Ce que gagne vraiment votre député chaque mois, en détail

Votre député touche 7 637 € bruts, mais aussi 7 000 € de frais et 12 000 € pour ses assistants. Transports, logement, bureaux : le tour complet de ses avantages.

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Un député de l’Assemblée nationale perçoit une indemnité parlementaire brute de 7 637,39 € par mois. Mais ce chiffre, aussi précis soit-il, ne représente qu’une fraction du coût réel d’un mandat. Entre frais de fonctionnement, enveloppe collaborateurs et avantages logistiques pris en charge par l’institution, le dispositif global dépasse largement cette première lecture. Tour d’horizon d’un système en cours de réforme, entre contraintes budgétaires affichées et réalités chiffrées.

Revenus et avantages des députés — Chiffres officiels

Données issues des documents parlementaires officiels · Mis à jour février 2026

Indemnité de base 5 931,95 €
Indemnité de résidence (3 % de la base) 177,96 €
Indemnité de fonction (25 % des deux premières) 1 527,48 €
Total brut mensuel 7 637,39 €
Net estimé avant impôt : ~ 5 900 – 6 000 € /mois
Plafond cumul mandat local : 50 % de la base, soit environ 2 965 € supplémentaires au maximum.
Sources : Fiche « L’indemnité parlementaire » — Sénat (mise à jour 19/01/2025) ; Le Club des juristes (12/02/2024). Montants en vigueur au 1er janvier 2024.
Jusqu’en 2017
IRFM — sans justificatifs, sans contrôle
~ 5 373 € nets/mois
2018 – déc. 2023
AFM — sur justificatifs, contrôle du déontologue
5 645 € /mois
1er janvier 2024
Revalorisation de l’AFM (+5,4 %) — décision du Bureau de l’Assemblée
5 950 €+305 €
2 juillet 2025
Réforme — fusion des enveloppes, légère baisse, contrôle élargi
~ 7 000 € dotation unifiée estimée
Répartition officielle de la dotation 2025 — Communiqué du Bureau (02/07/2025)
75 % AFM (frais de mandat)
20 % Collaborateurs
5 % Économies
Sources : Communiqué de la présidente de l’Assemblée nationale (02/07/2025) ; Loi pour la confiance dans la vie politique du 15 septembre 2017 ; arrêtés du Bureau de l’Assemblée nationale.
🚆
Train
Carte SNCF nominative — 1re ou 2e classe, réseau national, déplacements liés au mandat
✈️
Avion
Environ ~ 80 A/R Paris–circonscription + ~ 12 vols supplémentaires/an selon les modalités internes de l’Assemblée
🏠
Hébergement Paris
Résidence Chaban-Delmas ou bureau-chambre. Remboursement loyer jusqu’à 1 200 €/mois sous conditions
🏨
Hôtel
Convention groupes hôteliers — plafond ~ 200 €/nuit pris en charge
🖥️
Bureau & matériel
Bureau équipé au Palais-Bourbon, informatique, téléphonie professionnelle, reprographie pris en charge
🍽️
Restauration
Tarifs subventionnés mais repas à la charge du député — non gratuit
Sources : Documents internes de l’Assemblée nationale ; arrêtés du Bureau relatifs aux conditions matérielles d’exercice du mandat.
Enveloppe collaborateurs (par député) Charges patronales prises en charge en sus par l’Assemblée
~ 11 000 – 12 000 €/mois · estimé
Dotation de l’État à l’Assemblée nationale Gelée à ce niveau pour 2025 et 2026
607,65 M€officiel · PLF 2026
Pension retraite estimée — 1 mandat / 2 mandats
~ 650–700 € / ~ 1 400 €/mois · estimé
Pension moyenne des anciens députés
~ 3 000 €/mois · estimé
Gel des pensions pour 2026 — économie estimée Décision du Bureau · décembre 2025
~ 800 000 €officiel · AFP (10/12/2025)
Sources : Annexe Pouvoirs publics au PLF 2026 (22/10/2025) ; décision du Bureau de l’Assemblée nationale (décembre 2025) ; caisse des pensions de l’Assemblée nationale.

