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Les secousses géopolitiques et les tensions budgétaires ont remis la souveraineté en haut de l’agenda politique français. Dans de nombreux secteurs stratégiques – énergie, engrais, alimentation animale, matériaux ou produits manufacturés – la dépendance aux importations est devenue structurelle, atteignant parfois 100 %. Dans ce contexte de débat, la forêt française constitue un patrimoine stratégique : ressource locale et renouvelable, issue d’une gestion durable et créatrice d’emplois, la ressource forestière s’impose dans un contexte économique et climatique contraint comme un pilier d’autonomie nationale.
En France, la souveraineté est revenue au cœur des débats économiques et stratégiques à la suite de la crise du Covid-19. Les soubresauts géopolitiques – guerre en Ukraine, sanctions contre la Russie, tensions commerciales et stratégiques avec les États-Unis de Donald Trump – ainsi que la double crise énergétique et inflationniste de 2022-2023 ont ensuite mis en évidence les fragilités de l’autonomie française.
Dans un rapport récent, l’Assemblée nationale a par ailleurs dénoncé la perte de souveraineté alimentaire de l’Hexagone, liée aux fortes importations d’engrais, de soja pour l’alimentation animale, mais aussi de viande, de fruits, de légumes.
Forêt-bois : une filière souveraine et durable en France
Dans ce contexte, le bois se caractérise par une production majoritairement nationale et une chaîne de valeur largement implantée en France. Ressource renouvelable, produite et valorisée localement, il s’intègre à des chaînes de valeur créatrices d’emplois et porteuses de nombreux co-bénéfices climatiques. La filière forêt-bois contribue d’autant plus à la souveraineté nationale que les volumes disponibles ne cessent de croître.
Fin 2024, la France disposait ainsi d’un stock de 2,8 milliards de m³ de bois sur pied en forêt métropolitaine – soit une augmentation de plus de 50 % depuis 19851. Il s’agit d’un maximum depuis au moins 200 ans, et de l’un des stocks les plus importants d’Europe. Depuis la révolution industrielle, la France se reboise continuellement : la surface forestière est passée de 10 millions d’hectares au début du XXe siècle à 17,6 millions en 2024.
Hausse du stock disponible et intégration économique
Cette dynamique de croissance s’accompagne d’une gestion durable, qui permet de mobiliser la ressource tout en préservant l’avenir. Grâce à cette sylviculture active, la récolte annuelle se situe autour de 38–40 millions de m³. Une activité qui permet à la filière forêt-bois de générer 30 milliards d’euros de valeur ajoutée et 418 600 emplois en équivalent temps plein, une force de travail en progression de 46 100 postes sur sept ans.
Des usages multiples, un impact durable
Les débouchés de cette ressource sont multiples. Les principaux sont les suivants :
- Construction – intégrant rénovation, aménagement intérieur et extérieur ;
- Panneaux, ameublement, agencement, décoration ;
- Logistique : palettes, cartons, caisses industrielles ;
- Papier ;
- Bois-énergie.
La plupart de ces usages offrent un stockage de carbone à court, moyen et long terme, constituant un atout climatique majeur, en particulier parce qu’ils remplacent des matériaux et énergies qui émettent plus de CO2. Cette ressource est par ailleurs largement réutilisable et recyclable. En fin de cycle de vie, elle est le plus souvent valorisée énergétiquement, par combustion ou, plus marginalement, par méthanisation.
Le bois est d’ailleurs un matériau clé de la décarbonation. Toute substitution d’un matériau carboné (nécessitant des ressources fossiles importées, ou lui-même importé) par du bois constitue un triple gain pour la France : climatique, économique et de souveraineté.
Le bois français, un atout de souveraineté à renforcer
La construction bois joue un rôle central en la matière. En croissance régulière, elle représente environ la moitié de la valeur ajoutée et des emplois générés par la filière. Les réglementations du secteur, en particulier la RE2020, imposent une réduction de l’empreinte carbone sur l’ensemble du cycle de vie des bâtiments, encourageant ainsi l’usage de « matériaux bas carbone et biosourcés ».
Pour préserver cette ressource et en accroître la disponibilité – condition d’une souveraineté renforcée – la filière a engagé une profonde mutation industrielle pour répondre aux demandes du marché. Soutenus notamment par le plan France 2030, des investissements massifs sont réalisés pour moderniser les scieries, développer des capacités de séchage et industrialiser la transformation de produits techniques. Cette structuration accrue permet non seulement de valoriser davantage de bois français sur le territoire, mais aussi de sécuriser les approvisionnements stratégiques du pays face à la concurrence internationale.
1 Inventaire forestier national


