Orion 26 : l’armée française se prépare à une guerre de haute intensité

Des plages de l’Atlantique aux rues de Rennes, l’armée française se projette dans une guerre d’État à État. Orion 26 est un signal fort adressé aux alliés comme aux adversaires.

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L’armée française change de braquet. Entre le 8 février et le 30 avril prochain, elle pilote Orion 26, un exercice militaire hors norme par son ampleur, son ambition stratégique et sa portée politique. Jamais depuis la guerre froide la France n’avait mené sur son sol une manœuvre d’une telle envergure, mobilisant 12 500 soldats, vingt-quatre nations partenaires et l’ensemble des capacités opérationnelles interarmées. Une répétition générale, grandeur nature, avant de prendre les rênes de la force de réaction rapide de l’OTAN, dans un contexte géopolitique profondément dégradé.

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Le retour des conflits de haute intensité, incarné par l’agression russe en Ukraine, a rebattu les cartes. La France y répond par la plus solide démonstration de force de ces trois dernières décennies. Orion 26 se veut une préparation à une guerre d’État à État, à haute intensité, dans un environnement hybride où les lignes entre paix, crise et conflit ne cessent de se brouiller. Le scénario, inspiré des procédures de l’Alliance atlantique, projette une coalition multinationale face à une agression massive, où les débarquements amphibies croisent les cyberattaques et les sauts aéroportés les opérations informationnelles.

Derrière l’exercice, un objectif précis : la certification de la France pour le commandement de l’Allied Reaction Force, la nouvelle mouture élargie de la NATO Response Force. À compter du 1er juillet 2026, les armées françaises doivent être capables de diriger jusqu’à 23 000 soldats et 100 000 réservistes, dans des délais allant de cinq à trente jours selon l’intensité de la crise. Une première pour la France, et un saut capacitaire majeur pour ses forces.

L’exercice s’articule en quatre phases, débutant dès janvier par la planification stratégique selon les standards OTAN. Dès le 8 février, 10 000 militaires s’engagent en terrain libre, dans une vaste manœuvre allant de la façade atlantique aux plaines champenoises. Le point d’orgue militaire : la reconquête de la ville de Rennes. Dans le même temps, une troisième phase met à l’épreuve la coordination interministérielle, douze ministères étant mobilisés pour faire face à une crise de grande ampleur touchant directement le territoire. Enfin, la phase finale, à partir du 7 avril, projette un engagement sous l’article 5 de l’OTAN, avec commandement d’une coalition interalliée de haute intensité.

Vingt-quatre pays et l’enjeu de l’interopérabilité

Les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, le Japon, le Canada et la Roumanie participent à l’exercice. Une coalition large, engagée dans une logique d’interopérabilité intégrale : terre, air, mer, espace, cyber et information. Les armées françaises y testent leur capacité à intégrer et à commander des unités alliées en situation réelle.

Sur le plan technologique, Orion 26 est aussi un terrain d’expérimentation. L’armée de Terre y déploie 1 200 drones, dont une large part de microdrones tactiques. L’intelligence artificielle, la guerre électronique, les simulations avancées et le brouillage satellitaire sont mis à contribution pour repousser les limites des systèmes actuels. Le cyberespace, soumis à des assauts simulés mais à effets réels, est coordonné par le COMCYBER, chargé des actions offensives, défensives et d’influence.

Le domaine spatial pleinement intégré à la manœuvre

L’espace, lui aussi, entre pleinement dans le champ de bataille. L’exercice SparteX 2026, mené en parallèle, mobilise une vingtaine de capteurs spatiaux civils et militaires. Le Commandement de l’Espace y collabore avec le CNES et les alliés pour intégrer les effets spatiaux à la manœuvre globale. Ce volet spatial agit de concert avec les commandements Terre, Air et Mer, dans une logique de continuité opérationnelle intermilieux.

Au-delà du périmètre militaire, c’est l’État tout entier qui est mobilisé. Douze ministères sont mis à contribution pour anticiper les répercussions internes d’un conflit majeur à l’extérieur. Santé, logistique, économie, éducation : la simulation teste la résilience des structures nationales. Les préfets de zone de défense jouent leur partition dans une mise en condition de la montée en puissance de la nation.

Le terrain, lui, s’étend sur quinze départements métropolitains, ainsi qu’en Guyane. Ports, zones littorales, terrains civils : la manœuvre militaire se déploie au contact des populations. Une proximité voulue, pensée comme un levier de renforcement du lien armée-nation. En mars, le programme « Orion Jeunesse » proposera aux jeunes des immersions sur les enjeux de défense, pour susciter des vocations et rappeler que la sécurité collective est aussi une affaire citoyenne.

Un commandement intégré pour une guerre multidomaine

Trois commandements opérationnels assurent la conduite de l’exercice : le CDAOA (défense aérienne), le CECLANT (zone maritime Atlantique) et le CTE (Commandement Terre Europe). S’y ajoutent les commandements spécialisés, dont le COS (opérations spéciales), le COMCYBER et le Commandement de l’Espace. La coordination est assurée par le CECIA, dirigé par le vice-amiral Xavier de Véricourt, tandis que le Corps de Réaction Rapide France (CRR-FR), basé à Lille, conduit la phase finale en tant que corps de réserve stratégique de l’OTAN.

Ce nouveau cycle d’exercices, lancé en 2023, doit permettre d’ajuster les doctrines, de valider les nouvelles capacités et d’éprouver la réactivité des forces. La loi de finances 2026, en hausse de 11 %, accompagne cette dynamique, avec des investissements ciblés dans l’innovation, l’entretien des matériels et la préparation opérationnelle.

Avec Orion 26, la France se positionne comme une puissance cadre capable de commander une coalition multinationale dans un conflit de haute intensité. Un message à double portée : d’assurance pour les alliés, de dissuasion pour les compétiteurs stratégiques.



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