7 637 € bruts par mois : l’indemnité parlementaire

La rémunération d’un député n’est pas un salaire au sens du Code du travail. Elle prend la forme d’une indemnité parlementaire, dont le niveau est indexé sur la grille « hors échelle » de la fonction publique — celle des préfets et conseillers d’État. Depuis le 1er janvier 2024, son montant brut mensuel est fixé à 7 637,39 €, décomposé en trois composantes : une indemnité de base de 5 931,95 €, une indemnité de résidence de 177,96 € (3 % de la base) et une indemnité de fonction de 1 527,48 € (25 % des deux premières). Ces montants, identiques pour les sénateurs, sont confirmés par le Sénat et le Club des juristes.

Le net mensuel perçu avant impôt tourne autour de 5 900 à 6 000 € selon les estimations des médias spécialisés, cohérentes avec le calcul du Sénat qui établit à 5 676 € le net d’un sénateur après cotisations — base brute identique, retenues comparables.

Certaines fonctions ouvrent droit à des indemnités supplémentaires : présidence de l’Assemblée, vice-présidences, questure, présidences de commission. Les montants, fixés par le Bureau, ne font pas l’objet d’une publication systématique.

Par ailleurs, un député cumulant un mandat local ne peut percevoir, au titre de ce mandat, plus de 50 % de l’indemnité de base, soit environ 2 965 € mensuels avec les valeurs actuelles. Ce plafond découle des lois organiques sur le cumul des indemnités.

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De l’IRFM à l’enveloppe unifiée de 2025

Jusqu’en 2017, les députés percevaient une indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) d’environ 5 373 € nets par mois, versée sans obligation de justificatifs ni contrôle. Cette enveloppe a été au cœur de nombreuses controverses — acquisitions immobilières, dépenses privées — documentées notamment par les associations Regards Citoyens et Anticor. La loi pour la confiance dans la vie politique du 15 septembre 2017 y a mis fin et transféré au Bureau de chaque assemblée la compétence pour fixer un nouveau régime.

L’IRFM a été remplacée par une avance de frais de mandat (AFM), versée sur présentation de justificatifs et contrôlée par le déontologue de l’Assemblée. En janvier 2024, le Bureau décide de la revaloriser de 5,4 % pour « faire face à l’impact de l’inflation sur les charges professionnelles des députés » : l’AFM passe de 5 645 € à 5 950 € mensuels pour un député métropolitain. La décision, votée par la quasi-totalité des groupes — La France insoumise s’abstenant —, suscite une vive polémique en pleine crise agricole.

Le 2 juillet 2025, le Bureau franchit une étape supplémentaire en fusionnant les différentes enveloppes existantes en une dotation unifiée, présentée comme une « légère baisse » assortie d’un élargissement du contrôle déontologique. La répartition retenue : 75 % affectés aux frais de mandat proprement dits, 20 % au crédit collaborateurs, 5 % traduits en économies. La nouvelle enveloppe mensuelle est estimée à un peu plus de 7 000 €. Les dépenses couvertes restent strictement encadrées — permanence, déplacements, hébergement à Paris, communication — à l’exclusion de tout usage personnel, don à un parti ou location de biens appartenant au député.

Collaborateurs parlementaires : jusqu’à 12 000 € par mois

Chaque député est juridiquement l’employeur de ses collaborateurs, recrutés et licenciés sous sa responsabilité dans un cadre fixé par l’Assemblée. L’enveloppe mensuelle dédiée à leur rémunération est estimée par plusieurs médias et organismes spécialisés à environ 11 000 à 12 000 € par député, permettant de financer trois à cinq collaborateurs selon les salaires pratiqués. Les charges patronales et cotisations sociales sont prises en charge directement par l’Assemblée, en sus de cette enveloppe — ce qui porte le coût réel des équipes parlementaires sensiblement au-delà de ces montants.

