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- Comparateur Expulsions Europe 2024
- Du contrôle policier à l’expulsion
- Qui sont ces migrants qu’on ne peut pas expulser ?
- Trois expulsions sur quatre échouent
- Vivre sous ordre d’expulsion : trois profils de l’entre-deux juridique
- Les paradoxes d’une amélioration en trompe-l’œil
- Les leçons des bons élèves européens
- Le non-dit politique : quand l’échec arrange tout le monde
- Que faire des 343 000 fantômes ? Les trois options impensables
En 2024, l’Union européenne a émis 453 000 ordres d’expulsion contre des ressortissants de pays tiers en situation irrégulière (derniers chiffres publiés). Seulement 110 000 personnes ont effectivement quitté le territoire. Les 343 000 autres vivent dans un entre-deux administratif, ni régularisés ni expulsés. Analyse d’un système migratoire qui ordonne sans exécuter.
Les chiffres publiés par Eurostat en décembre 2025 révèlent un dysfonctionnement structurel majeur de la politique migratoire européenne. Sur l’ensemble des ordres de quitter le territoire (OQTF) émis en 2024 par les 27 États membres, moins d’un quart ont été suivis d’un retour effectif vers un pays tiers. Ce taux d’exécution de 24,3% signifie concrètement que trois migrants sur quatre destinataires d’un ordre d’expulsion demeurent sur le sol européen.
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Le paradoxe s’accentue lorsqu’on analyse l’évolution récente. Entre 2023 et 2024, le nombre d’ordres émis a diminué de 8%, passant de 492 000 à 453 000. Dans le même temps, les retours effectifs ont augmenté de 19%, bondissant de 92 000 à 110 000. Cette amélioration apparente de l’efficacité – le taux d’exécution gagne 11 points – masque une réalité plus complexe : le stock cumulé de personnes sous ordre d’expulsion non exécuté continue de croître.
343 000 personnes en 2024 seulement. Si l’on cumule avec les années précédentes, ce sont probablement entre 800 000 et un million de personnes qui vivent actuellement en Europe sous le coup d’un ordre d’expulsion jamais appliqué. L’équivalent de la population de Marseille ou de Cologne.
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Du contrôle policier à l’expulsion
Le parcours administratif d’un migrant irrégulier révèle une cascade de déperditions. En 2024, les autorités européennes ont détecté 919 000 personnes en situation de présence illégale sur le territoire. Parmi elles, 453 000 ont reçu un ordre de quitter le territoire, soit 49% du total. Que sont devenus les 466 000 autres détectés ? Les données Eurostat ne le précisent pas, mais plusieurs hypothèses coexistent : régularisations de facto, dossiers en cours d’instruction, disparitions dans la nature avant notification formelle.
Ensuite, sur ces 453 000 ordres émis, seuls 110 000 ont donné lieu à un retour effectif. Une nouvelle déperdition de 76%. Le système européen fonctionne donc comme un entonnoir percé : sur 100 personnes détectées en situation irrégulière, 49 reçoivent un ordre d’expulsion, et seulement 12 quittent effectivement le territoire.
Cette inefficacité n’est pas uniforme géographiquement. La France émet le plus grand nombre d’ordres d’expulsion : 128 000 en 2024, soit 28% du total européen. L’Allemagne suit avec 57 000 ordres (13%), puis l’Espagne avec 51 000 (11%). Mais le classement des retours effectifs raconte une histoire différente. L’Allemagne arrive en tête avec 15 200 retours, suivie de près par la France (14 700), puis la Suède (9 900) et Chypre (8 900).
Le taux d’efficacité varie considérablement selon les pays. La Suède, avec moins de 5% des ordres émis au niveau européen, réalise 9% des retours effectifs, suggérant une meilleure conversion. À l’inverse, la France émet 28% des ordres mais ne réalise que 13% des retours. Ces écarts de performance révèlent que l’inefficacité du système n’est pas une fatalité, mais résulte de choix politiques et de moyens alloués.
Qui sont ces migrants qu’on ne peut pas expulser ?
L’analyse par nationalité révèle un décalage frappant entre les ordres émis et les retours exécutés. Les trois premières nationalités visées par des ordres d’expulsion en 2024 sont les Algériens (37 000 ordres), les Marocains (32 000) et les Syriens (27 000). Ces trois pays du pourtour méditerranéen représentent à eux seuls 21% de tous les ordres émis dans l’UE.
Or, le classement des nationalités effectivement expulsées est radicalement différent. Les Géorgiens arrivent en tête avec 11 600 retours, suivis des Turcs et des Albanais (7 900 chacun). Autrement dit, les pays d’Afrique du Nord qui génèrent le plus d’ordres d’expulsion figurent parmi ceux dont les ressortissants sont les moins expulsés en pratique.
