Télés 8K : un flop technologique historique

Tandis que les formats 4K dominent le marché, la 8K recule. L’occasion de comprendre ce qui différencie une innovation pertinente d’un simple mirage technologique.

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Elle devait incarner l’avenir de l’image, redéfinir les standards visuels, ouvrir une nouvelle ère pour le salon familial. Huit ans après son lancement en fanfare, la télévision 8K quitte discrètement le marché, sans fracas ni panache, comme une promesse oubliée. Vendue comme la révolution ultime, elle n’a convaincu ni les fabricants, ni les consommateurs, ni les créateurs de contenu. L’échec est désormais acté, sans appel.

En 2018, au CES de Las Vegas, Samsung lève le voile sur le Q900, premier téléviseur 8K commercialisé. Quatre fois plus de détails que la 4K, une image censée frôler la perfection, une immersion annoncée comme inédite. Toute l’industrie emboîte le pas : les grands constructeurs investissent, les salons d’électronique se remplissent de prototypes prometteurs. Mais l’enthousiasme initial s’effondre rapidement. Huit ans plus tard, la 8K n’est plus qu’un souvenir ambitieux dans les archives du marketing.

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Un marché qui n’a jamais trouvé son public

Sony a discrètement abandonné le Bravia Z9K, son unique modèle 8K, sans prévoir de relève. LG, après une démonstration spectaculaire avec un écran OLED de 88 pouces, a suspendu la fabrication de tous ses modèles 8K, qu’ils soient OLED ou LCD. TCL et Hisense, qui avaient un temps cru au potentiel de cette technologie, ont cessé toute communication sur le sujet. Seul Samsung maintient quelques références en catalogue, mais leur place est désormais marginale, à la lisière de l’offre grand public.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2019, la société IHS Markit tablait sur 3,7 millions de téléviseurs 8K vendus en 2021. En réalité, à peine 386 800 unités ont trouvé preneur en 2022, un chiffre tombé à 214 400 en 2023. Pour 2025, les projections évoquent 137 000 ventes à l’échelle mondiale, soit moins de 0,1 % du marché. Une présence résiduelle, qui confirme l’absence totale d’élan commercial.

Rien, ou presque, n’existe pour justifier un tel écran. Les plateformes de streaming privilégient encore le Full HD ou la 4K. Le cinéma, pourtant friand de surenchère technologique, ne produit aucun contenu natif en 8K. Le jeu vidéo, malgré son dynamisme, n’a pas franchi le pas. Quant au format Blu-ray, il ne propose aucune version 8K. Résultat : une équation simple, mais insoluble. Sans contenus, l’investissement dans un téléviseur 8K perd tout sens pour le grand public.

Les constructeurs ont bien tenté de contourner l’obstacle, notamment en développant des systèmes de mise à l’échelle dopés à l’intelligence artificielle, capables de transformer un flux 4K en image simulée 8K. Mais à distance de visionnage normale, le bénéfice visuel reste imperceptible. L’argument technique s’efface devant une réalité visuelle décevante. L’illusion ne tient pas.

Réglementation sévère, priorités redéfinies

En mars 2023, l’Union européenne a accentué la pression en imposant un plafond de consommation de 90 watts pour le mode image par défaut. Or, un téléviseur 8K dépasse généralement les 190 watts. Samsung a bien tenté de s’adapter, notamment en réduisant drastiquement la luminosité en mode Eco, mais la solution est artificielle et peu convaincante. Dans un contexte de transition énergétique, la 8K devient difficilement justifiable, même pour les plus audacieux des ingénieurs.

Face à cette impasse, l’industrie a réorienté ses efforts vers des technologies plus accessibles et compatibles avec l’écosystème actuel. QD-OLED, MiniLED, RGB MiniLED : autant d’innovations qui améliorent nettement les contrastes et la richesse des couleurs, sans exiger de changement de format ou de contenu. Surtout, elles fonctionnent avec la 4K, devenue standard mondial de fait.

Samsung conserve une vitrine 8K, plus pour des raisons d’image que de rentabilité. Mais cette ligne se replie sur des niches techniques, comme les moniteurs professionnels ou les configurations PC très haut de gamme, où les très hautes résolutions peuvent avoir un sens. Dans un salon, même équipé d’un écran géant, la densité de pixels reste imperceptible, sauf à s’asseoir à moins d’un mètre.

Au fond, la 8K aura été un mirage : séduisant en apparence, ambitieux dans le discours, mais sans réalité commerciale, sans contenu dédié, sans bénéfice tangible pour l’utilisateur. Un énième rêve technologique abandonné sur la route de l’innovation.



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