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- 15 335,89 euros brut par mois
- L’Hôtel de Lassay : un logement de fonction sans équivalent
- Un appareil humain entièrement financé par l’Assemblée
- Véhicule de fonction, transport et déplacements internationaux : tout est pris en charge
- Transparence et patrimoine : les obligations de la HATVP
- Ce que coûte réellement la présidence de l’Assemblée nationale
La présidence de l’Assemblée nationale est, avec la présidence de la République et la primature, l’une des fonctions les mieux dotées de la République française. Quatrième personnage de l’État, son titulaire cumule une rémunération élevée, un logement de prestige, des moyens humains considérables et des facilités de transport intégralement financés par le budget public. Sur la base des barèmes en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, voici ce que perçoit réellement Yaël Braun-Pivet.
| Composante | Nature | Montant |
|---|---|---|
| Indemnité parlementaire de base | Revenu direct | 5 931,95 € |
| Indemnité de résidence | Revenu direct | 177,96 € |
| Indemnité de fonction (communes) | Revenu direct | 1 527,48 € |
| Indemnité spéciale présidence | Revenu direct | 7 698,50 € |
| Avance de frais de mandat (AFM) | Sur justificatifs | 5 950 € |
| Logement Hôtel de Lassay | Avantage en nature | ~6 000 € |
| Crédit collaborateurs parlementaires | Avantage en nature | 11 118 € |
| Transport & déplacements officiels | Avantage en nature | ~4 000 € |
| Total mensuel estimé | ~38 568 € | |
15 335,89 euros brut par mois
La rémunération de la présidente se compose de deux étages distincts. Le premier est commun à l’ensemble des 577 députés : une indemnité parlementaire de base fixée à 5 931,95 euros brut, une indemnité de résidence de 177,96 euros brut et une indemnité de fonction de 1 527,48 euros brut, soit un total de 7 637,39 euros brut mensuel, équivalant à environ 5 953 euros net après cotisations sociales et CSG-CRDS.
Le second étage est propre à la fonction présidentielle. Une indemnité spéciale de 7 698,50 euros brut s’y ajoute chaque mois, portant la rémunération totale à 15 335,89 euros brut, soit environ 11 500 euros net. Aucun texte institutionnel ne mentionne de revalorisation postérieure à janvier 2024 : ces montants constituent le dernier niveau officiel connu à la date de publication.
À ces indemnités s’ajoute l’avance de frais de mandat (AFM), portée à 5 950 euros par mois depuis une décision du Bureau de l’Assemblée du 24 janvier 2024. Il importe de distinguer clairement cette somme de la rémunération : l’AFM n’est pas un revenu. Elle est versée pour couvrir les dépenses professionnelles — permanence, déplacements, communication — et son utilisation est soumise à la conservation de justificatifs et à des contrôles aléatoires depuis la réforme de 2017.
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L’Hôtel de Lassay : un logement de fonction sans équivalent
Le principal avantage en nature attaché à la présidence est la mise à disposition de l’Hôtel de Lassay, résidence officielle du président de l’Assemblée nationale depuis le milieu du XIXᵉ siècle. Cet hôtel particulier du XVIIIᵉ siècle, mitoyen du Palais-Bourbon, comprend des appartements privés, de vastes salons de réception et un jardin donnant sur la Seine.
Aucun loyer n’est facturé à la présidente. L’entretien du bâtiment, la sécurité, le chauffage, le personnel de maison et les travaux sont intégralement financés sur le budget de l’Assemblée nationale. L’Hôtel de Lassay sert également de cadre aux dîners officiels, réceptions diplomatiques et rencontres institutionnelles : les frais de bouche, de logistique et de protocole associés sont imputés aux lignes « frais de réception » de l’Assemblée, sans peser sur la rémunération personnelle de la présidente.
