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Le 15 janvier, la Cour de cassation a confirmé la condamnation de Jean-Marc Morandini pour corruption de mineurs : deux ans de prison avec sursis, 20 000 euros d’amende, interdiction d’exercer toute activité en lien avec des mineurs, et inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles. Dès le lendemain, CNews acte son maintien à l’antenne. L’onde de choc se propage immédiatement dans les rédactions du groupe Canal+, mais la direction ne dévie pas. Jean-Marc Morandini reste à la tête de Morandini Live, chaque midi.
La position tranche avec celle de 2016. À l’époque, son arrivée sur iTélé avait déclenché une grève d’ampleur, point de bascule qui allait aboutir à la mue complète de la chaîne. Depuis septembre dernier, Morandini est de retour physiquement dans les locaux. Le malaise s’installe, se transforme en crise ouverte.
Sonia Mabrouk claque la porte
Sonia Mabrouk, figure de CNews et d’Europe 1, prend ses distances. En réponse aux critiques publiques d’un député socialiste, elle évoque le malaise moral de continuer à travailler dans ce contexte. Les tensions avec la direction s’exacerbent. Serge Nedjar, directeur général de la chaîne, aurait martelé que Morandini resterait « coûte que coûte », et invité ceux qui n’adhèrent pas à quitter la chaîne. Après plusieurs jours d’échanges tendus, Sonia Mabrouk démissionne. Son départ est d’autant plus retentissant qu’elle incarnait une voix forte, souvent alignée sur la ligne éditoriale de la chaîne. Elle conserve néanmoins son poste à Europe 1.
Officiellement, la direction assure que tout fonctionne normalement. Mais des journalistes refusent d’apparaître dans l’émission de Morandini, d’autres expriment leur malaise en privé. Deux camps se dessinent : ceux qui acceptent la présence de l’animateur, souvent par loyauté ou résignation ; ceux qui la rejettent comme une entorse grave aux principes du métier.
Boycott politique et divisions dans la sphère Bolloré
En interne, la décision fait débat jusque dans le camp Bolloré.
Pascal Praud et Laurence Ferrari manifestent leur malaise sans toutefois mettre en balance leur poste et le salaire conséquent qui va avec. Philippe de Villiers ou encore des figures du Journal du Dimanche laissent également apparaitre leur mécontentement de façon plutôt timide.
La crise déborde du cadre interne. Plusieurs personnalités politiques annoncent un boycott de Morandini Live. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, interdit à ses élus de participer à l’émission.
Une des victimes de Morandini, interrogée par Ouest-France, accuse la chaîne de banaliser la corruption de mineurs. L’onde de choc atteint le Parlement : Vincent Bolloré est convoqué par une commission d’enquête sur l’audiovisuel.
Audience, idéologie et logique de confrontation
Face à la tempête, la direction de Canal+ assume. Gérald-Brice Viret, directeur général de Canal+ France, revendique le choix. Il avance les chiffres : une audience en hausse, une attractivité commerciale intacte. CNews a atteint l’équilibre en 2025, et revendique désormais 4 % de part d’audience, devançant ses concurrentes directes. Le maintien de Morandini serait avant tout un choix économique : l’émission fonctionne, les annonceurs suivent. Qu’importe la morale.
Mais au-delà des chiffres, la logique est aussi éditoriale. Morandini incarne un positionnement clivant, contestataire, en phase avec la mue idéologique de la chaîne depuis le rachat par Vincent Bolloré. La critique renforce, ici, la posture victimaire entretenue par CNews, qui se pose en contre-pouvoir face aux institutions et aux médias traditionnels. Refuser de céder, c’est rejeter ce que la chaîne perçoit comme une pression extérieure illégitime.
L’affaire prend alors une tournure symbolique. Aucun texte n’interdit à Morandini d’exercer son métier. Mais pour une partie des parlementaires, sa présence remet en cause l’exemplarité attendue d’un service audiovisuel. À cette exigence morale, la direction de CNews oppose sa souveraineté éditoriale. Céder, ce serait reconnaître une faute. Et surtout, renier une stratégie initiée dès 2016, au moment même où Morandini devenait l’une des figures du virage opéré par la chaîne.