Ce paradoxe s’explique par plusieurs facteurs. Les accords de réadmission – ces conventions bilatérales par lesquelles un pays s’engage à reprendre ses ressortissants expulsés – fonctionnent différemment selon les États. La Géorgie et l’Albanie, candidats à l’adhésion européenne, coopèrent activement. La Turquie maintient un accord de réadmission malgré les tensions diplomatiques avec l’UE. En revanche, l’Algérie et le Maroc, qui ne dépendent pas financièrement de l’aide européenne, disposent d’un levier diplomatique leur permettant de limiter drastiquement les retours forcés de leurs ressortissants.
Le cas syrien illustre une autre contradiction du système. Les Syriens sont simultanément la première nationalité bénéficiant de protections internationales (148 000 demandes d’asile en 2024) et la première nationalité détectée en présence illégale (140 000 personnes). Cette dualité suggère l’existence de routes migratoires parallèles : une voie légale via la demande d’asile, une voie irrégulière pour ceux qui ne franchissent pas cette étape ou dont la demande a été rejetée.
Trois expulsions sur quatre échouent
L’inefficacité du système européen de retour repose sur une combinaison d’obstacles diplomatiques, juridiques et opérationnels qui s’additionnent pour créer une paralysie de fait.
L’obstacle diplomatique constitue le premier verrou. Sans accord de réadmission, aucun vol commercial ou charter ne peut atterrir pour débarquer des expulsés. Un État souverain ne peut être contraint d’accueillir quiconque, fût-il son propre ressortissant. L’Union européenne dispose de peu de leviers coercitifs. La conditionnalité de l’aide au développement, régulièrement évoquée, se heurte à deux limites : certains pays (Algérie, Maroc) ne dépendent pas significativement de l’aide européenne ; d’autres (pays subsahariens) la reçoivent via des canaux multilatéraux où le lien avec la migration est impossible à établir juridiquement.
L’obstacle juridique représente le deuxième filtre. Entre la notification d’un ordre d’expulsion et son exécution, s’écoulent généralement plusieurs mois, parfois plusieurs années. Le droit européen prévoit un délai de départ volontaire de 7 à 30 jours, prolongeable. Ensuite, le placement en centre de rétention administrative (CRA) ne peut excéder 18 mois au total selon la directive Retour de 2008. Durant cette période, de multiples recours juridiques peuvent être exercés : contestation de la régularité de l’ordre, invocation de risques en cas de retour au pays d’origine, protection familiale si des enfants sont scolarisés, raisons médicales.
La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a progressivement encadré les conditions d’expulsion. Impossibilité d’expulser vers un pays où la personne risque torture ou traitements inhumains (article 3), respect de la vie privée et familiale (article 8), protection renforcée des mineurs. Ces garde-fous juridiques, légitimes, créent mécaniquement une protection de fait pour des milliers de personnes dont l’expulsion devient juridiquement impossible même si elle reste théoriquement ordonnée.
L’obstacle opérationnel achève de bloquer le système. Une expulsion coûte entre 2 000 et 5 000 euros par personne : billet d’avion, escorte policière (généralement deux à trois agents par personne expulsée), coordination logistique. L’organisation de vols charter, seule option quand les compagnies commerciales refusent d’embarquer des personnes sous contrainte, mobilise des moyens considérables pour des volumes limités : un charter peut transporter 50 à 150 personnes selon le type d’appareil.
La capacité d’exécution est donc structurellement limitée. Avec 110 000 retours en 2024, l’UE aurait dû organiser environ 700 à 2 200 vols charter (selon taux de remplissage), soit 2 à 6 vols par jour pour l’ensemble des 27 pays. Un effort logistique considérable pour un résultat qui ne représente qu’un quart des ordres émis.
Enfin, un facteur décisif mais rarement quantifié : la disparition dans la nature. Entre 40% et 60% des personnes sous ordre d’expulsion, selon les estimations d’ONG et de préfectures, deviennent introuvables. Changement d’adresse sans notification, identités multiples, hébergement dans des réseaux informels. Le système administratif perd leur trace, rendant l’expulsion matériellement impossible même si l’ordre reste théoriquement valide.
Vivre sous ordre d’expulsion : trois profils de l’entre-deux juridique
Derrière les statistiques se dessinent des parcours individuels qui révèlent la rationalité des comportements face à un système inefficace.
Le travailleur sans papiers. Mohamed, Algérien de 34 ans, a reçu un ordre de quitter le territoire français il y a trois ans. Il travaille sur des chantiers du bâtiment, payé en liquide par des entrepreneurs qui ne vérifient pas ses papiers. Il loue une chambre dans le 19e arrondissement de Paris pour 400 euros par mois, envoie 300 euros chaque mois à sa famille à Oran. Il évite les transports en commun aux heures de pointe, ne sort jamais le soir, ne conduit pas. « Le système me dit de partir, mais ne me force pas à le faire. Tant que je reste invisible, je peux continuer. » Sa probabilité d’être effectivement expulsé : statistiquement inférieure à 25%.
