Où vit-on le mieux en Europe ? Le grand comparatif 2026

Où peut-on mieux vivre en Europe avec moins d’argent ? Nos experts ont comparé salaires, dépenses, et qualité de vie à travers 10 pays.

Afficher le sommaire Masquer le sommaire

La France est-elle encore un pays où il fait bon vivre ? En 2026, les données sont sans appel : l’Espagne, la Pologne et la République tchèque offrent de meilleures perspectives pour les classes moyennes.

Carte Interactive du Niveau de Vie en Europe 2026

Niveau de vie en Europe 2026

Cliquez sur un pays pour découvrir les détails

Excellent
Très bon
Bon
Moyen
Sous la moyenne
🇪🇸
Espagne
1er
2 416 € Salaire
2,9% Croissance
🇨🇿
République tchèque
2e
1 850 € Salaire
2,2% Croissance
🇳🇱
Pays-Bas
3e
3 875 € Salaire
1,8% Croissance
🇩🇰
Danemark
Top 5
3 645 € Salaire
1,9% Croissance
🇸🇪
Suède
Top 5
3 450 € Salaire
2,5% Croissance
🇳🇴
Norvège
Hors UE
4 800 € Salaire
1,6% Croissance
🇫🇮
Finlande
Nordique
3 280 € Salaire
1,3% Croissance
🇵🇱
Pologne
Rattrapage
2 100 € Salaire
3,6% Croissance
🇱🇺
Luxembourg
Champion
5 200 € Salaire
1,7% Croissance
🇧🇪
Belgique
Égalitaire
3 100 € Salaire
1,3% Croissance
🇦🇹
Autriche
Alpin
3 350 € Salaire
1,4% Croissance
🇨🇭
Suisse
Hors UE
6 500 € Salaire
1,5% Croissance
🇫🇷
France
En recul
2 800 € Salaire
1,0% Croissance
🇩🇪
Allemagne
Récession
4 200 € Salaire
1,0% Croissance
🇮🇹
Italie
Contrasté
2 650 € Salaire
0,7% Croissance
🇬🇧
Royaume-Uni
Brexit
3 200 € Salaire
1,2% Croissance
🇮🇪
Irlande
Hub Tech
3 850 € Salaire
2,8% Croissance
🇵🇹
Portugal
Attractif
2 400 € Salaire
1,8% Croissance
🇸🇮
Slovénie
Performant
2 050 € Salaire
2,0% Croissance
🇭🇷
Croatie
Zone Euro
1 680 € Salaire
2,6% Croissance
🇸🇰
Slovaquie
Convergence
1 750 € Salaire
2,3% Croissance
🇭🇺
Hongrie
Croissance
1 650 € Salaire
2,8% Croissance
🇷🇴
Roumanie
Potentiel
1 580 € Salaire
3,1% Croissance
🇧🇬
Bulgarie
Bas coût
1 420 € Salaire
2,2% Croissance
🇬🇷
Grèce
Sortie crise
1 850 € Salaire
2,1% Croissance
🇪🇪
Estonie
E-Gov
1 950 € Salaire
2,4% Croissance
🇱🇻
Lettonie
Défis
1 720 € Salaire
1,9% Croissance
🇱🇹
Lituanie
Balte
1 880 € Salaire
2,3% Croissance

Vivre à Madrid avec 2 500 euros par mois procure un meilleur niveau de vie qu’à Paris avec 3 000 euros. Ce paradoxe résume le basculement en cours dans la hiérarchie européenne du bien-être économique. Pour la première fois, l’Espagne se hisse en tête du classement 2026 des meilleurs pays où vivre en Europe, devant la République tchèque et les Pays-Bas.

Le constat surprend. Pendant des décennies, les pays scandinaves ont incarné l’eldorado européen : salaires généreux, protection sociale exemplaire, services publics irréprochables. Mais en 2026, cette suprématie vacille. L’Espagne affiche un score de qualité de vie de 184 points combiné à un coût de la vie de seulement 44, soit 24% inférieur à la France. Les Pays-Bas, malgré leurs 211 points de qualité, subissent un coût de la vie de 61, qui grignote leur avantage salarial.

Cette inversion s’explique par une conjonction inédite. L’Espagne enchaîne une croissance de 2,9% en 2026, la plus forte de la zone euro, portée par une consommation dynamique et un tourisme florissant. Parallèlement, le pouvoir d’achat espagnol progresse alors qu’il recule de 0,4% en France. Le chômage, bien qu’encore élevé à 10,45%, ne concerne plus qu’une frange de la population active : le pays a créé 400 000 emplois en 2025 et compte désormais un record de 22,38 millions de personnes au travail.

Une Europe à plusieurs vitesses

Pour les travailleurs qualifiés, les retraités et les professionnels du numérique, l’équation devient limpide. Un salaire espagnol moyen de 2 416 euros offre un pouvoir d’achat supérieur à un salaire français de 2 800 euros, compte tenu du différentiel de prix. Un loyer en centre-ville à Valence ou Séville tourne autour de 750 euros pour un deux-pièces, contre 1 200 euros à Lyon ou Bordeaux. L’addition au restaurant ? 35 euros pour deux personnes à Madrid, 65 euros à Copenhague.

Cette redistribution des cartes traduit une Europe à plusieurs vitesses qui accélère sa mutation. Les grandes économies historiques – France, Allemagne, Royaume-Uni – peinent à retrouver leur souffle. L’Allemagne sort péniblement de deux années de récession avec une croissance rachitique de 1%. La France voit son chômage grimper à 8% et son pouvoir d’achat reculer pour la première fois depuis la crise sanitaire. Le Royaume-Uni s’enlise dans les conséquences du Brexit, avec un taux de chômage à 5%, son plus haut niveau depuis 2021.

