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Depuis le 8 février 2026, obtenir une autorisation ESTA pour entrer sur le sol américain ne relève plus d’une formalité. L’administration Trump a durci les règles : le simple formulaire électronique est devenu un outil de criblage sécuritaire. Chaque voyageur doit désormais transmettre une part conséquente de son identité numérique : comptes de réseaux sociaux, e-mails anciens, numéros de téléphone passés, liens familiaux. Autant d’éléments destinés à nourrir un profil à analyser.
Des données sur plusieurs années
L’ESTA, « Electronic System for Travel Authorization », est obligatoire pour les citoyens des 42 pays membres du programme d’exemption de visa, dont la France. Mais le contenu du formulaire a changé. Les rubriques autrefois facultatives sur les réseaux sociaux deviennent désormais obligatoires. Il faut renseigner tous les identifiants utilisés au cours des cinq dernières années sur les plateformes majeures : X (anciennement Twitter), Facebook, Instagram, TikTok, LinkedIn, YouTube.
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Cela ne suffit pas. Dix années d’historiques d’adresses e-mail sont exigées, ainsi que cinq années de numéros de téléphone. Des informations sur les membres de la famille proche sont également demandées. Dans certains cas, des données biométriques peuvent être requises, tout comme des métadonnées associées à l’activité en ligne : adresse IP, appareil utilisé. Le U.S. Customs and Border Protection (CBP) justifie cette extension par la volonté de mieux repérer les profils jugés à risque.
Des visas étudiants examinés à la loupe
Le renforcement de la procédure découle d’un texte présidentiel : l’Executive Order 14161, signé par Donald Trump à la fin de 2025. Il impose une montée en puissance des outils de contrôle aux frontières, en particulier par l’exploitation de toutes les traces numériques accessibles. Les vérifications classiques – identité, casier judiciaire, historique de voyages – doivent désormais être complétées par une analyse des contenus disponibles en ligne.
Ce virage s’inscrit dans une politique plus large. Les interdictions de voyage ont été étendues à 19 pays. Le traitement des visas pour les ressortissants de 75 États est gelé. Quant aux visas étudiants, professionnels ou familiaux, ils sont désormais soumis à des exigences accrues, avec une évaluation renforcée des ressources et des entretiens obligatoires.
Le Visa Waiver Program est maintenu pour les ressortissants français. Ils peuvent toujours se rendre aux États-Unis sans visa pour un séjour de moins de 90 jours. Mais la simplicité technique s’est envolée. Il faut aujourd’hui fournir un passeport biométrique valide, un inventaire complet des réseaux sociaux utilisés au cours des cinq dernières années, toutes les adresses électroniques et tous les numéros de téléphone sur la même période. Le formulaire exige aussi des informations détaillées sur l’activité professionnelle et les relations familiales.
Et l’approbation de l’ESTA ne garantit rien. À l’arrivée, les agents du CBP ont toute latitude pour refuser l’entrée s’ils estiment que les données transmises ne sont pas cohérentes ou mal justifiées. Une activité professionnelle déclarée stable peut être considérée comme suspecte si les réseaux sociaux laissent penser à une vie itinérante sans attache.
Les autorités françaises appellent à la prudence. Elles recommandent d’anticiper les démarches, de consulter la fiche « États-Unis » sur le site des Conseils aux voyageurs, et de réunir tous les justificatifs de liens solides avec la France.
Moins de visiteurs, des pertes pour le tourisme
Pour les professionnels du tourisme, l’impact s’annonce concret. Une étude publiée début 2026 par VisaHQ révèle qu’entre un quart et un tiers des voyageurs interrogés envisagent d’annuler leur déplacement si la fourniture d’un historique numérique complet devient inévitable.
Un rapport diffusé en janvier par une coalition d’organisations du secteur estime que les États-Unis pourraient perdre jusqu’à 4,7 millions de visiteurs d’ici fin 2026. La perte économique associée serait de 15,7 milliards de dollars. Les voyages d’affaires sont particulièrement affectés, car les délais de traitement de l’ESTA pourraient s’étendre sur plusieurs jours, au lieu de quelques heures.
Dans le même temps, d’autres pays comme le Canada ou certains États du Golfe simplifient leurs démarches pour attirer davantage de visiteurs. Les professionnels du secteur américain s’inquiètent d’une tendance inverse.
Des critiques vives sur le terrain des libertés
Les ONG spécialisées dans la défense des libertés numériques alertent sur une dérive. Elles dénoncent une collecte disproportionnée d’informations personnelles, susceptible d’avoir un effet dissuasif sur la liberté d’expression. Certains voyageurs préfèrent modifier ou effacer leurs profils en ligne, par crainte qu’un contenu ou un abonnement mal interprété ne compromette leur entrée sur le territoire.
Les juristes soulignent le manque de transparence du dispositif. L’algorithme chargé de traiter les données n’est ni connu ni vérifiable. En cas de refus d’ESTA fondé sur une activité en ligne jugée problématique, aucun mécanisme de recours clair n’est prévu. Le dépôt d’une demande de visa reste possible, mais dans des conditions plus strictes encore.
Les autorités européennes restent mesurées. Ni la France ni ses partenaires n’ont remis en cause leur appartenance au programme d’exemption de visa, perçu comme un pilier des relations transatlantiques. Mais la question de la réciprocité, notamment en matière de vie privée, revient de plus en plus souvent dans les débats parlementaires.
Préparer un voyage devient un casse-tête
Les États-Unis continuent d’attirer touristes et professionnels. Mais en 2026, préparer un séjour implique de construire un dossier solide, compatible avec son activité en ligne. Ce n’est plus seulement une affaire de budget ou de documents de voyage. Il faut aligner son profil numérique, s’assurer que toutes les déclarations concordent, et pouvoir justifier de ses liens avec son pays d’origine.
Il est essentiel de lancer la demande d’ESTA plusieurs semaines à l’avance, de vérifier la cohérence entre les données transmises et les traces visibles sur internet, et de garder tous les documents susceptibles de prouver un ancrage national réel. La transparence numérique devient une condition d’accès au territoire américain.