La famille enracinée. Fatima et Rachid, Marocains, vivent en région parisienne depuis huit ans avec leurs trois enfants scolarisés en primaire et collège. Leur demande d’asile a été rejetée en 2020, un ordre d’expulsion notifié en 2021. Leur avocat a introduit trois recours successifs, invoquant l’article 8 de la CEDH (droit à la vie familiale) et la scolarisation des enfants. Chaque recours gagne six à douze mois. Entre-temps, les enfants progressent dans le système scolaire français, renforcant l’argument juridique de l’enracinement. « Mes enfants sont français de fait, même s’ils ne le sont pas de droit. Plus le temps passe, plus notre expulsion devient difficile. »
Le disparu volontaire. Karim, Syrien, a reçu un ordre d’expulsion après le rejet de sa demande d’asile. Il a immédiatement quitté la ville où il était assigné, changé de région, ne s’est jamais présenté au centre de rétention. Il survit dans l’économie souterraine : livraisons à vélo, manutention, petits boulots. Pas de compte bancaire, pas de contrat de location, pas de téléphone à son nom. « Je n’existe plus pour l’État français. Du coup, il ne peut plus m’expulser. » Son identité administrative est un fantôme, son existence quotidienne une réalité.
Ces trois profils illustrent l’adaptation rationnelle à un système dont l’inefficacité est connue et anticipée. Le calcul est simple : risque d’expulsion 24%, probabilité de régularisation future (amnistie, droit du sol pour enfants nés en France, régularisation par le travail après plusieurs années) difficile à quantifier mais non nulle. Le rapport risque-bénéfice incite à rester plutôt qu’à partir volontairement.
Les paradoxes d’une amélioration en trompe-l’œil
L’augmentation de 19% des retours effectifs entre 2023 et 2024 pourrait laisser croire à un redressement de la situation. La réalité est plus nuancée.
D’abord, cette hausse part d’un niveau historiquement bas. En 2020, année Covid, les retours s’étaient effondrés à moins de 70 000. La remontée actuelle à 110 000 ne fait que retrouver les niveaux de 2019 (environ 140 000 retours). Le système n’a pas gagné en efficacité structurelle ; il récupère simplement après un choc exceptionnel.
Ensuite, la baisse simultanée des ordres émis (-8%) suggère un recentrage sur des cas jugés plus facilement exécutables. Plutôt que d’émettre des ordres en masse sachant qu’ils ne seront pas appliqués, certains États semblent opérer une sélection en amont. Résultat : moins d’ordres, mais mieux exécutés. Le taux d’exécution s’améliore mécaniquement, mais le nombre absolu de personnes en situation irrégulière non expulsées ne diminue pas nécessairement.
Surtout, l’effet cumulatif joue à plein. Les 343 000 ordres non exécutés en 2024 s’ajoutent aux années précédentes. Si l’on applique un taux moyen d’inefficacité de 70% sur les cinq dernières années, le stock total de personnes vivant en Europe sous ordre d’expulsion pourrait atteindre 800 000 à un million de personnes. Une population équivalente à celle de la deuxième ville de France ou d’Allemagne.
Les leçons des bons élèves européens
Tous les États membres ne sont pas égaux face à l’exécution des retours. Certains affichent des performances nettement supérieures à la moyenne, révélant que les obstacles ne sont pas insurmontables.
La Suède, par exemple, a développé un système de tracking sophistiqué des personnes sous ordre d’expulsion. Assignations à résidence strictes, contrôles réguliers, collaboration entre services sociaux et police migratoire. Résultat : un taux de présentation volontaire supérieur à la moyenne européenne, réduisant le coût des expulsions forcées.
Les Pays-Bas ont misé sur l’accompagnement au retour volontaire : aide financière (jusqu’à 2 000 euros par personne), assistance à la réinsertion dans le pays d’origine, programmes de formation professionnelle pour faciliter le retour. Cette politique coûte cher à court terme mais évite les frais exponentiels des expulsions forcées et réduit les taux de récidive (personnes expulsées qui reviennent).
Chypre, malgré sa petite taille, affiche un taux d’exécution élevé grâce à sa position géographique. Île méditerranéenne, elle bénéficie d’un contrôle naturel des sorties et d’accords de réadmission fonctionnels avec la Turquie proche et plusieurs pays du Moyen-Orient.
À l’inverse, l’Italie et la Grèce, pays de première entrée, cumulent les handicaps : volumes massifs de détections (respectivement 109 000 et environ 80 000 personnes en situation irrégulière détectées), ressources limitées, accords de réadmission peu efficaces avec l’Afrique du Nord. Leur taux d’exécution stagne sous les 15%.
