Quéguiner, l’industriel breton qui avance contre le vent

Alors que le secteur du bâtiment recule, Quéguiner multiplie les investissements : acquisitions, technologies industrielles et expansion géographique. Une stratégie offensive pilotée par Clément Quéguiner.

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Alors que le bâtiment piétine, ronge son frein, réduit ses voilures, un acteur choisit une autre voie. Quéguiner, groupe familial finistérien fondé en 1948, s’engage dans un contre-cycle assumé. Tandis que les mises en chantier s’effondrent, que les distributeurs rationnent leurs plans de charge, Clément Quéguiner, 35 ans, trace une ligne claire : atteindre 500 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2028, contre 311 millions aujourd’hui. Ni prudence, ni repli. Une expansion pensée comme une reconquête.

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Changer d’échelle, sortir du Finistère

La feuille de route est nette : sortir du face-à-face exclusif avec la distribution, qui reste prépondérante à 230 millions d’euros, et muscler l’autre jambe, l’industrielle. Cela passe par un double mouvement : densifier la présence géographique hors du Finistère — encore 50 % de l’activité du groupe —, et moderniser en profondeur les outils de production. L’ambition n’est pas de faire plus du même, mais de faire autrement.

C’est dans cette dynamique que s’inscrit le projet de rachat de BHR, spécialiste du béton prêt à l’emploi, aujourd’hui en phase d’audit et de négociations exclusives. Une opération structurante : 120 millions d’euros de chiffre d’affaires à intégrer, et une multiplication par trois de la capacité industrielle avec 26 centrales à béton supplémentaires. La bascule est stratégique. Avec cette acquisition, Quéguiner mettrait la main sur un maillage étendu couvrant l’Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique, là où les équilibres économiques se déplacent. Clément Quéguiner le dit sans détour : il vise le leadership du béton prêt à l’emploi dans le Grand Ouest. Les effectifs passeraient de 1 200 à 1 400 salariés.

Produire mieux, pas seulement produire plus

Mais l’élargissement géographique ne suffit pas. Le groupe investit aussi dans la technologie industrielle, en injectant des millions dans des sites nouvelle génération via sa filiale Celtys. À Saint-Méen-le-Grand, 15 millions d’euros ont été engagés dans une usine de 2 500 m², opérationnelle en octobre 2025. Elle doit produire des matériaux moins carbonés, à l’image de la mousse isolante minérale Airium développée par Lafarge, ou des pavés drainants.
À Quimper, une nouvelle centrale à béton a été mise en service le 30 juin (3,2 millions d’euros). Et à Landivisiau, un projet d’usine de 1 800 m² est sur la table pour 2027, avec un objectif précis : produire du béton technique de type Rexlan, à destination notamment de l’agriculture.

Clément Quéguiner imprime sa marque à cette accélération. Arrivé dans le groupe en 2015, formé au droit et à la stratégie commerciale à Aberdeen, il a pris les commandes en janvier 2020, succédant à son père. Il revendique une lecture générationnelle de la gestion : celle du risque assumé, de l’innovation industrielle, et de l’ancrage territorial élargi.
Cette posture vient d’être saluée dans le dernier palmarès « Épopée Deloitte Les 40 », qui le place en tête des dirigeants de moins de 40 ans les plus prometteurs de l’Ouest. Un signal de reconnaissance pour un patron qui préfère le chantier à l’attente, et qui, même face à la tempête, continue de poser les fondations du long terme.



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