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Le 21 décembre 2025, depuis une base militaire située aux Émirats arabes unis, Emmanuel Macron a officialisé le lancement de la construction du futur porte-avions de nouvelle génération (PA-NG). Le choix du lieu n’a rien de neutre : au cœur d’une région stratégique, en bordure des principales zones de tension maritimes de la planète, le président français a affirmé une ambition sans ambiguïté — maintenir la France parmi les rares puissances capables d’agir militairement de façon autonome.
Le Charles de Gaulle, unique porte-avions français actuellement en service, approche des 25 années de navigation. Le PA-NG est censé prendre le relais en 2038 et assurer la continuité stratégique jusqu’en 2080. Un programme massif, évalué à plus de 10 milliards d’euros, qui s’inscrit dans un climat mondial où les alliances se fragmentent, où les menaces asymétriques se multiplient, et où les équilibres militaires navals se recomposent.
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Agir loin et sans appui extérieur
Pensé comme une base aérienne mobile, le PA-NG doit offrir à la France une capacité de frappe et d’intervention à grande distance, sans dépendre d’un soutien logistique extérieur. Sa propulsion nucléaire lui assurera une autonomie quasi illimitée, réduisant fortement les besoins de ravitaillement en mer. Avec une capacité de 60 sorties aériennes par jour, soit le double de ce que permet aujourd’hui le Charles de Gaulle, et un hangar de 4 500 m², il pourra embarquer entre 30 et 40 aéronefs, comprenant des Rafale Marine, des hélicoptères, des avions de guet E-2D Hawkeye, ainsi que des drones.
Cette montée en puissance vise à préserver la capacité française d’intervention autonome, sans dépendance systématique envers ses alliés. Alors que la solidité des alliances traditionnelles, notamment transatlantiques, devient incertaine, la France entend maintenir sa liberté d’action opérationnelle dans un environnement stratégique instable.
Un chantier colossal pour l’industrie navale française
Le chantier du PA-NG mobilisera, sur plus d’une décennie, un écosystème industriel français structuré autour d’un partenariat entre Naval Group et les Chantiers de l’Atlantique. Environ 800 entreprises françaises seront sollicitées pour la réalisation de ce bâtiment de 310 mètres de long, dont le déplacement est compris entre 75 000 et 80 000 tonnes. Il s’agira du plus grand navire militaire jamais construit en Europe.
Le PA-NG embarquera deux réacteurs K22, développés par TechnicAtome, chacun délivrant 220 mégawatts. Ces chaufferies nucléaires, plus puissantes que celles équipant le Charles de Gaulle, ont commencé à être assemblées à Cherbourg en septembre 2025. Elles fourniront l’énergie nécessaire à la propulsion, mais aussi au fonctionnement des multiples systèmes embarqués du navire.
Des catapultes américaines pour un navire souverain
Malgré sa vocation souveraine, le PA-NG intègrera une brique stratégique conçue aux États-Unis : les catapultes électromagnétiques EMALS, fournies par General Atomics. Ce système, déjà utilisé par l’US Navy, remplace les anciennes catapultes à vapeur et permet de lancer des appareils plus lourds avec une efficacité accrue. Ce choix technologique est le fruit d’un arbitrage entre indépendance industrielle et maîtrise des coûts. Le développement d’un système équivalent en France aurait exigé des années de recherche et des investissements considérables. L’État a assumé cette dépendance comme un compromis pragmatique, sans remettre en cause la maîtrise globale du programme.
Le PA-NG est également conçu pour accueillir le futur avion de combat franco-allemand issu du programme SCAF, destiné à remplacer le Rafale à l’horizon des années 2040. Mais les tensions récurrentes entre les partenaires, en particulier entre Paris et Berlin, fragilisent la viabilité de ce programme. Les désaccords industriels et politiques ont poussé la France à envisager des alternatives, dont une possible coopération bilatérale avec les Émirats arabes unis.
Cette incertitude pèse directement sur les performances futures du porte-avions. L’absence d’un appareil de nouvelle génération compatible risquerait de limiter les capacités opérationnelles du PA-NG, réduisant ainsi la portée de sa promesse stratégique.
Risque stratégique
La France n’a prévu la construction que d’un seul exemplaire du PA-NG. À la différence du Royaume-Uni, qui s’est doté de deux porte-aéronefs afin d’assurer une présence permanente à la mer, Paris fait le choix d’un modèle unique, motivé avant tout par des contraintes budgétaires. Pourtant, les arrêts techniques majeurs prévus tous les dix ans entraîneront une interruption complète de la capacité de projection aéronavale pendant plusieurs mois.
Ce choix implique un risque stratégique pleinement assumé. La France mise sur une technologie de pointe concentrée dans un seul bâtiment, en pariant sur la fiabilité du système et sur la capacité à planifier en amont les périodes d’indisponibilité. Le financement du programme repose sur un montage différé : les industriels avancent les coûts, tandis que l’État ne commencera à régler la majeure partie de la facture qu’à partir de 2027.
Le PA-NG concentre les tensions propres à une puissance militaire moyenne qui revendique un rôle global. Il incarne la volonté française de rester dans le cercle très restreint des nations capables de projeter leur force navale sur tous les océans. Mais cette ambition repose sur un équilibre fragile, entre souveraineté revendiquée et dépendances technologiques, entre puissance affichée et vulnérabilités structurelles.



Toujours la même obstination de ne mettre en chantier qu’un seul Porte-avions! D’un point de vue opérationnel c’est catastrophique. On reste sur le même schéma qu’avec le valeureux CDG. Ce qui ne couvre pas la permanence et la disponibilité totale toutel’année. Dix milliards pour un seul bâtiment, ce choix n’est pas du tout réfléchi. Sans deux unités capables de couvrir n’importe quelle alerte toute l’année, il vaut mieux s’en passer et plutôt miser sur plus de SNA et SNLE. Je ne comprends pas les programmes prévus. On a trop de différences entre nos deux façades maritimes. D’un point de vue stratégique il est plus qu’urgent d’égaliser le niveau delà flotte entre Toulon et Brest. Ainsi que les moyens d’accueil et d’entretien des différents bâtiments.