Lumiwave, le start-up qui permet d’économiser 40 000 litres d’eau par jour

En moins de trois ans, Luniwave est passée de projet étudiant à solution hôtelière déployée dans 5 pays.

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Décembre 2024, Riyad. Dans les allées discrètes du One Water Summit, forum mondial sur la gestion de la ressource hydrique, une start-up française partage la scène avec chefs d’État et patrons de grands groupes. Luniwave fait partie de la délégation accompagnant Emmanuel Macron. La trajectoire est étonnante pour une entreprise qui, trois ans plus tôt, n’existait que sous forme de croquis griffonnés dans un appartement d’étudiants.

Luniwave n’a rien de la start-up verte anecdotique. En moins de trois ans, elle a imposé sa solution dans plusieurs groupes hôteliers internationaux. Son pari : faire de la sobriété un jeu, sans culpabilisation, et prouver qu’un comportement plus économe peut être rentable pour l’hôtelier, acceptable pour le client et mesurable à l’échelle industrielle.

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Une idée de colocation transformée en levier industriel

Tout commence en 2021, sur un sujet vieux comme le monde : la répartition des tâches dans une colocation. Léonard Grynfogel, Éloi Bonte et Arthur Dumoulin, alors âgés de 18 ans, partagent un appartement. Le ménage s’y fait rare. À la place d’un tableau de corvées, le trio imagine un système de points : chaque tâche accomplie rapporte un score, et le gagnant du mois se voit offrir un verre par les deux autres. L’initiative fonctionne, grâce à l’effet d’émulation plus qu’à la contrainte. Le basculement s’opère lorsqu’un père d’ami, hôtelier, leur fait remarquer que ce mécanisme de gratification pourrait répondre à l’un de ses problèmes majeurs : l’explosion de la consommation d’eau dans ses établissements. Un client d’hôtel consomme deux à trois fois plus d’eau qu’un particulier. Il n’est ni possible de le réprimander, ni souhaitable de le surveiller. Reste l’incitation.

De ce principe, les trois ingénieurs font un produit. Le LuniShower, premier boîtier de la start-up, relève davantage de la deeptech que de la bricole étudiante. L’appareil s’installe en cinq minutes entre deux check-ins, sans nécessiter de travaux, de pile ni de raccordement électrique. Il est alimenté par la pression de l’eau. Un système breveté analyse les vibrations des canalisations pour estimer la consommation en temps réel. Côté utilisateur, le dispositif joue sur les signaux faibles : une jauge lumineuse indique la progression de la consommation (25 %, 50 %, 75 %). Le système se coupe une fois la limite atteinte, sans bruit, sans message. L’économie passe par l’autocontrôle plus que par la contrainte.

Une sobriété écologique pensée comme un jeu

Le pari technologique a été reconnu : Luniwave est aujourd’hui labellisée Deeptech, GreenTech Innovation et France Travel Tech. Mais c’est en 2024 que l’entreprise change réellement d’échelle. Elle équipe désormais 3 000 chambres réparties dans cinq pays, dont l’Allemagne, l’Italie et le Chili. Sur les 7 millions de litres d’eau économisés depuis sa création, 6 millions l’ont été sur la seule année 2024. La moyenne : 40 000 litres économisés par jour.

L’impact environnemental s’accompagne d’un dispositif solidaire. Pour chaque litre d’eau non consommé par un client, l’équivalent est reversé sous forme d’accès à l’eau potable, via un partenariat avec la fondation Made Blue. Plus de 1 000 personnes bénéficient aujourd’hui de cet accès dans des zones en difficulté. Le chiffre croît d’une centaine par mois.

Des économies immédiates pour les groupes hôteliers

La progression rapide de Luniwave s’explique aussi par des indicateurs plus directement lisibles par les directions financières. La réduction moyenne de consommation d’eau se situe entre 30 % et 40 %, ce qui correspond à une économie d’environ 20 euros nets par chambre et par mois. Le retour sur investissement est inférieur à un an en cas d’achat, et immédiat en modèle d’abonnement. À cela s’ajoute un taux de satisfaction de 90 % chez les clients finaux, qui se traduit parfois par une augmentation de 3 % du revenu par chambre (RevPAR).

Accor, B&B Hotels ou le Club Med ont intégré la solution dans leur portefeuille. Pour Luniwave, la douche n’est qu’une première brique. L’entreprise lance désormais les GreenMiles, un système de points inspiré de l’aérien. Les clients sont crédités pour tout geste favorable à la planète — refuser le ménage, préférer le train à l’avion — et peuvent utiliser ces points pour obtenir des réductions ou les transformer en dons. La start-up discute avec Atout France de la création d’un passeport écologique universel, utilisable dans tout l’écosystème touristique.



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