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On peut passer une vie à bâtir une réputation, et quelques semaines à l’user jusqu’à la trame. Jack Lang s’y emploie avec constance, multipliant les dénégations et les contre-feux après la publication des documents liés à l’affaire Epstein par la justice américaine. Personne ne l’accuse formellement. Pourtant, la question n’est plus celle d’une culpabilité, mais d’une responsabilité. Et celle-ci, lui, il l’assume à la tête d’une institution fragile : l’Institut du monde arabe. Il doit en tirer les conséquences.
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Car la machine à défendre s’emballe. Jack Lang ne cesse de proclamer qu’il n’est « pas dans la tourmente ». Il tient l’exposition permanente devant micros et caméras, s’indignant qu’on le soupçonne, rappelant qu’il ne vérifie ni les CV ni les antécédents judiciaires des gens qu’il fréquente – surtout s’ils sont « charmants ». Mais à force de vouloir se justifier, il aggrave le malaise. Que ce soit par ses formules déconnectées, ses revirements soudains ou ses silences troublants, sa ligne de défense produit exactement l’inverse de ce qu’elle cherche : elle fragilise.
L’IMA ne peut absorber ce type de controverse
Ce n’est pas la justice qui est en cause ici – aucun élément ne permet de dire que Jack Lang ait pris part aux crimes d’Epstein. C’est l’exposition publique, prolongée, bruyante, insidieuse, d’un homme et de son réseau qui met aujourd’hui l’IMA en position d’inconfort. Une institution culturelle, financée par l’État français et les pays arabes, qui cherche à parler au monde sans scandale en arrière-fond.
La stratégie de Jack Lang – nier, rester, faire face – fonctionne peut-être dans une arène politique. Elle ne tient pas dans le cadre d’une institution diplomatique et culturelle. À 86 ans, l’ancien ministre est accroché à son fauteuil comme à une citadelle. Or, l’argument n’est pas moral : il est stratégique. Quand un président devient le problème, il ne peut plus être la solution.
Une pression politique transpartisane et croissante
Plusieurs responsables politiques l’ont compris. Ils appellent à une sortie rapide, dans la dignité. Pas pour humilier un homme, mais pour préserver l’institution. Renaud Muselier, Olivier Faure, Ségolène Royal : tous convergent. Et ils ne le font pas au nom de la morale, mais du bon sens. Un homme qui échangeait encore en 2018 avec Epstein, demandait de l’argent pour un film personnel, acceptait des virements depuis des structures offshore, ne peut pas incarner sans failles une institution publique.
La défense s’effrite aussi dans les détails. Caroline Lang, sa fille, affirme avoir su dès 2014 pour les condamnations d’Epstein. Elle a démissionné. Jack Lang, lui, affirme l’ignorer jusqu’en 2019. Il est tombé « de l’armoire », dit-il. La maladresse est à la hauteur du gouffre. Elle renforce l’impression d’un homme qui ne mesure plus les conséquences de ses paroles.
Le Quai d’Orsay demande aujourd’hui des comptes. Emmanuel Macron lui-même est à la manœuvre. Il ne s’agit plus de s’interroger sur les intentions d’un octogénaire, mais sur la place qu’il occupe. Elle est devenue impossible.
Rester, c’est exposer l’IMA à une tempête lente. Partir, c’est protéger ce qui peut encore l’être. Jack Lang dit ne pas être dans la tourmente. Il y est. Et pour en sortir, il n’y a plus qu’un geste à faire.


