Maine-et-Loire : le pari gagnant du Groupe Brangeon, devenu roi du déchet

Victor Brangeon, 36 ans, dirige 1 700 personnes et traite 960 000 tonnes de déchets par an. Portrait d'une mutation industrielle.

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Lauréat du prix « Industrie durable » aux Trophées Industrie Grand Ouest 2025, le Groupe Brangeon a réalisé une mutation spectaculaire. Fondée en 1919 à La Pommeraye comme entreprise de transport, cette affaire familiale vise 300 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. L’enquête sur cette trajectoire révèle une stratégie où se mêlent technologie de pointe, ancrage territorial et une dose d’actionnariat citoyen.

Une dynastie qui a troqué le lobbying bruxellois contre les déchets du Grand Ouest

Victor Brangeon, 36 ans, dirige aujourd’hui ce qui fut l’œuvre de son arrière-grand-père. Quatrième génération aux commandes, il incarne une professionnalisation qui rompt avec le folklore des entreprises familiales. Diplômé de Sciences Po Lille, passé par les couloirs du lobbying automobile à Bruxelles, il reprend les rênes en 2018 et accède à la présidence.
Sous sa direction, le groupe couvre désormais un arc Atlantique du Havre à Bordeaux. Les chiffres de cette expansion : 1 600 à 1 700 salariés, 80 sites dans 18 départements, 278 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’entreprise reste ancrée dans le Maine-et-Loire, mais sa vision dépasse largement le périmètre local.

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Trois métiers distincts

Le camion ne suffit plus. Le groupe s’appuie désormais sur un triptyque qui couvre l’ensemble de la filière déchet.

Brangeon Recyclage, la division B2B, est devenue le cœur du dispositif. Elle génère 178 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 430 salariés, surclassant les activités historiques. Quarante-trois sites, 960 000 tonnes de déchets traités par an, et une performance industrielle notable : 79 % des déchets collectés sont revalorisés.

Brangeon Transport et Logistique conserve son rôle de pilier avec 86 millions d’euros de chiffre d’affaires et 620 collaborateurs répartis sur 24 sites. La branche gère une logistique complexe, même si elle n’occupe plus le premier rang économique.

Brangeon Environnement travaille pour les collectivités. Avec 420 collaborateurs et 42 millions d’euros de chiffre d’affaires, elle collecte les déchets de 500 000 habitants et gère plus de 250 déchèteries et centres de tri.

75 millions d’investissement annuel pour transformer le rebut en ressource

Le groupe injecte environ 75 millions d’euros chaque année dans son appareil industriel. Deux projets récents illustrent cette orientation technologique.

Ecotri, inauguré en octobre 2024 à La Poitevinière (49), constitue une vitrine européenne. Cette usine entièrement automatisée a nécessité 22 millions d’euros d’investissement. Elle peut traiter 52 000 tonnes de déchets par an, avec un objectif : valoriser au moins 80 % des déchets ultimes, ceux qu’on enfouissait autrefois. Le bois, le carton et les métaux sont extraits pour être recyclés. Le reste devient du Combustible Solide de Récupération (CSR), une énergie alternative destinée à remplacer les énergies fossiles dans l’industrie.

Unitri, ouvert au printemps 2025 à Loublande (Deux-Sèvres), résulte d’un partenariat avec le groupe Séché. Ce centre de tri nouvelle génération traite les déchets ménagers d’un bassin d’un million d’habitants.

De la flotte électrique normande aux panneaux solaires sur ancienne décharge

La stratégie « Vision zéro déchets » ne se limite pas au tri. Elle s’attaque à l’empreinte carbone des opérations du groupe.

Brangeon a remporté un marché auprès du Sevede (Syndicat d’Élimination et de Valorisation Énergétique des Déchets de l’Estuaire). Depuis juin, l’entreprise déploie une flotte de camions 100 % électriques pour transporter les déchets de 500 000 Normands. Le dispositif comprend six tracteurs électriques dernière génération et 19 semi-remorques, soutenus par des bornes de recharge rapide sur trois sites. L’impact : 450 tonnes de CO2 économisées par an, sans bruit ni émissions directes pour les riverains.

Au global, le groupe renouvelle sa flotte de 550 véhicules de manière volontariste : 40 % des nouveaux achats concernent des véhicules roulant au biogaz, au colza ou à l’électricité.
À Beaupréau-en-Mauges, Brangeon transforme une contrainte réglementaire en opportunité. D’anciens casiers d’enfouissement de déchets, inconstructibles, vont accueillir une centrale solaire d’ici 2027. Dix mille deux cents panneaux pour une production de 7 200 MWh par an, soit la consommation de 6 000 habitants.

L’innovation tient surtout au montage financier. L’investissement de 5,5 millions d’euros est porté majoritairement par la SAS Solarchambault, une société citoyenne regroupant habitants locaux et salariés du groupe. Victor Brangeon résume : « Je souhaite que le territoire bénéficie aussi de la suite de vie [de ce site] ».

Recruter des conducteurs routiers dans un marché tendu

La croissance rapide impose un recrutement constant. L’entreprise ne cherche pas seulement des ingénieurs, mais aussi des opérationnels. Ce mois-ci 2026, le groupe organisait encore un job dating à Cholet pour recruter une douzaine de conducteurs routiers, avec des parcours d’intégration soignés pour attirer débutants comme confirmés.
En combinant innovation industrielle, audace logistique et ancrage local, le Groupe Brangeon démontre qu’une ETI familiale centenaire peut piloter la transition écologique dans le Grand Ouest.



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