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Dans une interview exclusive accordée au quotidien espagnol El País, le sénateur indépendant Bernie Sanders dresse un réquisitoire implacable contre Donald Trump, qu’il qualifie de « président le plus dangereux, peut-être de toute l’histoire des États-Unis ». À 84 ans, l’icône de la gauche américaine tire la sonnette d’alarme : les fondements démocratiques du pays sont, selon lui, gravement menacés.
Un virage autoritaire sans précédent
« Trump est un autoritaire, un oligarque dont la vision de l’avenir repose sur l’enrichissement d’un petit groupe de personnes incroyablement riches, pendant qu’il pousse les États-Unis vers l’autoritarisme », déclare Sanders. Il dénonce les multiples violations institutionnelles de l’actuel président : annulation de lois votées par le Congrès, pressions sur la presse, attaques contre les juges et les universités. « Il choisit les décisions judiciaires qu’il veut respecter. Il fait pression sur les médias via des procès ou en favorisant leur rachat par ses amis milliardaires », déplore-t-il.
L’influence croissante de magnats comme Elon Musk ou Larry Ellison illustre, selon lui, une oligarchisation rapide du pouvoir : « Ce que nous voyons, c’est une poignée d’oligarques qui contrôlent les médias, l’économie et aussi, grâce à notre système corrompu de financement de campagne, notre processus politique. »
Un pays fracturé, une classe ouvrière trahie
Sanders analyse aussi le succès de Trump comme le symptôme d’un échec plus profond, celui des partis traditionnels à répondre aux besoins du peuple : « Une des raisons pour lesquelles Trump est au pouvoir, c’est l’incapacité des partis de gauche à défendre les intérêts de la classe ouvrière. »
Il insiste sur la nécessité de reconstruire un Parti démocrate capable de s’opposer aux élites économiques, en citant les succès électoraux récents de figures progressistes : « Le peuple américain montre qu’il n’est pas satisfait de la direction prise par le pays. Des victoires récentes à New York, au Texas, ou encore la percée de Mamdani, en sont la preuve. »
L’un des points les plus graves soulevés concerne l’utilisation de l’agence migratoire ICE comme outil de répression politique. Après les violences à Minneapolis, où deux citoyens ont été tués « à sang froid » par les forces fédérales, Sanders accuse Trump d’instrumentaliser l’immigration à des fins de contrôle intérieur : « Le ICE est son armée domestique. Il l’utilisera quand cela lui sera utile. »
Quant au déroulement futur des élections, le sénateur s’inquiète d’éventuelles intimidations : « Ce n’est pas absurde de penser qu’il y aura de nombreux agents du ICE aux abords des bureaux de vote. Cela dissuaderait de nombreux Latinos de voter, même s’ils sont citoyens. »
Contre l’hégémonie des oligarques
Sanders critique vigoureusement la décision Citizens United de la Cour suprême qui autorise les financements illimités en politique : « C’est peut-être la pire décision jamais prise par le tribunal. Elon Musk a donné 290 millions de dollars pour faire élire Trump, et je soupçonne qu’il dépensera encore plus cette année. » Une dérive qui, selon lui, rend la démocratie inaccessible pour les classes populaires.
Il met aussi en garde contre l’influence globale de ces puissances : « Musk finance la droite partout dans le monde. Trump soutient ses amis en Amérique latine. C’est l’union de l’oligarchie et de l’extrême droite. »
Malgré la gravité du constat, Sanders refuse de céder au désespoir. Il met en avant la mobilisation populaire, notamment à Minneapolis où « 50 000 personnes sont sorties par -30°C pour dire non à Trump ». Il rappelle que le peuple américain a une tradition de résistance : « Nous luttons contre la tyrannie depuis 250 ans. Il existe un profond sentiment, même chez ceux qui ne partagent pas nos idées, que nous ne voulons pas d’un dictateur. »
Un message pour l’Europe
S’adressant à l’auditoire européen, il appelle à ne pas prendre à la légère les dérives autoritaires : « Je veux rassurer les Européens. Trump a un public fidèle, autour de 30 %, avec une mentalité autoritaire. Mais une majorité significative d’Américains s’oppose fermement à ses actions. »
Et d’ajouter une mise en garde : « Soyez prudents. Préoccupez-vous du pouvoir de Musk et des gens comme lui. Ils veulent tout. »


