Canopée, le navire qui transporte Ariane 6 à la voile

Propulsé par le vent et le GNL, Canopée économise jusqu’à 20 tonnes de CO₂ par jour. Une prouesse signée Zéphyr & Borée.

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Le vent revient dans le jeu. Pas comme simple appoint ou geste symbolique, mais comme force motrice intégrée aux contraintes de l’industrie lourde. Avec Canopée, navire roulier conçu pour transporter les éléments de la fusée Ariane 6, la société nantaise Zéphyr & Borée démontre que la propulsion vélique peut tenir les cadences, respecter les délais, et satisfaire aux normes de l’aérospatial européen. Un pari technologique, mais aussi une réponse économique à un transport maritime contraint de se réinventer.

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À l’origine, une start-up fondée en 2017 par d’anciens officiers de la marine marchande. Leur idée : exploiter la puissance du vent, non pas pour revenir au cabotage d’antan, mais pour adresser les flux logistiques les plus exigeants. Canopée incarne cette ambition. Long de 121 mètres, le navire collecte les différents éléments du lanceur Ariane 6 dans les ports de Brême, Rotterdam, Le Havre et Bordeaux, avant de mettre cap sur Kourou. Un trajet rythmé par les fenêtres de tir du Centre spatial guyanais et une cadence serrée qui impose une vitesse commerciale de 16,5 nœuds. Autant dire, loin des scénarios de « slow cargo » souvent associés à la décarbonation du transport maritime.

Une propulsion automatisée

Le cœur du système réside dans quatre ailes rigides — les Oceanwings — développées avec le cabinet VPLP. Hautes de 36 mètres, elles offrent une surface vélique de 363 m² chacune et s’orientent automatiquement selon la direction du vent. Une intelligence embarquée gère leur positionnement en temps réel, sans intervention humaine. Le reste de l’équipage reste celui d’un roulier classique. À la voile s’ajoutent deux moteurs dual fuel (diesel/GNL), dont la puissance est modulée selon les conditions de navigation. Ce mariage des technologies permet au navire de s’insérer dans les chaînes logistiques sans discontinuité.

Ce type d’innovation a un coût. Environ 30 % plus cher qu’un roulier conventionnel. Pour franchir ce cap, Zéphyr & Borée a structuré son modèle économique autour d’une logique triptyque : conception sur mesure, propulsion hybride, affrètement de long terme. Dans le cas de Canopée, c’est un contrat signé avec ArianeGroup qui sécurise l’investissement. Le projet est porté par une coentreprise, Alizés, réunissant Zéphyr & Borée et Jifmar Offshore Services. Une structure commune qui permet de partager les risques, mais aussi d’aligner les intérêts industriels et financiers.

Des performances qui valident le pari industriel

Les premiers résultats donnent du grain à moudre. Deux ans d’exploitation et un taux de disponibilité du système vélique de 99,6 %. Sur une traversée standard, jusqu’à 5,2 tonnes de carburant économisées chaque jour, ce qui équivaut à 20 tonnes de CO₂ en moins. Certaines étapes transatlantiques ont même vu des performances atteignant 2,2 tonnes économisées par aile et par jour. Le navire peut naviguer à 13,7 nœuds uniquement sous voile. Une vitesse plus qu’honorable pour un roulier.

Fort de ce retour d’expérience, Zéphyr & Borée planche déjà sur la suite. Plusieurs porte-conteneurs transatlantiques de 600 EVP sont en développement, avec une cible : réduire de 80 % les émissions par rapport aux standards actuels. Le projet ZEPH₂, de son côté, explore une combinaison entre voile et propulsion à hydrogène. L’ambition est nette : faire de la voile une solution industrielle, au service de la transition énergétique du maritime.



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