Caroline Lang : ce que révèlent les documents sur ses liens avec Jeffrey Epstein

Les « Epstein files » révèlent l’implication de Caroline Lang dans une société offshore aux côtés de Jeffrey Epstein.

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Caroline Lang, l’une des figures les plus en vue de l’audiovisuel français, se retrouve emportée dans une tempête à laquelle peu s’attendaient. À peine nommée à la tête du Syndicat des producteurs indépendants (SPI), son nom surgit dans les « Epstein files », cet ensemble de documents judiciaires et bancaires américains liés à l’homme d’affaires déchu Jeffrey Epstein.
Si rien ne l’associe aux crimes sexuels à l’origine du scandale, la nature des relations d’affaires qu’elle a entretenues avec lui, et surtout leur opacité, éclaire d’un jour nouveau les angles morts de la gouvernance dans le secteur culturel.

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Caroline Lang n’est pas une inconnue. Fille de Jack Lang, ancien ministre de la Culture, elle a mené une carrière discrète mais ascendante dans le secteur audiovisuel, des débuts dans la communication à Londres à la direction de Warner Bros International Television Distribution en France. En janvier 2026, sa nomination à la tête du SPI semblait logique : elle cochait toutes les cases, y compris celle de l’expérience dans les relations avec les institutions publiques. Elle siégeait à la commission de l’avance sur recettes du CNC, présidait le fonds régional Pictanovo, et participait à la gouvernance du festival Séries Mania. Des fonctions d’interface entre l’initiative privée et les financements publics. C’est justement cette zone de friction qui se retrouve aujourd’hui mise à nu.

Une société commune avec Epstein, sans déclaration fiscale

L’affaire prend racine en 2016, quand Caroline Lang cofonde avec Jeffrey Epstein une société offshore, Prytanee LLC, enregistrée aux îles Vierges américaines. Capital : 1,4 million de dollars. Objet : investissement dans l’art. Les documents transmis en janvier 2026 au Department of Justice américain sont explicites. Caroline Lang détient la moitié des parts. La société est montée avec le concours actif de Southern Trust Company, structure clé du dispositif financier d’Epstein. Rien n’a été déclaré au fisc français.

Caroline Lang invoque aujourd’hui une confiance excessive dans les conseils juridiques de son associé et une ignorance des règles fiscales internationales. Des justifications qui peinent à masquer l’incongruité de cette architecture financière, compte tenu du profil déjà controversé d’Epstein à l’époque.

Des relations anciennes et un testament inattendu

Lang raconte avoir rencontré Epstein au début des années 2010, via Woody Allen et Soon-Yi Previn. Le projet : créer un fonds destiné à soutenir de jeunes artistes européens. Elle affirme ne pas avoir investi personnellement, ni perçu de rémunération, ni conservé d’actifs après la mort d’Epstein. Elle admet toutefois une « naïveté confondante », notamment dans l’évaluation des risques liés à leur collaboration. L’argument ne dissipe pas toutes les interrogations, d’autant qu’un testament signé par Epstein deux jours avant sa mort mentionnerait un legs de 5 millions de dollars à son nom. Elle dit ne l’avoir appris que par la presse, et n’en avoir jamais vu la couleur. Les registres bancaires, en tout cas, ne signalent aucun transfert.

À ce stade, aucun élément ne relie Caroline Lang aux agissements criminels d’Epstein. Aucune mise en cause judiciaire n’a été engagée, ni en France, ni aux États-Unis. Pourtant, la déflagration institutionnelle est immédiate. Le 2 février, elle annonce son départ du SPI. Suivent sa démission de Pictanovo et sa sortie du conseil d’administration de Séries Mania. Les élus régionaux et les partenaires publics n’ont pas attendu l’éventuelle reconnaissance d’une faute pénale pour prendre leurs distances. L’affaire rappelle à quel point la réputation constitue une matière inflammable dans un écosystème largement financé par de l’argent public.

Des angles morts qui interrogent l’ensemble du secteur

Ce qui est en cause ici, ce n’est pas un crime, mais un aveuglement. Celui d’une professionnelle chevronnée qui, en 2016, accepte d’entrer dans une structure offshore montée avec un homme déjà condamné pour exploitation sexuelle. Celui d’institutions culturelles qui n’ont jamais vu ou voulu voir cette association. L’affaire Lang interroge la robustesse des mécanismes de contrôle, la solidité des murs entre intérêts privés et responsabilités publiques, et la capacité d’un secteur à exiger de ses figures de proue une exemplarité minimale.



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