande, même si elle reste, à ce stade, sans validation industrielle.
En parallèle de cette perspective, une commande ferme a été signée le 30 décembre 2025 : China Aircraft Leasing Group Holdings Limited (CALC) a passé une commande de 30 appareils de la famille A320neo, livrables jusqu’en 2033. Il s’agit du cinquième accord entre le loueur hongkongais et Airbus depuis 2012. Ce contrat porte à 282 le nombre total d’appareils Airbus commandés par CALC, dont 203 de la famille A320neo, avec 105 unités encore en carnet. Le loueur conserve par ailleurs la possibilité de convertir ces appareils vers d’autres versions de la famille, notamment l’A321neo, selon les besoins de ses compagnies clientes.
La Chine, marché essentiel pour Airbus
Ces transactions s’inscrivent dans une dynamique plus large. En 2022, Pékin avait passé une méga-commande de 292 monocouloirs répartie entre China Eastern, China Southern, Air China et Shenzhen Airlines. Fin 2025, plusieurs transporteurs et lessors chinois ont multiplié les annonces de nouvelles commandes d’A320neo et d’A321neo. Boeing, encore fragilisé par les crises du 737 MAX et les tensions politiques persistantes avec Pékin, peine à regagner du terrain. Face à l’émergence du C919 de Comac, Airbus consolide ainsi une position dominante sur le marché chinois à un moment stratégique.
L’Allemagne face à sa dépendance vis-à-vis de Pékin
La dimension commerciale de cette visite dépasse l’aéronautique. La Chine a de nouveau dépassé les États-Unis comme premier partenaire commercial de l’Allemagne, tandis que le déficit commercial de Berlin vis-à-vis de Pékin a atteint des niveaux records en 2024, selon les données de Destatis. Le secteur automobile cristallise cette tension : longtemps débouché crucial pour Volkswagen, BMW et Mercedes, la Chine voit désormais ses propres constructeurs de véhicules électriques gagner du terrain, y compris en Europe.
Depuis octobre 2024, l’Union européenne applique des droits antidumping pouvant atteindre 35 % sur les voitures électriques assemblées en Chine, auxquels s’ajoutent les 10 % de droits de douane de base. En janvier 2026, Bruxelles a proposé une alternative : les constructeurs basés en Chine peuvent échapper à ces surtaxes en acceptant des prix de vente minimums encadrés par la Commission européenne, une option qualifiée de « progrès » par le ministère chinois du Commerce. Berlin redoute néanmoins des mesures de rétorsion ciblant les exportations automobiles allemandes vers la Chine, un scénario particulièrement redouté par une industrie déjà sous pression.
De-risking, pas rupture : la ligne Merz
Face à ces tensions, le chancelier ne prône pas le découplage. Il s’inscrit dans la stratégie de « de-risking » défendue par la Commission européenne : réduire les dépendances jugées critiques — technologies, matières premières, pans entiers de l’industrie — sans rompre des liens commerciaux devenus structurels. Merz insiste sur une relation « loyale et transparente » avec Pékin, tout en affichant la volonté de diversifier les débouchés de l’industrie allemande, notamment face au risque de nouvelles barrières commerciales américaines. Xi Jinping, de son côté, a présenté la Chine comme un partenaire fiable, défenseur du multilatéralisme, au moment où les tensions transatlantiques se rouvrent sur fond de nouveaux droits de douane décidés par Washington.
Derrière la promesse de 120 Airbus supplémentaires, c’est bien la recomposition du triangle économique Europe-Chine-États-Unis qui se dessine.


