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L’information a été révélée par Reuters le 18 février 2026 : Berlin discuterait avec Washington de l’acquisition de plus de 35 chasseurs furtifs américains en plus des 35 déjà commandés. Une orientation qui intervient au moment où le chancelier Merz exprime publiquement ses doutes sur la pertinence d’un avion de combat européen de nouvelle génération (SCAF).
35 F-35 supplémentaires
L’information a été révélée par Reuters le 18 février 2026 : l’Allemagne serait en discussion avec les États-Unis pour acquérir davantage de chasseurs F-35, au-delà des 35 appareils déjà commandés en 2022, le volume envisagé pouvant dépasser 35 unités supplémentaires. Si ces hypothèses se concrétisaient, la flotte allemande de F-35 pourrait atteindre 70 appareils, voire davantage selon les options évoquées par des sources parlementaires.
Ces chiffres doivent cependant être maniés avec précaution. Aucune lettre de commande supplémentaire n’a à ce stade été signée, et le ministère allemand de la Défense a refusé de commenter ces négociations en cours. Ce qui donne de la consistance à ces révélations, c’est leur coïncidence avec une déclaration publique du chancelier Friedrich Merz, qui a exprimé mi-février ses doutes sur la nécessité pour l’Allemagne de se doter d’un nouveau chasseur habité — laissant entendre que Berlin pourrait concentrer ses priorités sur les drones et le volet numérique du FCAS.
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Les 35 F-35 déjà commandés
En décembre 2022, la commission budgétaire du Bundestag a autorisé des dépenses d’armement de 13 milliards d’euros, dont environ 10 milliards fléchés vers l’achat de 35 F-35A auprès de Lockheed Martin. Ces appareils doivent remplacer les Tornado vieillissants qui assurent la mission de partage nucléaire de l’OTAN — c’est-à-dire la capacité d’emporter des bombes nucléaires américaines stockées sur le sol allemand, notamment à la base de Büchel. Le financement est inscrit dans le fonds spécial de 100 milliards d’euros constitutionnalisé en 2022. Les premières livraisons sont attendues en 2026, avec une mise en service complète avant 2030.
Lancé en 2017 par Paris, Berlin et Madrid, le Future Combat Air System devait livrer à l’horizon 2040 un chasseur de nouvelle génération couplé à des drones et à un réseau de commandement numérique. Huit ans plus tard, le programme accumule retards et tensions industrielles entre Dassault Aviation, Airbus Defence and Space et l’espagnol Indra, notamment sur le partage des technologies et la gouvernance. Les divergences de doctrine militaire entre la France — qui exige un appareil nucléaire et apte à l’embarquement — et l’Allemagne — focalisée sur la défense aérienne OTAN — compliquent encore l’équation. Aucun des trois gouvernements n’a formellement annoncé de retrait.
F-35 contre autonomie stratégique européenne
En approfondissant sa dépendance au F-35, Berlin s’arrime durablement à une technologie dont les logiciels de mission, les certifications et la maintenance sont contrôlés par Washington. Ce mouvement s’inscrit dans une tendance de fond : le Royaume-Uni, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique, la Norvège, le Danemark, la Pologne et la Finlande ont tous commandé des F-35, faisant de l’appareil de Lockheed Martin le standard de fait des armées de l’air européennes de l’OTAN. Pour la France, ce pivot allemand représente un revers industriel et politique qui fragilise simultanément le FCAS et le programme concurrent GCAP porté par Londres, Rome et Tokyo.
Plusieurs échéances se profilent : les arbitrages budgétaires au Bundestag sur une éventuelle deuxième tranche de F-35, et une décision formelle sur la composante avion habité du FCAS. La question centrale est désormais celle-ci — peut-on financer et gérer politiquement les deux programmes en parallèle, ou le renforcement du F-35 condamne-t-il le FCAS faute de ressources et de volonté politique ? Les prochaines semaines diront jusqu’où Berlin est prêt à pousser ce basculement stratégique.


