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Emmanuel Macron a choisi Amélie de Montchalin, 40 ans, ministre déléguée chargée des Comptes publics, pour succéder à Pierre Moscovici à la tête de la Cour des comptes. Moscovici rejoint la Cour des comptes européenne début 2026. La nomination doit être formalisée en Conseil des ministres ce mois-ci, avant publication au Journal officiel.
Amélie de Montchalin deviendrait la première femme à diriger cette institution habituellement confiée à des hauts responsables proches de la retraite. Le premier président est un magistrat financier inamovible, nommé jusqu’à 68 ans. Il pilote la juridiction qui contrôle l’exécution du budget de l’État, des collectivités et de la Sécurité sociale. Mais combien touchera-t-elle ? Aucun chiffre officiel n’est publié. L’ironie veut que la transparence de la rémunération soit précisément l’un des chevaux de bataille de la Cour des comptes.
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Les grilles indiciaires officielles donnent un premier repère
La rémunération des magistrats de la Cour des comptes est encadrée par le décret n° 2023-482 du 21 juin 2023. Ce texte classe le premier président dans les échelles « hors échelle » au sommet de la fonction publique, avec un indice brut pouvant atteindre 2100.
Faute de données actuelles et nominatives pour le premier président de la Cour, on raisonne par comparaison. Des données budgétaires du début des années 2000 indiquent environ 13 697 euros bruts mensuels pour un membre du Conseil constitutionnel et 15 039 euros pour son président, primes comprises.
Les présidents de certaines autorités administratives indépendantes touchaient alors des niveaux comparables ou supérieurs : environ 19 938 euros bruts pour le président de l’Autorité des marchés financiers, 15 986 euros pour celui de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes. Ces chiffres sont anciens, mais dessinent un périmètre : les chefs de grandes autorités ou juridictions indépendantes gravitent historiquement autour d’une quinzaine de milliers d’euros bruts mensuels.
En croisant les rémunérations des dirigeants de plusieurs autorités administratives indépendantes avec la hiérarchie interne de la Cour – où le premier président se situe au-dessus des présidents de chambre rémunérés 7556 euros bruts d’indiciaire – et avec l’architecture habituelle des rémunérations dans la haute fonction publique, on arrive à une fourchette cohérente.
Une estimation entre 14 000 et 16 000 euros bruts par mois
Aucune source gouvernementale ne publie le traitement exact du premier président de la Cour des comptes, encore moins pour une personne donnée. Les articles de presse consacrés à la nomination d’Amélie de Montchalin ne donnent pas de chiffre précis, préférant insister sur la symbolique et la dimension politique de cette promotion.
Sur la base des seuls éléments vérifiables – grille indiciaire officielle, valeur du point d’indice, traitement des présidents de chambre, comparaisons historiques avec le Conseil constitutionnel et les autorités administratives indépendantes –, on peut estimer que la rémunération globale de la future première présidente de la Cour des comptes se situera dans un ordre de grandeur voisin de 14 000 à 16 000 euros bruts par mois, primes comprises.
Cette fourchette demeure une estimation journalistique, cohérente avec la structure de la haute fonction publique, non un montant officiel applicable spécifiquement à Amélie de Montchalin.
Une nomination qui cristallise les critiques sur l’indépendance de la Cour
La question de la rémunération s’inscrit dans un climat de fortes critiques politiques. De nombreux responsables de gauche et d’extrême droite dénoncent un « scandale » et une « République des copains ». Ils estiment que la nomination d’une ministre en exercice à la tête de la Cour des comptes fragilise l’indépendance de l’institution chargée de contrôler la gestion budgétaire de l’exécutif.
Éric Coquerel, député LFI, souligne qu’Amélie de Montchalin sera amenée, en tant que présidente du Haut Conseil des finances publiques, à juger la soutenabilité d’un budget 2026 qu’elle a elle-même porté comme ministre. Le conflit d’intérêts semble difficilement contournable.
Certains magistrats de la Cour, cités anonymement par Le Monde, s’inquiètent de sa proximité avec le chef de l’État, de sa jeunesse pour un mandat potentiellement long – jusqu’à 68 ans – et du risque de déports répétés lorsqu’il s’agira de contrôler la période budgétaire 2017-2026. Autrement dit, elle devrait se récuser sur l’essentiel de l’actualité institutionnelle des prochaines années.


