Combien gagne vraiment un chirurgien en France ?

En grève, les chirurgiens dénoncent un modèle devenu intenable. Tarification obsolète, disparités régionales, et perspectives d’expatriation : radiographie d’une profession en crise.

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Depuis plusieurs semaines, les blouses blanches ont troqué le bistouri pour les banderoles. Grèves, opérations « à l’arrêt », messages sur les réseaux sociaux : les chirurgiens haussent le ton. Et ce ne sont pas les internes ou les jeunes remplaçants qui manifestent, mais des professionnels souvent perçus comme l’élite du système de santé, ceux dont les revenus atteignent parfois les sommets du classement. Pourtant, ils dénoncent une équation devenue intenable : actes techniques sous-payés, charges croissantes, règles toujours plus pesantes. Avec, en toile de fond, un modèle économique qui ne tient plus.

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Qui gagne quoi selon son statut et sa spécialité ?

La rémunération d’un chirurgien en France ressemble à un millefeuille. Dans le public, un praticien hospitalier en milieu de carrière perçoit entre 4 600 et 8 900 euros brut mensuels. À cela s’ajoutent des gardes, qui peuvent faire grimper le total de 500 à 2 000 euros. Résultat : un revenu net entre 3 500 et 6 000 euros mensuels en moyenne. Stable, sécurisé, mais plafonné.

Changement d’univers dans le secteur libéral. Là, les chiffres s’envolent, mais les incertitudes aussi. Selon la DREES, les chirurgiens libéraux déclaraient en 2021 un revenu annuel moyen de 178 300 euros, soit près de 15 000 euros nets mensuels. Mais derrière la moyenne, des écarts béants : les jeunes installés débutent souvent à 6 000 ou 10 000 euros nets, tandis que certains spécialistes chevronnés dépassent les 30 000 euros par mois.

Il existe aussi une voie médiane : celle des chirurgiens salariés dans des cliniques privées. Moins exposés que les libéraux, mais aussi moins libres. Leurs revenus oscillent entre 60 000 et 96 000 euros brut annuels, un filet de sécurité, mais sans les sommets.

Toutes les spécialités ne se valent pas au bloc opératoire. La chirurgie plastique, très pratiquée en secteur 2, permet des dépassements d’honoraires importants. À Paris, un praticien peut dépasser les 25 000 euros nets mensuels. L’orthopédie suit, surtout en Île-de-France, avec des revenus annuels qui peuvent grimper au-delà de 250 000 euros. La neurochirurgie et la chirurgie cardiaque restent dans les mêmes sphères.

À l’autre bout de l’échelle, la chirurgie viscérale, digestive ou urologique se heurte à des marges réduites, des tarifs encadrés, et des dépassements limités. Les revenus libéraux y plafonnent souvent entre 9 000 et 14 000 euros nets mensuels.

La géographie accentue encore les écarts. En Île-de-France et en région PACA, les revenus chirurgicaux sont en moyenne 20 à 30 % plus élevés que dans les zones rurales. En libéral, la densité de population, la concurrence et le niveau de vie local façonnent directement les chiffres. À l’hôpital, l’effet est moins marqué, mais certaines régions sous-dotées tentent de compenser par des primes ciblées.

Les chirurgiens français perdent du terrain à l’étranger

Les comparaisons internationales sont crues. Aux États-Unis, un orthopédiste touche en moyenne 560 000 dollars par an, un chirurgien plastique 540 000 dollars, et même la chirurgie générale atteint 420 000 dollars. Au Canada, les chirurgiens perçoivent en moyenne 570 000 dollars canadiens, avec des pics à plus de 800 000 selon les spécialités. En Australie, un neurochirurgien peut monter jusqu’à 700 000 dollars australiens, soit environ 450 000 euros. Des écarts qui nourrissent l’attrait de l’expatriation.

Devenir chirurgien : 11 ans d’études, à quel prix ?

Le parcours pour devenir chirurgien est long et coûteux. En France, il faut au minimum 11 années d’études après le bac. L’internat dure cinq ans, avec une rémunération allant de 1 600 à 2 400 euros brut mensuels. En intégrant les frais de vie et le manque à gagner, le coût total de la formation est estimé entre 110 000 et 200 000 euros.

Une fois diplômés, les contraintes ne faiblissent pas. Astreintes, gardes, pression constante, charge mentale, responsabilités juridiques. Les primes d’assurance peuvent grimper jusqu’à 20 000 euros par an, notamment en obstétrique ou en neurochirurgie. Les enquêtes internationales signalent des taux de burn-out supérieurs à 40 % dans ces disciplines.

Actes sous-payés

Un des déclencheurs de la mobilisation : les tarifs. Une hystérectomie, par exemple, est remboursée 350 euros par la Sécurité sociale. Les syndicats réclament 630 euros, ainsi qu’une indexation automatique sur l’inflation. Faute d’ajustement, les dépassements d’honoraires deviennent le seul levier. Le dispositif Optam, censé les réguler, est critiqué pour sa rigidité et son manque de pertinence.

Les chirurgiens réclament une refonte complète du système, plus souple, plus lisible, et surtout plus aligné sur la réalité économique des blocs.

Dans le même élan, les complémentaires santé sont également visées. Les syndicats souhaitent qu’elles prennent en charge une part plus large des dépassements. Leur logique : les actes chirurgicaux sont rares, leur remboursement ne pèserait pas lourd. Les mutuelles, elles, alertent sur le risque d’une spirale inflationniste.



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