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Remedee Labs, start-up issue du CEA-Leti à Grenoble, commercialise un bracelet de neurostimulation destiné aux douleurs chroniques. Le dispositif émet des ondes millimétriques qui stimulent les terminaisons nerveuses du poignet et déclenchent la production d’endorphines. La technologie elle-même n’a rien de révolutionnaire : sa miniaturisation dans un objet connecté, couplé à une application mobile et une plateforme de suivi, constitue l’apport principal.
L’usage se fait par séances quotidiennes de quelques minutes, en complément du traitement habituel. Contrairement aux opioïdes dont la consommation a explosé en France ces dernières années, la neurostimulation ne présente pas d’effets systémiques comparables et n’a pas, selon les études disponibles, généré de signalement d’effets indésirables graves.
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Deux dispositifs, deux pathologies chroniques
Fondée en 2016 à Meylan par des chercheurs spécialisés dans les ondes millimétriques, la société propose deux solutions médicales : FibroRem pour la fibromyalgie, NoviRem pour l’arthrose et les rhumatismes. Les deux dispositifs associent bracelet et accompagnement numérique personnalisé. Ils ciblent des patients suivis en rhumatologie ou en centres de la douleur, pour qui les traitements conventionnels ne suffisent plus.
En 2025, les deux produits ont obtenu le marquage CE en classe IIa. Remedee présente FibroRem comme le premier dispositif médical de cette classe dédié à la fibromyalgie en Europe – un positionnement commercial clair dans un marché encore peu structuré.
Des résultats cliniques encourageants
L’étude FIBREPIK, menée avec plusieurs centres hospitaliers, rapporte après trois mois d’utilisation une réduction significative de la douleur, de la fatigue et des troubles du sommeil. Huit patients sur dix déclarent une amélioration notable, un signal fort pour une pathologie sans traitement spécifique à ce jour.
Pour l’arthrose, l’étude Epikarthrose conduite notamment au CHU Grenoble-Alpes indique une baisse moyenne de la douleur de 21 % et une amélioration de 24 % des troubles du sommeil après trois mois. Là encore, environ huit utilisateurs sur dix rapportent une meilleure qualité de vie.
Remedee collecte depuis le lancement des données de vie réelle pour documenter l’efficacité au-delà de trois mois. Mais aucun résultat détaillé de suivi prolongé n’a été publié sous forme de cohorte académique de grande ampleur. La prudence reste donc de mise.
Un marché sanitaire et économique massif
L’arthrose touche près de 10 millions de Français et 595 millions de personnes dans le monde. La fibromyalgie, longtemps sous-diagnostiquée, concerne environ 1,6 % de la population adulte française, soit près d’un million de personnes selon l’étude DEFI de 2011, avec une nette majorité de femmes.
Ces pathologies génèrent un coût économique considérable : consultations répétées, arrêts de travail, consommation massive d’antalgiques. L’usage de certains opioïdes forts, comme l’oxycodone, a bondi de plus de 600 % en dix ans. Les autorités sanitaires et les sociétés savantes insistent depuis plusieurs années sur les approches non médicamenteuses : éducation thérapeutique, activité physique adaptée, thérapies cognitives, neuromodulation.
C’est sur ce créneau d’alternatives non addictives, intégrées à un parcours pluridisciplinaire, que Remedee Labs entend se positionner auprès des rhumatologues et des centres de la douleur.
Migraine et autres indications à l’étude
La société ne limite pas ses ambitions à la fibromyalgie et l’arthrose. Dès 2022, elle a lancé un essai clinique multicentrique en double aveugle sur la migraine épisodique, comparant bracelet actif et placebo pour mesurer la réduction du nombre de jours de migraine.
Remedee évoque également d’autres pistes : endométriose, céphalées, douleurs post-opératoires. Aucun programme clinique avancé n’existe pour l’instant sur ces indications. Pour chacune, il faudra démontrer un bénéfice clinique suffisamment robuste pour intégrer les recommandations officielles et, à terme, obtenir un remboursement.
25 millions d’euros levés
Le modèle économique repose sur une distribution B2B2C : les patients accèdent aux solutions via des prescripteurs spécialisés et souscrivent à une offre combinant bracelet, plateforme numérique et accompagnement.
Depuis sa création, Remedee Labs a levé plus de 25 millions d’euros, dont un tour de 12,2 millions fin 2022 avec l’entrée de Generali France comme partenaire stratégique. La société s’appuie aussi sur STMicroelectronics pour développer et produire les modules d’ondes millimétriques intégrés au bracelet, renforçant son ancrage dans l’écosystème deeptech grenoblois.
La plupart des études publiées portent sur des échantillons limités, avec des durées de suivi courtes. Les données de vie réelle n’ont pas encore fait l’objet de publications académiques à grande échelle.
Les autorités sanitaires devront trancher la place exacte de ces dispositifs dans le parcours de soins : en complément des traitements existants, en alternative pour les patients en échec thérapeutique, et selon quelles modalités de prise en charge financière.


