Airbus, Leonardo, Thales : 6,5 milliards pour créer le rival européen de SpaceX

Après deux ans de dépréciations massives, Airbus spatial affiche un rebond financier inédit en 2025 et prépare une fusion avec Leonardo et Thales pour concurrencer SpaceX

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Les activités spatiales d’Airbus ont renoué avec la croissance en 2025, portées par un volume de commandes qui dépasserait les 4,5 milliards d’euros selon nos informations — un niveau rarissime pour un groupe européen du secteur. Ce rebond intervient après deux années marquées par de lourdes dépréciations et un plan de restructuration social inédit. Il positionne Airbus dans une dynamique favorable à l’heure où se négocie la constitution du futur champion européen des satellites avec Leonardo et Thales.

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Le redressement financier de la division Defence & Space est spectaculaire. Sur le seul premier semestre, le chiffre d’affaires a progressé d’environ 17 % à 5,8 milliards d’euros, tandis que l’EBIT ajusté bondissait de -807 millions à +265 millions d’euros — des données reprises dans une note syndicale FO à partir des publications officielles d’Airbus.
Ce retournement fait suite à une année 2024 particulièrement difficile, au cours de laquelle Airbus a passé environ 1,3 milliard d’euros de charges sur ses programmes Space Systems, sous l’effet conjugué de la montée en puissance du New Space et d’une pression concurrentielle accrue sur les marchés institutionnels.

Le redressement a eu un coût social. En 2025, Airbus Defence and Space a lancé un plan de restructuration prévoyant la suppression de 2 043 postes d’ici mi-2026, sans licenciements secs annoncés.

340 satellites OneWeb : le contrat Eutelsat qui change tout

La commande la plus remarquable reste celle d’Eutelsat, qui a confié à Airbus Defence and Space la construction de 340 satellites pour la constellation OneWeb en orbite basse (LEO). Ce lot s’ajoute aux 100 satellites déjà commandés précédemment, portant le total à 440 appareils de nouvelle génération destinés à assurer la continuité opérationnelle et l’extension du réseau de connectivité d’OneWeb — l’une des rares constellations LEO à capitaux majoritairement européens.

Pour financer cette commande, Eutelsat a obtenu un prêt d’environ 975 millions d’euros accordé par un consortium de banques commerciales et garanti par la Direction générale du Trésor via Bpifrance Assurance Export. Ce dispositif illustre le rôle de levier financier public dans la préservation de la souveraineté européenne en matière de télécommunications spatiales, à l’heure où Eutelsat et OneWeb ont fusionné pour former un acteur intégré.

Airbus, Leonardo, Thales : futur champion européen des satellites

Ce rebond opérationnel arrive au meilleur moment pour Airbus, qui négocie actuellement la création d’une coentreprise avec Leonardo et Thales dans le domaine des satellites — hors lanceurs. Ce projet, désigné en interne sous le nom de « Bromo », a franchi l’étape du protocole d’accord signé le 22 octobre 2025.
La future entité regrouperait environ 25 000 personnes pour un chiffre d’affaires annuel pro forma d’environ 6,5 milliards d’euros (sur la base des données 2024), avec un carnet de commandes représentant plus de trois ans de ventes. La répartition du capital proposée place Airbus à 35 %, Leonardo et Thales à 32,5 % chacun, avec un siège social en France et une gouvernance partagée.

Les partenaires affichent l’objectif de dégager plusieurs centaines de millions d’euros de synergies annuelles à terme, notamment par la mutualisation de la R&D et la rationalisation des sites industriels européens. Mais les négociations s’annoncent tendues sur la valorisation respective des activités spatiales des trois groupes : Airbus doit composer avec les dépréciations massives de 2024, Thales avec une rentabilité satellite plus faible sur certains programmes, tandis que Leonardo apparaît financièrement moins exposé. La prise en compte des carnets de commandes — celui d’Airbus étant regonflé par les contrats de constellations — sera centrale dans ces discussions.

Le dossier doit encore être soumis à la Commission européenne pour examen concurrentiel, avant une mise en œuvre visée à l’horizon 2027, sans calendrier officiel arrêté à ce stade.

Cette consolidation se déroule dans un contexte de compétition internationale qui ne laisse guère de place à l’attentisme. SpaceX déploie des milliers de satellites Starlink, Amazon avance sur le projet Kuiper, et la Chine prépare ses propres constellations de grande envergure. Dans cette course, l’Europe accuse un retard structurel que les commandes record d’Airbus, le soutien public au contrat OneWeb et la création annoncée de la coentreprise visent à combler — sans que la partie soit encore gagnée.



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