La guerre entre actionnaires paralyse Eramet

La gouvernance d’Eramet dans la tourment sous l’effet d’un conflit larvé entre Bpifrance et la famille Duval.

Les têtes tombent chez Eramet. En une semaine, le groupe minier a vu partir coup sur coup son directeur général, puis son directeur financier. Vendredi 2 février, c’est Paulo Castellari, patron arrivé à peine neuf mois plus tôt, qui a été débarqué. Ce lundi 9, c’est au tour d’Abel Martins‑Alexandre d’être suspendu, officiellement dans le cadre d’une enquête sur ses méthodes de management. Dans les deux cas, le vernis du communiqué ne masque pas le fond du problème : le groupe est pris dans une lutte de pouvoir qui ne dit pas son nom.

Le retour de Christel Bories aux commandes, en cumulant temporairement la présidence et la direction générale, illustre le désordre. Officiellement, rien ne relie les deux décisions. D’un côté, une enquête interne déclenchée par des signalements. De l’autre, des « divergences sur les modes de fonctionnement ». Deux lignes, pas un mot de plus. Mais la chronologie, elle, parle d’elle-même. Et elle éclaire une gouvernance qui tangue, encore plus à l’approche des résultats annuels.

Deux actionnaires, deux visions irréconciliables

En toile de fond, un bras de fer tenace entre les deux actionnaires de poids. D’un côté, la famille Duval, propriétaire d’un tiers du capital et favorable à une politique de dividendes plus généreuse. De l’autre, l’État, via Bpifrance, qui pousse au réinvestissement dans les projets d’avenir. Deux visions inconciliables : rendement contre développement. Le conseil d’administration est devenu le champ de bataille de cette opposition feutrée, mais bien réelle.

Les marchés, eux, ne s’y trompent pas. L’action Eramet a plongé de près de 10 % après le départ du directeur général, puis à nouveau quelques jours plus tard après l’annonce de la suspension du directeur financier. Le cours fléchit autour de 65 euros. Et ce alors même que le groupe joue gros dans le lithium argentin, censé devenir un pilier de sa croissance à venir. Mais l’enthousiasme pour les métaux stratégiques ne suffit plus. Les investisseurs veulent de la lisibilité. Ils n’ont pour l’instant que des secousses.



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