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Du café enrichi en CBD aux lattes fonctionnels à base de champignons ou d’ashwagandha, les boissons bien-être investissent les comptoirs. Dernier produit en vogue : le café au collagène. Présenté comme un allié pour la peau, les articulations et les muscles, il se vend à prix fort dans les boutiques de nutrition, les enseignes de beauté ou les coffee shops spécialisés. Pourtant, les preuves scientifiques solides manquent, et les effets réels de ce type de boisson restent très limités.
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Une promesse marketing
Le collagène est une protéine structurelle majeure de l’organisme. Présente dans la peau, les os, les tendons et les muscles, elle est naturellement produite par le corps, mais sa synthèse diminue avec l’âge. Certaines marques y voient un argument pour proposer des produits enrichis, à commencer par le café, dans lequel cette protéine en poudre peut être ajoutée sans goût ni odeur perceptible.
Des marques comme Aime proposent aujourd’hui des cafés au collagène dans leurs boutiques physiques, surfant sur la demande croissante de produits beauté consommables. Les promesses sont souvent les mêmes : peau plus lisse, meilleure élasticité, diminution des rides, soutien musculaire, réduction des douleurs articulaires. Des bénéfices supposés pour lesquels les fabricants avancent des extraits d’études scientifiques… sans que celles-ci évaluent directement ces boissons.
Ce que dit la science
La majorité des recherches disponibles portent sur la supplémentation orale en collagène hydrolysé, généralement sous forme de poudre ou de gélules. Une méta-analyse publiée en 2023, regroupant 26 essais cliniques randomisés, conclut à une amélioration modeste de l’hydratation et de l’élasticité de la peau après au moins huit semaines de supplémentation quotidienne. Toutefois, la qualité méthodologique des études reste inégale, beaucoup étant financées par les industriels.
Une synthèse parue en 2025 retrouve des effets statistiquement significatifs sur l’hydratation cutanée (écart-type standardisé de 1,25) et l’élasticité (0,61) pour des doses moyennes de 3,5 à 4 g/jour. Ces résultats reposent essentiellement sur des mesures instrumentales, et non sur des effets visibles à l’œil nu. À l’inverse, une autre méta-analyse, publiée la même année dans une revue de médecine interne, conclut à l’absence de preuves cliniques solides sur l’impact du collagène sur le vieillissement cutané.
En résumé, un effet possible existe, mais il reste modeste, dépend d’une prise quotidienne prolongée, et ne permet pas de justifier les promesses spectaculaires de rajeunissement.
Pas de preuve d’efficacité pour le café au collagène
Les études évoquées ne portent pas sur les cafés enrichis au collagène, mais sur des compléments administrés seuls ou dans des formulations spécifiques. Aucune étude rigoureuse ne démontre que l’ajout occasionnel d’un supplément de collagène dans un café produit un effet tangible sur la peau, les muscles ou les articulations.
Une étude de 2016, parfois citée par les fabricants, évoque une amélioration de la qualité de la peau avec des peptides de collagène dissous dans une boisson chaude. Mais cette recherche reposait sur une prise standardisée et quotidienne, sans rapport avec les usages ponctuels des cafés disponibles dans le commerce.
Concernant l’idée selon laquelle la caféine « détruirait » le collagène, les seules données disponibles proviennent d’études in vitro sur des cultures cellulaires. Aucun essai clinique ne permet de conclure que la consommation de café réduirait les effets d’un complément oral de collagène. La biodisponibilité semble globalement préservée, même dans une boisson chaude.
Muscles et articulations : des effets incertains et limités
Certaines études ont examiné les effets du collagène chez les sportifs. Quelques bénéfices modestes ont été observés sur la récupération musculaire ou les douleurs articulaires, à condition de consommer 5 à 15 g de collagène par jour pendant plusieurs mois, toujours dans le cadre d’un programme d’activité physique structuré.
Mais ces résultats restent hétérogènes, souvent issus d’essais de faible envergure, et la plupart des effets observés concernent des populations spécifiques (personnes âgées, athlètes, individus souffrant de douleurs chroniques). Aucune donnée ne montre qu’un café au collagène consommé de manière occasionnelle améliore la masse musculaire ou la santé articulaire chez des personnes en bonne santé.
Cadre réglementaire et promesses marketing discutables
En Europe, le collagène est considéré comme une denrée ou un complément alimentaire. Certains peptides ont été autorisés en tant que « nouveaux aliments » (novel foods), mais tous les produits doivent respecter les règles d’étiquetage, d’origine et d’allergènes, ainsi que la réglementation sur les allégations de santé. Celle-ci impose que toute promesse soit étayée par des preuves solides, validées par l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments).
Les mentions de type « effet anti-âge » ou « raffermissement de la peau » sont donc difficilement compatibles avec ce cadre. Pourtant, dans la pratique, le contrôle des allégations reste inégal, notamment en ligne ou sur des produits importés.
Le prix constitue également un point critique : les cafés au collagène coûtent en moyenne entre 1 et 3 euros la tasse, pour quelques grammes de protéines. Or, les mêmes quantités peuvent être obtenues via des aliments courants (œufs, produits laitiers, légumineuses) ou des compléments classiques vendus à moindre coût.
Ce qui fonctionne réellement pour la peau, les muscles et les articulations
Les déterminants connus de la santé cutanée et musculo-articulaire sont largement documentés. Une alimentation équilibrée, riche en fruits, légumes, protéines de qualité et acides gras essentiels, associée à une bonne hydratation, constitue une base solide. L’exposition modérée au soleil, l’arrêt du tabac, la réduction de la consommation d’alcool et un sommeil de qualité ont un effet prouvé sur l’aspect de la peau.
Pour les muscles et les articulations, la pratique régulière d’une activité physique, mêlant endurance et renforcement musculaire, reste le levier le plus efficace. L’apport protéique global, le maintien d’un poids de forme et la lutte contre la sédentarité jouent également un rôle essentiel.
Le café au collagène ne présente pas de risque majeur pour la santé, mais il repose sur des promesses largement exagérées au regard des données scientifiques disponibles. S’il peut constituer une source marginale de protéines, ses effets sur la peau ou les articulations ne sont ni démontrés ni comparables à ceux d’une supplémentation prolongée bien encadrée. Le phénomène illustre surtout la capacité du marketing à transformer des attentes esthétiques en produits de consommation rapide — sans que la science suive.


