Bond de 600 % en un an : les start-up de la ménopause explosent

Les start-up femtech dédiées à la ménopause passent de 1 % à 7 % en un an. Portées par le rapport Rist et la validation HAS, elles visent 17,2 millions de Françaises.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

Un an. Il aura suffi d’un an pour que la part des start-up femtech françaises dédiées à la ménopause passe de 1% à 7%. Derrière ce bond de 600%, la transformation accélérée d’un tabou sanitaire en segment de marché stratégique, portée par une triple convergence : politiques publiques volontaristes, validation institutionnelle des traitements hormonaux, et un marché français sous-exploité de 17,2 millions de femmes.

170 start-up actives dans la santé féminine (30 de plus qu’en 2023) : en douze mois, le secteur de la santé féminine est passé du statut de niche marginale à celui de secteur le plus dynamique de l’écosystème. Une accélération qui n’a rien de spontané.

A LIRE AUSSI
Retraites des femmes : les chiffres qui choquent

L’État organise la demande

Le 9 avril 2025, le rapport Rist remis au ministère de la Santé a posé les bases d’une structuration inédite. Vingt-cinq propositions, dont plusieurs actent explicitement le recours aux applications privées pour améliorer l’information, l’orientation et le suivi des patientes. Le texte recommande de s’appuyer sur Mon Espace Santé et des plateformes spécialisées pour déployer des parcours d’accompagnement, favoriser l’auto-évaluation des symptômes et développer le télésuivi.
Pour les entreprises déjà positionnées sur ce créneau, c’est un canal institutionnel qui s’ouvre. L’État ne se contente pas d’encourager : il finance l’infrastructure, structure la demande via des parcours dédiés, et légitime l’intervention d’opérateurs privés dans un champ jusqu’ici largement ignoré par les politiques de santé publique.

Les chiffres du rapport donnent la mesure de l’opportunité : 17,2 millions de femmes de plus de 45 ans concernées en France, 87% déclarant des symptômes parfois sévères, mais seulement 2,5% ayant bénéficié d’un traitement hormonal en 2024. Un sous-diagnostic massif qui dessine un marché quasi-vierge.

La HAS sécurise le versant pharmaceutique

Six mois après le rapport Rist, la Haute Autorité de santé apporte sa pierre. Le 22 octobre 2025, elle réévalue dix spécialités indiquées dans les traitements hormonaux de la ménopause et confirme le maintien de leur remboursement. Gels d’estradiol, patchs transdermiques, combinaisons estroprogestatives, progestérone micronisée : les produits de Sanofi, Servier, Bayer, Gedeon Richter ou Viatris conservent leur prise en charge par l’Assurance maladie.

Cette décision consacre la place des THM dans la stratégie thérapeutique française et sécurise un marché récurrent pour les laboratoires installés. Elle valide aussi, indirectement, la crédibilité médicale d’un secteur que les nouveaux entrants peuvent désormais investir avec une caution scientifique renforcée.

La convergence est complète : l’État structure les parcours, la HAS valide les traitements, et un écart colossal entre symptômes déclarés et prises en charge effectives laisse entrevoir un potentiel de multiplication par trente du nombre de patientes traitées.

Qui court vers ce filon ?

Les acteurs de cette ruée ont un profil singulier. D’après le baromètre Femtech France-Wavestone, 95% des start-up sont cofondées par des femmes et 41% intègrent au moins un profil médical dans leurs équipes. Cette double caractéristique n’est pas anodine : elle assure une légitimité identitaire et une crédibilité clinique dans un univers où les accusations de marketing opportuniste guettent.

Les performances économiques suivent. Entre 2023 et 2024, le nombre de start-up femtech a progressé de 22%, et 39% d’entre elles déclarent avoir au moins doublé leur chiffre d’affaires sur la période. Le segment ménopause affiche la plus forte progression de l’écosystème.

Parmi les acteurs visibles, Omena s’est imposée depuis 2022 comme référence avec une application de suivi personnalisé de la périménopause : journal des symptômes, programmes sur mesure, contenus validés par la gynécologue Brigitte Letombe. Ventilo Care mise sur la télémédecine et l’accompagnement. Le podcast « Chaud Dedans », lancé en 2023, contribue à la déstigmatisation du sujet tout en créant une audience que convoitent déjà les annonceurs de santé, cosmétique et bien-être.

Un triptyque d’intérêts convergents

L’équation économique tient en trois lignes. Les laboratoires pharmaceutiques bénéficient de traitements hormonaux remboursés qui garantissent un marché récurrent. Les start-up femtech obtiennent une validation institutionnelle qui ouvre la distribution via les parcours publics. Le pouvoir public externalise une partie de l’accompagnement vers des acteurs privés tout en affichant une politique volontariste sur la ménopause.

Avec 17,2 millions de consommatrices potentielles et un taux de traitement actuel de 2,5%, chaque point de conversion représente des centaines de milliers de patientes supplémentaires. Le levier démographique est considérable, et le sous-diagnostic actuel fait office de réserve de croissance.

La zone grise

Reste une question : où passe la frontière entre information de santé publique et captation marchande ? L’État finance l’infrastructure, organise la demande et ouvre un canal institutionnel aux opérateurs privés, mais qui contrôle la ligne entre amélioration des parcours de soins et multiplication des prescriptions ou consommations non nécessaires ?

Le risque de sur-médicalisation d’une étape biologique universelle existe. Les compléments alimentaires peu évalués se multiplient, les promesses anti-âge côtoient les discours scientifiques, et la capacité des entreprises à démontrer la valeur médicale réelle de leurs produits déterminera la soutenabilité du modèle. Le rapport Rist lui-même rappelle que des mesures non pharmacologiques peuvent soulager une part significative des symptômes.

La régulation d’un marché en explosion devient un enjeu. Entre le mieux-être promis par les acteurs privés et les dérives commerciales possibles, l’arbitrage dépendra autant des autorités sanitaires que de la vigilance des professionnels de santé et des associations de patientes.



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire