Combien gagne Pierre Niney ?

Du cinéma d’auteur à Amazon Prime, Pierre Niney multiplie les sources de revenus. Focus sur sa fortune.

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En juin 2024, Le Comte de Monte-Cristo fracasse les pronostics. Après un mois en salle, le film dépasse les cinq millions d’entrées. À la fin de l’été, il atteint 9,4 millions de spectateurs en France — un score qui n’a été atteint qu’une poignée de fois ces dernières années par un film français. Pierre Niney, à 35 ans, s’est imposé comme la figure incontestable du cinéma commercial de sa génération.

C’est ce succès qui rend la question de ses revenus particulièrement pertinente aujourd’hui. Non pas comme simple curiosité, mais comme baromètre : comment un acteur français construit-il une carrière économiquement pérenne dans un marché structurellement contraint ? Les réponses sont moins spectaculaires que ce qu’Internet en fait croire — et plus instructives.

Données · Convention collective

Le mécanisme d’intéressement

Le Comte de Monte-Cristo 2024 · Film français
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Estimation circulée mais non vérifiée par Capital · Tous les paliers ont été franchis

Le plafond invisible : le CNC et la réglementation des cachets

Avant d'aborder un seul chiffre, il faut comprendre le cadre dans lequel tous ces chiffres existent. Depuis 2014, le Centre national du cinéma (CNC) a imposé un plafonnement des rémunérations pour l'ensemble des films bénéficiant d'aides publiques — soit la grande majorité de la production française.

La règle est claire : pour un film dont le budget dépasse 10 millions d'euros, le cachet d'un acteur ne peut franchir 990 000 euros. En dessous de ce seuil, la limite est fixée à 5 % du devis total. Cette réglementation fut une réaction directe aux scandales de 2012, après que le producteur Vincent Maraval a révélé que certains acteurs percevaient des sommes considérables — Dany Boon, notamment, aurait touché 3,5 millions d'euros pour Le Plan Parfait.

Le conséquence est structurelle : pour les acteurs au sommet du marché français, le cachet de tournage n'est plus le principal levier de revenus. Il faut chercher ailleurs.

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Ce que les sources vérifiées nous disent

Le magazine Capital reste la référence en matière de revenus des acteurs français. Ses enquêtes s'appuient sur les contrats déposés au CNC, les déclarations des producteurs et des agents artistiques — une méthodologie qui ne repose pas sur la rumeur.

En mars 2017, Capital a publié un classement détaillé des rémunérations de l'année 2016. Pierre Niney y apparaissait à la 10ème position, avec un cachet estimé à 800 000 euros. À 27 ans, il se plaçait donc parmi l'élite du cinéma français — mais à une distance considérable des deux premières positions : Marion Cotillard dominait le classement avec 4 millions d'euros, dopée par ses participations à deux films hollywoodiens (Alliés et Assassin's Creed), suivie d'Omar Sy à 3,4 millions d'euros pour Demain tout commence.

Ces chiffres témoignent d'une réalité structurelle : un acteur français ne peut atteindre les sommes des plus grands noms qu'en s'exposant au marché international. Le plafond du CNC, combiné à une production nationale qui peine à générer des revenus mondiaux massifs, crée un toit naturel.

Ce qui a changé entre 2016 et aujourd'hui, c'est le marché lui-même. En 2024, la rémunération moyenne d'un rôle principal français s'établissait à 225 000 euros, contre 210 000 euros l'année précédente — une hausse de 7 %. La médiane a progressé encore plus vite, passant de 87 000 euros à 105 000 euros, soit un bond de 25 %. Début 2025, cette tendance s'est confirmée avec une rémunération moyenne maintenue à 225 000 euros. Les cachets les plus élevés concernaient les comédies à succès : le casting de God Save the Tuche a perçu 2,225 millions d'euros pour un film ayant rassemblé 2,992 millions de spectateurs, tandis que Un Ours dans la Jura a distribué 1,35 million d'euros pour 1,482 million d'entrées.

Le Comte de Monte-Cristo : le basculement

C'est ici que le dossier devient vraiment intéressant. Le Comte de Monte-Cristo n'est pas seulement un succès commercial pour Pierre Niney — c'est un succès structurel qui redéfinit sa position de négociation pour les années à venir.

Le film, réalisé par Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, a coûté entre 42,9 et 43 millions d'euros à produire. Il a attiré 9,34 à 9,4 millions d'entrées en France, plus de 13,2 millions de spectateurs au niveau mondial. À ce niveau de fréquentation, le mécanisme d'intéressement aux recettes entre pleinement en jeu.

Ce système, prévu par la convention collective de la production cinématographique, permet aux acteurs de percevoir des bonus lorsque leur film franchit des paliers de fréquentation définis à l'avance dans le contrat. Le fonctionnement est progressif : un premier seuil déclenche un premier bonus, le suivant en déclenche un autre. Bérénice Bejo a ainsi touché 50 000 euros supplémentaires pour The Artist dès que le film a dépassé 700 000 entrées, puis un nouveau bonus au-delà du million. Franck Dubosc, pour sa part, a bénéficié du même mécanisme sur Camping 3 : les primes aux paliers de 2 et 3 millions de spectateurs lui ont rapporté 500 000 euros supplémentaires, portant sa rémunération totale à 1,8 million d'euros.

