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Un interne ou docteur junior qui remplace un médecin peut percevoir entre 2 500 et 4 500 euros nets par mois selon son statut, sa spécialité et sa localisation. Trois situations coexistent : le remplacement libéral avec rétrocession d’honoraires, le poste de docteur junior à l’hôpital encadré par décret, et la nouvelle 4ᵉ année ambulatoire de médecine générale qui entrera en vigueur en novembre 2026. Les règles de rémunération, les charges sociales et le potentiel réel de revenu diffèrent radicalement d’un cas à l’autre.
Docteur junior : de quoi parle-t-on exactement ?
Le docteur junior est un interne ayant validé les deux premières phases de son 3ᵉ cycle et soutenu sa thèse d’exercice de médecine. Il entre alors dans la phase 3 de ce cycle, au cours de laquelle il peut être autorisé à exercer — sous conditions — soit comme remplaçant d’un médecin, soit comme adjoint dans des zones à offre de soins insuffisante. Ce statut ouvre à la fois l’accès à des missions salariées à l’hôpital ou en ambulatoire, et à des revenus libéraux parfois substantiels via les remplacements.
Trois grilles de revenus distinctes
Le remplacement libéral : tout repose sur le taux de rétrocession
En médecine libérale, le remplaçant ne perçoit pas de salaire. Le médecin titulaire encaisse les honoraires, couvre ses charges fixes et reverse le solde au remplaçant : c’est la rétrocession. Son niveau détermine directement le revenu.
En médecine générale, le taux standard se situe entre 70 et 80 % des honoraires encaissés. Dans les spécialités à charges lourdes, il descend vers 60-70 %. À l’inverse, dans les zones sous-dotées ou pour des remplacements difficiles à pourvoir, des taux de 90 à 100 % sont de plus en plus fréquents.
En termes de revenu net, Doctolib Pro estime qu’un généraliste remplaçant avec une activité soutenue atteint environ 4 500 euros nets par mois avant impôt sur le revenu. Les données de l’Unasa compilées par le Journal du Net situent la fourchette mensuelle brute entre 2 130 et 12 206 euros, pour une moyenne de 7 168 euros bruts, avant déduction des charges sociales et fiscales qui peuvent absorber jusqu’à 60 % des recettes pour une activité à plein temps.
La variabilité reste forte. Le revenu dépend directement du nombre de jours travaillés, de la saison — les épidémies hivernales, les congés estivaux et les maternités gonflent l’activité —, et de la localisation géographique. Un remplaçant en désert médical rural ou sur le littoral en saison n’a pas le même carnet que son confrère en zone urbaine saturée.
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Docteur junior à l’hôpital : une rémunération encadrée par décret
Le statut de docteur junior s’accompagne d’une grille fixée réglementairement. Les émoluments forfaitaires annuels bruts s’élèvent à 27 125 euros, auxquels s’ajoute une prime d’autonomie supervisée de 5 000 euros la première année et 6 000 euros la seconde, versée mensuellement. Le revenu annuel brut atteint ainsi 32 025 euros en première année et 33 025 euros en deuxième année.
Rapporté au mois, cela représente environ 2 500 euros nets hors gardes et astreintes. Ces dernières, rémunérées selon les textes applicables aux praticiens hospitaliers en formation, portent le revenu net global vers 3 000 à 3 500 euros mensuels pour la majorité des docteurs juniors.
Docteur junior ambulatoire : la nouvelle 4ᵉ année de médecine générale (à partir de novembre 2026)
À partir de novembre 2026, les internes de médecine générale effectueront une quatrième année en stage ambulatoire sous statut de docteur junior en cabinet de ville. La première cohorte concernera environ 3 700 internes.
Le modèle de rémunération est différent du remplacement libéral classique : ces docteurs juniors restent salariés du CHU, qui verse les émoluments au titre de l’enseignement et de la recherche. Ils ne facturent pas d’honoraires aux patients et ne perçoivent aucune rétrocession du maître de stage.
La rémunération fixe s’établit à environ 2 375 euros bruts par mois. Une prime forfaitaire d’activité de 500 euros bruts par semestre est conditionnée à la réalisation d’au moins 200 actes ou consultations par mois en moyenne. Les docteurs juniors exerçant en zone d’intervention prioritaire (ZIP) bénéficient en outre d’une indemnité supplémentaire de 1 000 euros bruts par mois, non cumulable avec certaines autres aides. Dans la configuration la plus favorable — activité élevée, exercice en ZIP, participation à la permanence des soins — le ministère projette un revenu pouvant atteindre 4 500 euros nets mensuels.
Les conditions légales pour accéder au remplacement
Qui peut remplacer un médecin ?
L’article L.4131-2 du code de la santé publique fixe deux conditions cumulatives : avoir validé l’intégralité du deuxième cycle des études médicales en France ou dans un État membre de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen, et avoir validé un nombre de semestres du troisième cycle déterminé par décret selon la spécialité suivie.
