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Le guichet MaPrimeRénov’ a rouvert ce lundi après près de deux mois de fermeture totale. La promulgation de la loi de finances pour 2026 a débloqué une enveloppe de 3,6 milliards d’euros de crédits d’État, auxquels s’ajoutent les financements des certificats d’économie d’énergie (CEE). Tous les parcours sont à nouveau accessibles — rénovation d’ampleur comme rénovation par geste — mais les règles ont changé, les délais se sont allongés et deux catégories de travaux disparaissent purement et simplement du dispositif simplifié.
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MaPrimeRénov’ 2026 : ce qui change
La reprise est réelle, mais immédiatement contrainte par un stock considérable : quelque 83 000 dossiers déposés en 2025, dont l’instruction avait été gelée début janvier, seront traités en priorité par l’Agence nationale de l’habitat (Anah). Pour les ménages qui déposent un nouveau dossier ce printemps, cet arriéré réduit mécaniquement la capacité de traitement disponible pour 2026. Les barèmes d’aides, eux, restent identiques à ceux définis à l’automne 2025, tant pour les rénovations d’ampleur que pour les chantiers par geste. Aucune revalorisation n’est prévue à ce stade.
Pour les bénéficiaires dont le dossier avait été notifié avant le 1er janvier 2026, la situation est plus simple : les travaux peuvent se poursuivre normalement et la demande de versement ou d’avance continue d’être examinée par l’Anah.
Deux aides supprimées du parcours simplifié
C’est le changement le plus structurel de cette édition 2026. Deux types de travaux sont désormais exclus du parcours par geste, c’est-à-dire de la possibilité d’obtenir une aide MaPrimeRénov’ pour un chantier isolé : les chaudières à biomasse et l’isolation des murs, qu’elle soit réalisée par l’intérieur ou par l’extérieur.
Ces travaux restent éligibles à une aide, mais uniquement dans le cadre d’une rénovation globale associant plusieurs postes de travaux. Pour un ménage qui souhaitait uniquement remplacer sa chaudière bois ou isoler sa façade, l’aide MaPrimeRénov’ n’est plus disponible en tant que telle.
Le gouvernement justifie l’exclusion des chaudières biomasse par les enjeux de qualité de l’air et la priorité donnée aux pompes à chaleur. L’argument est moins convaincant pour l’isolation des murs : selon l’Ademe, ces parois représentent entre 20 et 25 % des déperditions de chaleur d’une maison non isolée construite avant 1974, soit davantage que les fenêtres (10 à 15 %) ou les planchers bas (7 à 10 %), et légèrement moins que la toiture (25 à 30 %). Des associations de consommateurs et plusieurs organisations professionnelles estiment que cette exclusion va freiner les rénovations par étapes et alourdir la facture pour les ménages les plus contraints financièrement.
Un rendez-vous France Rénov’ désormais obligatoire
Autre nouveauté procédurale : tout ménage souhaitant engager une rénovation d’ampleur doit désormais passer par un rendez-vous personnalisé avec un conseiller France Rénov’ avant de déposer son dossier. Cette étape vise à établir un plan de travaux cohérent — isolation, ventilation, chauffage — à vérifier l’éligibilité du projet et à sécuriser son montage financier, tout en limitant les risques de fraude et de travaux inadaptés.
Dans les faits, cette obligation ajoute un délai supplémentaire au calendrier. Plusieurs espaces conseil France Rénov’ signalent déjà des temps d’attente de plusieurs semaines pour obtenir un rendez-vous, sous l’effet conjugué de la reprise du guichet et du volume de demandes accumulées. Les fédérations d’artisans soutiennent le principe d’un meilleur accompagnement, mais alertent sur la nécessité de renforcer les moyens humains du réseau pour éviter un engorgement durable.
120 000 rénovations globales visées
L’Anah dispose pour 2026 d’un budget total estimé entre 4,4 et 4,6 milliards d’euros pour l’ensemble de ses missions, dont MaPrimeRénov’ constitue le principal poste avec 3,6 milliards de crédits d’État. Cela doit permettre, selon ses propres orientations, de financer au moins 120 000 rénovations d’ampleur — dont 68 000 en copropriété et 52 000 dans des logements individuels — ainsi que 150 000 chantiers par geste portant notamment sur le remplacement de chaudières ou de fenêtres.
Ces chiffres restent cependant inférieurs aux volumes un temps évoqués pour atteindre l’objectif gouvernemental de 700 000 rénovations par an à l’horizon 2030. La dotation 2026 est jugée insuffisante de plusieurs centaines de millions d’euros par rapport aux enveloppes initialement évoquées pour tenir cette trajectoire.
Deux ans de stop-and-go qui fragilisent toute la filière
La réouverture de ce lundi ne doit pas faire oublier l’enchaînement des à-coups qui ont marqué le dispositif depuis 2025. Une première suspension est intervenue en cours d’année, lorsque le gouvernement a gelé temporairement les rénovations d’ampleur face à un afflux de demandes et à des risques de dépassement budgétaire. Le guichet avait rouvert le 30 septembre 2025, mais dans un cadre recentré sur les rénovations globales et les ménages les plus modestes, avec des plafonds d’aides réduits et des critères d’éligibilité durcis. Puis, faute de promulgation de la loi de finances dans les délais, il s’était refermé au 1er janvier 2026, entraînant la suspension de MaPrimeAdapt’ et l’arrêt des plateformes de dépôt de dossiers.
Les organisations du bâtiment — dont la CAPEB — dénoncent depuis plusieurs mois les conséquences de cette instabilité chronique sur les carnets de commandes et l’emploi dans les entreprises de rénovation. Elles réclament une trajectoire pluriannuelle lisible, seule à même de permettre aux artisans d’anticiper leur activité et aux ménages de planifier leurs travaux sans craindre une nouvelle fermeture.
Ce que vous devez faire selon votre situation
Pour un dossier déposé et notifié avant le 1er janvier 2026 : aucune démarche supplémentaire n’est requise. Les travaux peuvent se poursuivre et la demande de paiement sera instruite normalement par l’Anah.
Pour un nouveau projet de rénovation globale : la première étape est de prendre rendez-vous auprès d’un conseiller France Rénov’, sans attendre, compte tenu des délais déjà signalés. L’instruction du dossier ne pourra débuter qu’après cette étape obligatoire, et le stock de 83 000 dossiers prioritaires laisse présager des délais de plusieurs mois avant toute décision.
Pour un projet portant uniquement sur l’isolation des murs ou le remplacement d’une chaudière bois : l’aide MaPrimeRénov’ par geste n’est plus disponible. Il convient d’évaluer si le projet peut s’inscrire dans une rénovation globale pour rester éligible, ou de se tourner vers d’autres dispositifs comme les CEE ou les aides locales.


