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Deux de ses collaborateurs en garde à vue, un ancien stagiaire soupçonné d’avoir participé aux coups. Raphaël Arnault, député LFI et co-fondateur de la Jeune Garde, se retrouve au cœur d’une crise judiciaire et politique dont il ne mesure peut-être pas encore toute la portée.
Raphaël Arnault, député ou chef de milice ?
Il siège à l’Assemblée nationale depuis 2022, élu dans la troisième circonscription du Vaucluse sous l’étiquette LFI. Mais Raphaël Arnault n’est pas un député comme les autres. Il est aussi le co-fondateur de la Jeune Garde, mouvement d’ultragauche dont la doctrine assumée repose sur le combat physique contre l’extrême droite. Cette double appartenance — représentant de la République le jour, bâtisseur d’une organisation de confrontation directe en dehors — a longtemps été tolerée dans les rangs insoumis, sinon revendiquée comme une forme de cohérence militante. La mort de Quentin Deranque a changé la donne. Ce qui passait pour de la radicalité assumée ressemble désormais à une responsabilité politique difficile à esquiver.
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Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire d’Arnault, a été placé en garde à vue dès mardi. Il est soupçonné d’avoir participé directement aux violences qui ont coûté la vie au militant nationaliste. Le lendemain, un second collaborateur du bureau du député, Robin C., enregistré à l’Assemblée nationale sous le nom de Robin Michel, était à son tour arrêté. Il est suspecté d’avoir hébergé Adrian B., un proche soupçonné d’avoir pris part au meurtre, pour le soustraire aux forces de l’ordre. Un troisième profil a ensuite émergé : un ancien stagiaire du même cabinet, lui aussi mis en cause pour sa participation directe aux faits. Trois personnes issues du même cercle professionnel, gravitant autour du même élu, impliquées dans la même affaire. La coïncidence ne tient plus.
La Jeune Garde, de la dissolution au banc des accusés
La Jeune Garde se définit elle-même comme un mouvement antifasciste de défense. Dans les faits, son mode d’action repose sur l’affrontement physique avec les militants d’extrême droite, les expéditions punitives et la logique de territoire. Arnault en est le fondateur. LFI a entretenu avec ce mouvement des liens qui dépassent la simple proximité idéologique : des cadres, des assistants, des candidats aux élections ont porté ses couleurs. La dissolution de la Jeune Garde, prononcée avant les faits, n’a pas dissous les réseaux ni modifié les comportements. Elle a simplement rendu plus visible l’écart entre la posture institutionnelle du parti et les pratiques de ceux qui le peuplent. La mort d’un homme de vingt ans à Lyon a rendu cet écart insoutenable.
Jean-Luc Mélenchon a condamné «l’usage de la violence», affirmant que les agresseurs de Quentin s’étaient «déshonorés». Mais il a refusé de «recevoir les leçons» du Premier ministre, et n’a pas prononcé le nom d’Arnault. Manuel Bompard, coordinateur du mouvement, a retourné la pression : selon lui, les accusations contre LFI alimentent les menaces reçues par ses militants, et il demande que ces accusations cessent. Arnault, lui, n’a toujours pas été publiquement lâché par son parti. Ce silence collectif n’est pas anodin. Il révèle soit une incapacité à rompre avec un modèle militant qui a structuré une partie du mouvement, soit le calcul que lâcher Arnault équivaudrait à reconnaître une faute systémique plutôt qu’individuelle. Les deux hypothèses sont également compromettantes.
La rupture à gauche et l’isolement qui s’accélère
François Hollande a été le premier à tirer les conséquences politiques explicites. Plus aucune alliance possible avec LFI, même au second tour des municipales. Mélenchon «n’a pas sa place au second tour» de la présidentielle. La relation est, selon lui, «totalement rompue». Ce n’est pas un coup de colère passager. C’est un repositionnement stratégique du Parti socialiste, qui choisit ce moment précis pour achever une séparation déjà engagée. Pour LFI, l’impact est immédiat : à moins d’un mois du premier tour des municipales, le parti se retrouve privé de l’appui socialiste dans des villes où il en avait besoin. Pendant ce temps, Jordan Bardella a convoqué la presse pour parler de «sursaut face à l’extrême gauche» et décrit LFI comme responsable d’une «stratégie du chaos». Le Rassemblement national occupe le terrain sans effort, laissant LFI gérer seul l’incendie.
Que risque vraiment Raphaël Arnault ?
Sur le plan judiciaire, Arnault n’est pas mis en cause directement. Ses collaborateurs sont en garde à vue, pas lui. Mais la question de sa responsabilité en tant qu’employeur et figure tutélaire d’un réseau militant se posera inévitablement dans le débat public, sinon devant les juges. L’immunité parlementaire le protège des poursuites liées à ses votes et prises de position, pas d’éventuelles mises en cause pénales pour des faits distincts. En interne, la pression monte sans se formuler encore ouvertement : aucun chef de file insoumis n’a demandé sa démission, mais aucun ne s’est non plus affiché à ses côtés. LFI n’a jamais contraint l’un des siens à quitter ses fonctions sous pression externe. Cette affaire pourrait constituer le premier test réel de cette limite. Le verdict judiciaire appartient aux magistrats. Le verdict politique, lui, est déjà en train de s’écrire.