Ces dépenses font l’objet d’une traçabilité renforcée depuis les polémiques soulevées par les « dîners de Lassay » sous la présidence de François de Rugy, et sont désormais consolidées dans les comptes des pouvoirs publics, susceptibles d’examen par la Cour des comptes.
Un appareil humain entièrement financé par l’Assemblée
Sur le plan des moyens humains, la présidente dispose de deux niveaux de ressources cumulés. Comme tout député, elle bénéficie d’un crédit mensuel de 11 118 euros pour rémunérer jusqu’à cinq collaborateurs parlementaires. À cela s’ajoute un cabinet politique propre — directeur de cabinet, conseillers, chargés de mission, secrétariat — dont les rémunérations sont supportées par le budget de l’Assemblée.
Elle s’appuie en outre sur l’ensemble des services spécialisés du Palais-Bourbon : protocole, communication, sécurité, relations internationales, services des séances. Ces effectifs sont mutualisés entre les différentes instances de l’Assemblée, mais largement mobilisés par la présidence. Pour mémoire, les dépenses de personnel de l’Assemblée nationale dépassaient 300 millions d’euros par an au début des années 2020 pour environ 1 100 agents permanents. La valeur économique de ces moyens humains, entièrement pris en charge sans coût direct pour la présidente, constitue un avantage en nature structurellement très significatif.
Véhicule de fonction, transport et déplacements internationaux : tout est pris en charge
Les facilités de transport s’articulent là encore en deux couches superposées. Le socle commun à l’ensemble des députés comprend la gratuité des billets de train SNCF en première classe, un contingent de billets d’avion pour les trajets entre Paris et la circonscription, et le remboursement des trajets en taxi ou VTC liés à l’exercice du mandat.
La présidente bénéficie en plus d’un véhicule de fonction dédié avec chauffeur pour ses déplacements officiels à Paris et en province. Carburant, entretien, salaires des chauffeurs et dispositifs de sécurité sont intégrés aux dépenses de fonctionnement de l’Assemblée. Les déplacements à l’étranger, dans le cadre des relations interparlementaires ou de conférences internationales, sont également financés sur crédits publics via le programme budgétaire « Pouvoirs publics ».
Transparence et patrimoine : les obligations de la HATVP
Comme tout responsable de ce rang, Yaël Braun-Pivet est soumise aux obligations déclaratives de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Sa dernière déclaration de situation patrimoniale, déposée le 26 juillet 2024, mentionne notamment 4 165 actions L’Oréal valorisées à 1 594 362 euros, ainsi que 28 779 euros de revenus perçus sur ces titres au cours de l’année précédente.
Ces éléments patrimoniaux ont suscité des controverses politiques autour de la question des conflits d’intérêts. Ils n’entrent pas dans le calcul de la rémunération attachée à la fonction, mais ils documentent le niveau de fortune personnelle de la titulaire dans un contexte où l’opinion publique reste particulièrement sensible à cette question.
Sur le plan du contrôle des dépenses publiques, la réforme de 2017 a remplacé l’ancienne indemnité représentative de frais de mandat — versée sans justificatif — par l’AFM actuelle, soumise à conservation de pièces et à contrôles aléatoires. Une fraction résiduelle de cette avance reste toutefois soumise à des règles de contrôle moins strictes, ce qui nourrit un débat récurrent sur la transparence effective de ces dispositifs.
Ce que coûte réellement la présidence de l’Assemblée nationale
En additionnant une rémunération nette mensuelle d’environ 11 500 euros, un logement de prestige sans loyer ni charges, un cabinet et des services administratifs entièrement financés par l’Assemblée, un véhicule avec chauffeur, la prise en charge intégrale des déplacements officiels en France et à l’étranger, et des frais de représentation imputés directement au budget public, la présidence de l’Assemblée nationale apparaît comme l’une des fonctions les plus dotées de la vie politique française — dans un cadre de transparence formellement renforcé depuis 2017, mais dont les limites pratiques continuent d’alimenter le débat démocratique.