Le périmètre d’exercice est strictement délimité : un étudiant ne peut remplacer que dans la spécialité correspondant au DES ou DESC qu’il poursuit, option incluse le cas échéant.
La licence de remplacement : attestation préalable, non autorisation
La licence de remplacement est délivrée par tout conseil départemental de l’Ordre des médecins. Elle atteste que l’étudiant remplit les critères de formation requis ; elle ne constitue pas en elle-même une autorisation d’exercer. En pratique, la demande doit être adressée en priorité au conseil du département de la faculté ou du CHU d’affectation.
Le dossier comprend la preuve de validation du 2ᵉ cycle, un justificatif d’inscription en 3ᵉ cycle et le relevé des semestres validés. Après vérification des conditions de moralité et d’aptitude physique (article D.4131-3 du CSP), le conseil délivre une licence valable un an, renouvelable chaque année sous condition de poursuite des études.
L’autorisation de remplacement : deux circuits selon le contexte d’exercice
En libéral, l’autorisation est accordée par le conseil départemental de l’Ordre sur demande du médecin remplacé, pour une durée maximale de trois mois renouvelables. Le refus est motivé et notifié par lettre recommandée. Le directeur de l’ARS est informé de chaque autorisation délivrée.
En établissement de santé ou en structure de soins (centre de santé, PMI…), c’est le directeur de l’établissement qui adresse la demande au conseil départemental, en joignant la licence de remplacement et l’identité du médecin remplacé. Le régime est identique : trois mois renouvelables, décision notifiée au directeur qui en informe l’étudiant et le médecin concerné.
La durée maximale totale pendant laquelle un étudiant peut être autorisé à remplacer court à partir de l’entrée en 3ᵉ cycle et intègre la durée de la formation spécialisée augmentée d’un délai de trois ans correspondant à la période maximale impartie pour la soutenance de thèse. Des dérogations existent lorsque le report de soutenance est imputable à la faculté, ou lorsque le médecin a demandé son inscription au tableau de l’Ordre dans le mois suivant l’obtention de son diplôme.
Fiscalité et charges : ce qu’il reste vraiment en poche
Deux affiliations obligatoires dès le premier remplacement
L’étudiant remplaçant en libéral doit s’affilier à l’URSSAF dans les huit jours suivant son premier remplacement, et à la CARMF pour la retraite des médecins libéraux. Des dispenses temporaires de CARMF existent selon le niveau d’activité et de revenus.
Micro-BNC et RSPM : le duo standard des premières années
La majorité des jeunes remplaçants opte pour l’association micro-BNC (régime fiscal) et RSPM — Régime simplifié des professions médicales (régime social). En micro-BNC, la base imposable à l’impôt sur le revenu correspond à 66 % des recettes brutes, avec une comptabilité limitée au suivi des encaissements.
Le RSPM applique un taux global de cotisations sociales de 13,5 % jusqu’à 19 000 euros de rétrocessions annuelles, puis 21,2 % au-delà. Ce régime est réservé aux remplaçants sans activité libérale parallèle dont les recettes restent sous certains plafonds — 19 000 euros, extensibles jusqu’à 38 000 euros sur deux ans. Au-delà de ces seuils ou en cas d’activité soutenue, le régime classique PAMC peut se révéler plus avantageux. Une simulation s’impose avant tout choix.
Simulateurs et ressources pour estimer ses revenus
ReAGJIR met à disposition des simulateurs de cotisations en régime RSPM et en régime PAMC, des outils de calcul en micro-BNC et des modèles de contrats de remplacement. Les plateformes de mise en relation remplaçants-cabinets — RemplaJob, Hoppi.work notamment — publient des guides sur la négociation des taux de rétrocession et des estimateurs intégrant volume de consultations, charges et fiscalité.
Ce qu’il faut retenir
Le remplacement libéral offre le revenu le plus élevé à court terme — autour de 4 500 euros nets mensuels pour une activité soutenue — mais sans filet salarial et avec une forte incertitude sur le volume d’activité. Le statut de docteur junior hospitalier sécurise un revenu de 3 000 à 3 500 euros nets mensuels gardes incluses, avec protection sociale complète. La 4ᵉ année de médecine générale ambulatoire, opérationnelle à partir de novembre 2026, ouvre un troisième modèle hybride — salariat CHU, prime d’activité, indemnité ZIP — dont le potentiel peut rejoindre celui du remplacement libéral dans les configurations les plus favorables, sans en partager les risques. Pour un médecin libéral installé, les données DREES et CARMF situent le revenu annuel moyen autour de 120 000 à 125 000 euros, soit environ 10 000 euros par mois — l’horizon de référence vers lequel ces différents statuts intermédiaires convergent.