Ces écarts de performance démontrent que l’inefficacité n’est pas une fatalité technique mais résulte de choix politiques : moyens budgétaires alloués, priorité donnée au retour dans l’action publique, qualité de la coopération diplomatique bilatérale.
Le non-dit politique : quand l’échec arrange tout le monde
Au-delà des explications techniques, une hypothèse plus radicale émerge chez certains analystes : et si le système était conçu pour échouer ? Ou du moins, si son inefficacité servait des intérêts contradictoires qui, additionnés, créent un statu quo acceptable.
Pour les employeurs de secteurs en tension (BTP, agriculture, restauration, services à la personne), la présence de centaines de milliers de travailleurs sans papiers constitue un réservoir de main-d’œuvre flexible, peu coûteuse, sans droits revendicatifs. L’économie souterraine représente entre 3% et 6% du PIB selon les estimations de l’OCDE pour les pays développés. Une régularisation massive tarirait cette source ; une expulsion effective également. Le statu quo préserve l’équilibre.
Pour les organisations humanitaires et une partie de la société civile, l’inefficacité du système d’expulsion évite le pire : des retours massifs vers des pays en guerre ou en crise, des séparations familiales, des violations potentielles des droits humains. L’échec de la politique d’expulsion est vécu comme un moindre mal face à une application stricte qui serait jugée inhumaine.
Pour les responsables politiques, la situation offre un double avantage. D’un côté, les chiffres d’ordres émis (453 000) permettent un affichage de fermeté auprès d’électorats sensibles au contrôle migratoire. De l’autre, l’absence d’exécution massive évite les images télévisées d’expulsions forcées, politiquement coûteuses et mobilisant les oppositions. Le discours de fermeté se nourrit de l’inefficacité réelle.
Cette analyse cynique trouve ses limites. Elle sous-estime la volonté réelle de certains gouvernements d’améliorer les taux de retour, comme en témoigne la hausse de 19% en 2024. Elle ignore les coûts budgétaires considérables d’un système qui produit des ordres sans les exécuter. Mais elle met le doigt sur une réalité dérangeante : l’immigration irrégulière fonctionne comme variable d’ajustement économique, permettant de répondre à des besoins de main-d’œuvre sans assumer politiquement une politique de régularisation.
Que faire des 343 000 fantômes ? Les trois options impensables
Face à l’accumulation de centaines de milliers de personnes vivant sous ordre d’expulsion jamais exécuté, trois options théoriques existent. Chacune est politiquement explosive, ce qui explique pourquoi le statu quo persiste.
Option 1 : Conditionnalité ferme de l’aide au développement. L’UE pourrait lier son aide financière aux pays tiers à leur coopération en matière de réadmission. Précédent : l’accord UE-Turquie de 2016, qui a échangé 6 milliards d’euros contre le contrôle des flux migratoires. Limites : applicable uniquement aux pays financièrement dépendants de l’UE ; risque de chantage diplomatique inversé (menace d’ouvrir les vannes migratoires si aide réduite) ; inefficacité avec les grandes économies émergentes (Algérie, Maroc, Égypte).
Option 2 : Régularisation massive ciblée. Sur le modèle espagnol de 2005 (600 000 personnes régularisées) ou italien de 2020 (200 000), créer des critères objectifs : durée de présence (minimum 5 ans), preuve de travail, attaches familiales, intégration linguistique. Avantages : sortie du limbe juridique, début de cotisations sociales, réduction des coûts administratifs de gestion de l’irrégularité. Inconvénient politique majeur : accusation de « récompenser l’illégalité », effet d’appel potentiel, rejet par une partie importante de l’opinion publique.
Option 3 : Quotas réalistes et priorisation. Abandonner la fiction d’une expulsion totale (453 000 ordres) pour fixer des objectifs atteignables (150 000 retours annuels). Concentrer les moyens sur les cas prioritaires : délinquants, menaces pour la sécurité, déboutés du droit d’asile récents. Accepter qu’une partie de l’immigration irrégulière ancienne soit de facto tolérée, voire régularisée après un certain délai. Avantage : réalisme budgétaire et opérationnel. Inconvénient : aveu d’impuissance politique difficile à assumer.
Aucune de ces options ne fait consensus. La première (conditionnalité) se heurte aux limites de la diplomatie européenne. La deuxième (régularisation) est politiquement invendable dans le contexte actuel de montée des partis anti-immigration. La troisième (quotas réalistes) équivaut à un aveu d’échec.
Résultat : le système continue à produire des ordres qu’il sait ne pas pouvoir exécuter, alimentant un stock croissant de personnes en situation de limbe juridique.