L’affaire Fillon a conduit à inscrire dans la loi de 2017 l’interdiction formelle de recruter comme collaborateur son conjoint, ses ascendants, descendants ou ceux de son conjoint. Le non-respect de cette disposition est passible de trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende. La liste des collaborateurs par député a été rendue publique dans la foulée.

Les avantages en nature qui ne figurent dans aucun bulletin de paie

Au-delà des enveloppes monétaires, l’Assemblée prend en charge un ensemble d’avantages logistiques qui, sans constituer juridiquement un revenu, représentent une valeur substantielle.

Sur les transports, les députés disposent d’une carte SNCF nominative permettant de voyager gratuitement en première ou deuxième classe sur l’ensemble du réseau national pour leurs déplacements liés au mandat, ainsi qu’un abonnement Navigo pris en charge pour l’Île-de-France. Pour les liaisons aériennes, des documents internes cités font état d’environ 80 allers-retours Paris-circonscription par an pour un député métropolitain, auxquels s’ajoutent une douzaine de vols supplémentaires en France, avec des modalités spécifiques pour les élus d’outre-mer. La gratuité à vie des transports SNCF accordée aux anciens parlementaires a été supprimée en 2017.

Pour l’hébergement, de nombreux députés de province disposent d’un bureau aménageable en chambre au Palais-Bourbon ou dans les bâtiments annexes. L’Assemblée gère par ailleurs la résidence Jacques-Chaban-Delmas, qui propose des chambres aux élus non franciliens lors de leurs séjours à Paris. En cas de saturation, des conventions avec des groupes hôteliers prévoient une prise en charge plafonnée à environ 200 € la nuit. Un remboursement de loyer pouvant atteindre 1 200 € par mois est également possible pour les députés non propriétaires et non élus en Île-de-France, selon des conditions fixées en interne.

Chaque député bénéficie en outre d’un bureau équipé en mobilier et matériel informatique, avec accès aux services de l’Assemblée : secrétariat, reprographie, documentation, téléphonie professionnelle. La restauration, en revanche, n’est pas gratuite : les restaurants et cafétérias du Palais-Bourbon fonctionnent à tarifs subventionnés, mais les repas restent à la charge des élus.

Retraite des députés : un régime autonome

Les députés sont affiliés à une caisse de pensions spécifique créée en 1904, fonctionnant sur le principe de la répartition avec une subvention inscrite au budget de l’Assemblée. Des réformes successives depuis 2017 ont progressivement aligné ce régime sur le droit commun — réduction des bonifications, allongement de la durée de cotisation, relèvement de l’âge de départ.

Les estimations d’experts situent la pension autour de 650 à 700 € nets pour un seul mandat accompli, 1 300 à 1 400 € pour deux mandats, et une moyenne d’environ 3 000 € par mois pour l’ensemble des anciens députés pensionnés. En décembre 2025, le Bureau a décidé de geler ces pensions pour l’année 2026, une mesure présentée comme une économie d’environ 800 000 € pour la caisse, dans un contexte général de maîtrise des finances publiques.

Le budget de l’Assemblée nationale gelé pour 2026

L’ensemble de ces dispositifs s’inscrit dans le budget global de l’Assemblée nationale, dont la dotation de l’État est fixée à 607,65 millions d’euros — un montant gelé pour 2025 et reconduit à l’identique pour 2026, après avoir été porté à ce niveau depuis les 577 millions inscrits au PLF 2024.
La présidente Yaël Braun-Pivet a présenté la réforme des frais de mandat de juillet 2025 comme un geste de « responsabilité budgétaire ». Dans les faits, la légère baisse des enveloppes individuelles et l’élargissement du contrôle déontologique constituent les principaux ajustements d’un système dont l’architecture globale demeure inchangée.



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