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À 76 ans, Bruce Springsteen agit sans détour. Quelques jours après la mort d’Alex Pretti, infirmier tué à Minneapolis par des agents fédéraux, il publie Streets of Minneapolis, une chanson écrite à chaud. Le texte nomme les responsables, mentionne les faits, ne passe rien sous silence. Il y dénonce l’ICE, qualifiée « d’armée privée du roi Trump », cite Stephen Miller et Kristi Noem. Deux jours plus tard, il la joue en public au First Avenue, devant une foule venue manifester. Pas d’apparition symbolique, mais une prise de parole directe, au milieu des siens.
Une confrontation ancrée dans le temps
Depuis 2016, Springsteen critique Trump sans ambiguïté. Il soutient Hillary Clinton, puis Joe Biden, ensuite Kamala Harris. Mais au-delà des campagnes, c’est une opposition plus profonde. Il estime que Trump dénature les fondements du pays. Il le dit sur scène, en interview, à travers des discours largement relayés. En mai 2025, lors de l’ouverture de sa tournée à Manchester, il décrit une administration corrompue, dénonce les compromissions avec des régimes autoritaires. Trump lui répond sur les réseaux, avec des attaques personnelles. L’échange est inégal, mais il met en évidence deux conceptions de l’Amérique. L’une, verticale, exclusive, axée sur la peur. L’autre, attachée à l’histoire ouvrière, aux solidarités concrètes, à une idée partagée du collectif.
Le lien direct entre parole et action
Springsteen reste dans la continuité de ses engagements. Il chante toujours les mêmes territoires, les mêmes colères, les mêmes silences. Dès Nebraska, il raconte les marges, les vies abîmées. Born in the U.S.A. est mal compris, souvent utilisé à contresens : derrière les refrains accrocheurs, le constat est amer. Aujourd’hui encore, l’intention ne change pas. Streets of Minneapolis s’inscrit dans la tradition des protest songs américaines, mais sans nostalgie.
Il reprend l’approche de Phil Ochs, celle qui refuse les détours, les métaphores inutiles. Les paroles sont nettes. Le ton, frontal. Il soutient financièrement un fonds créé après la mort de Renee Nicole Good. Il compare les méthodes de l’ICE à celles de la Gestapo. Il enchaîne les concerts avec le même discours. Le refrain de la chanson n’appelle pas à l’adhésion. Il rappelle les faits, invite à se souvenir.
Un engagement suivi, sans rupture
Au fil de sa tournée européenne, Springsteen continue. Il parle à Manchester, Lille, Marseille. Il évoque les convergences entre nationalisme économique et autoritarisme. Il propose un EP en accès libre, en marge des circuits habituels. Les concerts ne sont pas isolés des débats. Ils les prolongent. Il ne change ni de ton ni de public. Il dit ce qu’il pense, sans effet, sans posture. Il revient aussi sur ses fragilités, ses moments de repli, ses conflits familiaux. Il ne cherche pas à se mettre à distance. Il reste dans ce qu’il connaît, ce qu’il traverse. Il n’annonce rien. Il continue.


