Fraude au faux RIB : un commerçant perd 7 000 €

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En septembre 2025, un commerçant parisien effectue un virement de 7 054,81 euros pour régler le loyer trimestriel de sa boutique. Mais la facture qu’il a reçue était falsifiée, et les coordonnées bancaires appartenaient à un escroc. L’argent a disparu. Depuis, malgré les signalements à sa banque, à celle du fraudeur et à son gestionnaire immobilier, aucune réponse concrète ne lui a été apportée.

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Une fraude crédible, rendue possible par un contexte de confiance

Le gérant du commerce, installé rue du Faubourg Poissonnière à Paris, règle chaque trimestre son loyer par virement bancaire, sur présentation d’une facture envoyée par le gestionnaire de l’immeuble. Le 9 septembre 2025, il reçoit un courriel imitant ceux qu’il reçoit habituellement. L’adresse utilisée — gestionimmobiliere0779@gmail.com — est très proche de celle de son interlocuteur réel. La facture en pièce jointe reprend la présentation habituelle et mentionne un nouveau RIB au nom d’Immobilière Gestion.
Le montant indiqué est celui du loyer habituel, soit 8 337 euros. Le commerçant ne règle pas cette facture : pour ce trimestre précis, deux semaines de loyer lui ont été déduites en compensation des nuisances liées aux travaux en cours dans l’immeuble. Il attend donc une facture corrigée.

Le 12 septembre, il reçoit une nouvelle facture émise par son gestionnaire réel, pour un montant de 7 054,81 euros, intégrant cette franchise. Le 15 septembre, il effectue le virement correspondant.
L’interface de sa banque, la Société Générale, affiche un bénéficiaire conforme : « Immobilière Gestion ». À ce stade, rien ne permet de soupçonner une anomalie.

Ce point est déterminant. En France, aucun contrôle automatique n’est effectué entre le nom du bénéficiaire affiché et l’IBAN saisi. Un compte frauduleux peut ainsi apparaître sous une dénomination parfaitement crédible, une faille largement exploitée dans les escroqueries au faux RIB.

Une découverte tardive de la fraude

Aucune relance n’intervient dans les semaines qui suivent. Ce n’est que le 8 décembre 2025 que le gestionnaire adresse une facture mentionnant un loyer impayé. Le commerçant répond immédiatement pour signaler une incohérence, sans obtenir de réponse.

Début janvier 2026, il contacte directement le gestionnaire immobilier, qui lui indique que le loyer du quatrième trimestre n’a jamais été encaissé. La Société Générale confirme de son côté que le virement du 15 septembre a bien été exécuté.

Le détail de l’opération est transmis au gestionnaire. Le 15 janvier, celui-ci répond que le RIB utilisé ne correspond à aucun compte de la société. L’escroquerie est alors formellement identifiée.

Des réponses bancaires limitées

Le commerçant alerte immédiatement sa banque. Elle lui demande un exposé écrit des faits, puis indique qu’il est probablement trop tard pour récupérer les fonds. Elle évoque la possibilité de solliciter la banque du bénéficiaire afin de demander un remboursement à titre gracieux, sans garantie de résultat. Aucun retour ultérieur ne lui est communiqué.

Il contacte également Fortuneo, identifiée comme banque hébergeant le compte fraudeur, via l’adresse officielle de signalement des tentatives de phishing. La réponse reçue est automatique : l’établissement indique ne pas pouvoir traiter la demande et renvoie vers la banque émettrice.

Les responsabilités entre établissements sont difficiles à établir, les comptes pouvant être domiciliés techniquement chez des entités tierces, sans transparence pour les victimes.

Un gestionnaire immobilier silencieux

Le gestionnaire immobilier est informé de la fraude. Le commerçant lui demande si d’autres locataires ont pu être ciblés et sollicite une solution compte tenu du caractère frauduleux du paiement. Il ne reçoit aucune réponse.

La relation avec le gestionnaire était déjà dégradée : l’immeuble est en travaux depuis plusieurs années, largement inoccupé, et les échanges avec l’administration du bien sont rares. Aucun accompagnement n’est proposé à la suite de la fraude.

Une plainte et une mise en demeure restées sans effet

Le 23 janvier 2026, une plainte est déposée au commissariat du 9e arrondissement de Paris pour escroquerie par usurpation d’identité. Le dossier fait état d’un faux courriel, d’une facture falsifiée et d’un virement de 7 054,81 euros vers un compte frauduleux.

Une mise en demeure est également adressée à la banque ayant hébergé le compte bénéficiaire, par le conseil du commerçant. Le courrier rappelle les obligations légales de vigilance des établissements financiers, notamment en matière de contrôle des opérations suspectes et de déclaration de soupçon. Il demande des précisions sur les vérifications effectuées lors de l’ouverture du compte, sur l’existence éventuelle de fonds encore disponibles et sur la position de la banque quant à une indemnisation.

À ce jour, aucune réponse n’a été apportée.

Un cas individuel révélateur d’un dysfonctionnement plus large

Les escroqueries au faux RIB reposent sur un mécanisme simple : un courriel crédible, un document bien imité et un virement classique. Le nom affiché sur le compte suffit à instaurer la confiance. En cas de fraude, chaque acteur — banque émettrice, banque réceptrice, intermédiaire — décline sa responsabilité.

Selon la Banque de France, ce type d’escroquerie est en forte augmentation, notamment chez les indépendants et les petites entreprises. Les dispositifs de prévention restent limités et la charge de la réaction repose presque exclusivement sur les victimes.

Dans ce dossier, une facture, un mail et un RIB ont suffi à détourner 7 054,81 euros. Plusieurs mois ont été nécessaires pour identifier la fraude. Et à ce stade, aucune institution n’a reconnu de manquement ni proposé de solution.



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