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Un excédent commercial ? Le mot avait disparu du vocabulaire économique français depuis dix ans. Il a ressurgi, presque discrètement, dans les chiffres publiés fin janvier par l’Insee : au quatrième trimestre 2025, la France a exporté plus qu’elle n’a importé. 254,7 milliards d’euros de biens et services vendus à l’étranger, contre 249,5 milliards achetés. Soit un solde positif de 5,2 milliards. Une respiration inattendue, qui a gonflé le PIB de 0,9 point, comme une dernière poussée d’air en fin d’année.
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Le miracle, s’il en est un, vient du ciel. L’aéronautique et le naval ont porté l’effort. Les livraisons d’Airbus, toujours régulières malgré des tensions sur la chaîne d’assemblage, et un paquebot livré à l’automne, ont fait la différence. Après une envolée de 14,3 % au troisième trimestre, le secteur des matériels de transport a encore progressé de 5,4 % sur les trois derniers mois de l’année. Airbus a livré 793 avions en 2025, en légère hausse de 4 % par rapport à 2024. Mais l’avionneur reste prudent : entre défauts sur la famille A320 et moteurs qui se font attendre, les ambitions sont recalibrées.
Moins d’énergie achetée, plus d’électricité vendue
Côté importations, le reflux est net. Moins d’énergie achetée, d’abord. Les produits pétroliers raffinés ont plongé de 11,1 %, et l’ensemble du poste énergie-eau-déchets recule de 5,2 %. La facture énergétique diminue depuis un an, à 57,8 milliards d’euros, en baisse de 21 %. Dans ce contexte, l’électricité française retrouve son rôle d’exportateur : l’excédent sur ce seul poste atteint 5,1 milliards d’euros, grâce à la montée en régime du nucléaire et de l’hydraulique.
Derrière ces mouvements, un autre phénomène pèse : le déstockage. Massif. Il rogne 1 point entier de croissance du PIB au quatrième trimestre. Ce qui est sorti des usines — avions, bateaux, carburants — ne s’est pas reconstitué dans les entrepôts. C’est l’effet miroir pointé par l’Insee : ce qui était stocké devient exporté. La dynamique est comptable avant d’être industrielle.
Un rebond trimestriel qui ne change pas l’année
L’embellie est réelle, mais passagère. Car sur l’ensemble de l’année, le commerce extérieur reste en rouge. Le déficit s’élève à 10,5 milliards d’euros. Loin des abîmes de 2022, mais encore loin de l’équilibre. Surtout, la contribution annuelle à la croissance est négative : -0,5 point, là où 2024 avait vu un appui de +1,3 point. Le dernier trimestre rattrape un peu, sans compenser.
Les données mensuelles prolongent ce constat : déficit de 3,9 milliards d’euros en octobre, 4,2 milliards en novembre et en décembre. Une constance dans le creux.
Les secteurs tirent dans des directions opposées. La pharmacie et certaines branches de haute technologie consolident leurs excédents. À l’inverse, les cosmétiques, emblème de l’élégance exportée, butent sur la realpolitik douanière américaine. Depuis l’été 2025, Washington taxe à 15 % les crèmes françaises et à 50 % les composants métalliques de leurs flacons. Résultat : -18 % d’exportations vers les États-Unis, et peut-être -21 % à venir en 2026. En face, 620 millions d’euros s’évanouissent.
Mais le déficit manufacturier, ce gouffre chronique, se comble lentement. De 162,6 milliards d’euros en 2022 à 81 milliards en 2024, puis à un peu plus de 10 milliards en 2025, le recul est spectaculaire. Le chemin reste long, surtout dans un environnement incertain, entre fragilités industrielles, tensions commerciales persistantes et prix de l’énergie volatils.