Pour Monte-Cristo, avec presque 9,5 millions d'entrées, les paliers de participation ont nécessairement été franchis de façon significative. Un chiffre de 2,5 millions d'euros a circulé sur plusieurs sites en lien avec les revenus de Pierre Niney pour ce film — mais cette information n'a pas été confirmée par Capital ni par aucune source de même niveau. Il s'agit d'une estimation qu'il est préférable de traiter comme un ordre de grandeur plausible plutôt qu'comme un fait établi.

Ce qui ne fait, en revanche, pas de doute : un film à 9,4 millions d'entrées transforme fondamentalement le pouvoir de négociation de son acteur principal. Les prochains projets de Niney seront appréciés à cette lumière.

Les plateformes : un revenu complémentaire qui monte

Le cinéma en salle n'est plus le seul terrain de revenus significatifs. Les plateformes de streaming offrent désormais des cachets qui rivalisent — parfois sans se soumettre au plafonnement du CNC.

Pour la saison 3 de LOL : Qui Rit, Sort ! sur Amazon Prime Video, Pierre Niney a perçu 200 000 euros. Le chiffre est révélateur quand on considère le volume de tournage en jeu : à peine six heures. Le barème de l'émission illustre la hiérarchie du marché : Philippe Lacheau, animateur et producteur, a empoché 1 million d'euros ; Gad Elmaleh 250 000 euros ; Jonathan Cohen le même montant que Niney. À l'autre extrémité, Laura Felpin et Paul Mirabel ont reçu 50 000 euros chacun.

Pour Fiasco, la série qu'il a créée avec Igor Gotesman et diffusée sur Netflix en avril 2024, Niney occupe une position plus complexe : acteur principal, créateur, scénariste et producteur. Aucune information officielle sur sa rémunération n'a été communiquée. Les exemples disponibles donnent cependant un ordre de grandeur : Gérard Depardieu aurait négocié 1 million d'euros pour la première saison de Marseille sur Netflix, tandis que Jean Dujardin et Monica Bellucci ont travaillé sur Dix pour Cent à 10 000 euros par jour de tournage.

Au-delà du cinéma

En 2024, Pierre Niney est devenu ambassadeur de Lacoste, pour une campagne autour du parfum Lacoste Original. Le partenariat a été récompensé au Grand Prix Stratégies 2024. Le montant du contrat n'a jamais été rendu public — les chiffres de "3 millions d'euros" qui circulent sur Internet sont des exagérations sans aucun fondement factuel, parfois présentées comme de l'humour sur des sites satiriques.

Les partenariats de communication restent, pour les acteurs français de son niveau, une source de revenus significative mais ponctuelle. Ils complètent le revenu cinématographique sans le supplanter.

Fortunes réelles et sites fantaisistes

Il circule sur Internet une multitude de chiffres concernant la fortune de Pierre Niney : 46 millions, 145 millions d'euros. Ces estimations proviennent de sites comme MediaMass ou du concept fictif "People With Money" — des plateformes satiriques qui génèrent des chiffres au hasard pour chaque personnalité publique. Aucun de ces chiffres ne mérite consideration.

Les estimations les plus crédibles, fondées sur les données de Capital et la trajectoire documentée de sa carrière, situent sa fortune entre 5 et 6,5 millions d'euros. C'est un patrimoine conséquent, construit sur une dizaine d'années de carrière au sommet — mais très loin des fortunes colossales inventées par Internet.

Où se situe Niney, et où va-t-il ?

À 36 ans, Pierre Niney se trouve à un tournant de sa carrière. Les acteurs français atteignent généralement leur pic de rémunération entre 35 et 50 ans, phase où la notoriété installée permet de négocier des cachets élevés tout en conservant une forte attractivité commerciale.
Deux mouvements sont à observer. Le premier : l'impact de Monte-Cristo sur sa capacité de négociation. Un film à 9,4 millions d'entrées n'est pas seulement un chiffre — c'est une valeur boursière nouvelle, qui sera invoquée dans chaque discussion contractuelle à venir.

Le second : son passage au statut de producteur. Pour Gourou, sorti le 28 janvier 2026 et réalisé par Yann Gozlan, Niney est co-producteur pour la première fois. L'idée originale du film est la sienne. Cette double casquette acteur-producteur permet de capter une part plus importante des revenus : non plus seulement un cachet d'interprétation, mais une participation aux bénéfices en tant que producteur associé.
C'est le même modèle qu'ont utilisé historiquement les acteurs qui ont maximisé leurs revenus — celui qui consiste à ne plus être seulement devant la caméra, mais à contrôler aussi ce qui se passe derrière.



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