Pendant ce temps, l’Est européen poursuit son rattrapage spectaculaire. La Pologne affiche 3,6% de croissance et un PIB par habitant qui atteint désormais 80% de celui de la France en parité de pouvoir d’achat. Le salaire moyen polonais bondit de 6,4% par an pour atteindre 2 100 euros bruts, dans un pays où le coût de la vie reste inférieur de 30% à la moyenne française. Le chômage ? 3,2%, proche du plein emploi structurel.

Le podium 2026 : trois profils, trois stratégies

Les Pays-Bas, le Danemark et la Suède incarnent le modèle de l’excellence absolue. Amsterdam affiche un salaire moyen de 3 875 euros mensuels, en progression constante de 4 à 5% par an. Copenhague dépasse les 3 645 euros, soit 50% de plus que Paris. Stockholm se maintient à 3 450 euros. Ces chiffres impressionnent, mais ils s’accompagnent d’un coût de la vie parmi les plus élevés d’Europe. L’indice néerlandais grimpe à 73,41, le danois à 78,91. Un déjeuner simple à Copenhague coûte 18 euros, un abonnement Internet 45 euros par mois.

Ces pays compensent largement par leur modèle social. Le Danemark affiche un taux de chômage de 2,6%, la Suède maintient une inflation maîtrisée retournant vers 2% couplée à des hausses salariales réelles. Les Pays-Bas combinent plein emploi et qualité de vie exceptionnelle, malgré une flambée immobilière de 10,3% en 2024. Leur système de santé, financé par des assurances obligatoires mixant public et privé, garantit qualité et accessibilité. L’éducation reste gratuite jusqu’à l’université, et les services de garde d’enfants, bien qu’onéreux, demeurent abordables grâce aux salaires élevés.

L’Espagne et la République tchèque misent sur l’équilibre coût-qualité. Madrid et Barcelone ne rivalisent pas avec les salaires nordiques, mais elles offrent une qualité de vie quotidienne supérieure pour un budget équivalent. Le système de santé espagnol, public et universel, fonctionne sans liste d’attente excessive. Les universités publiques restent accessibles financièrement. Le climat permet des économies substantielles sur le chauffage et l’énergie. La République tchèque applique la même logique : Prague combine un coût de la vie de 44 avec une qualité de vie de 184, talonnant l’Espagne au classement général.

Cette stratégie séduit une nouvelle génération de professionnels. Les travailleurs du numérique, libérés de la contrainte géographique, arbitrent entre des salaires élevés amputés par des loyers prohibitifs et des revenus modestes mais un pouvoir d’achat préservé. Un développeur informatique gagne 3 500 euros à Amsterdam mais dépense 1 400 euros de loyer. Il touche 2 200 euros à Valence mais ne paie que 750 euros. Au final, il lui reste davantage pour vivre et épargner.

La Pologne, l’Estonie et la Croatie représentent la convergence en marche. Varsovie rattrape inexorablement Budapest, Prague et même certaines métropoles occidentales. Le salaire minimum polonais, fixé à 1 123 euros depuis janvier 2026, a plus que triplé depuis 2010. Le salaire moyen atteint 2 100 euros bruts au troisième trimestre 2025. Ces progressions s’accompagnent d’une inflation maîtrisée à 2,5% en novembre 2025, après un pic à 18,4% début 2023.

La qualité de vie suit le mouvement. Cracovie et Gdansk offrent des centres-villes rénovés, des transports modernes, une scène culturelle dynamique. Les systèmes de santé et d’éducation s’améliorent rapidement, même s’ils n’égalent pas encore les standards scandinaves. Pour une famille polonaise de classe moyenne, le niveau de vie actuel dépasse celui qu’elle aurait connu en France ou en Italie il y a quinze ans.

Les trois facteurs qui rebattent les cartes

Le pouvoir d’achat réel écrase les salaires bruts

Un ingénieur allemand touche 4 200 euros bruts à Munich. Son homologue portugais perçoit 2 400 euros à Lisbonne. Sur le papier, l’Allemand gagne 75% de plus. Mais il paie 1 500 euros de loyer pour un trois-pièces en périphérie, contre 950 euros au Portugais en centre-ville. Il débourse 45 euros pour un plein de courses hebdomadaire, contre 32 euros. Ses frais de crèche atteignent 450 euros mensuels, contre 280 euros. Une fois toutes les dépenses contraintes réglées, l’écart de niveau de vie ne dépasse pas 20%.

Cette arithmétique redistribue complètement la hiérarchie européenne. La France, avec un PIB par habitant représentant 99% de la moyenne européenne, affiche un coût de la vie quasi identique (indice 67,72). Résultat : le pouvoir d’achat français stagne, voire recule. L’Espagne, avec un PIB à 92% de la moyenne et un coût de la vie à 51,61, distance économiquement Paris ou Berlin pour les dépenses courantes.

Les chiffres de 2026 confirment cette bascule. Le revenu disponible brut des ménages espagnols a bondi de 10% durant le premier semestre 2024. Leurs dépenses ont progressé de 2,4% en moyenne, et leur taux d’épargne atteint 20,44% au deuxième trimestre 2025 contre 5,10% au premier trimestre. Cette capacité à épargner tout en consommant témoigne d’une aisance retrouvée, impensable il y a dix ans quand le pays sortait difficilement de la crise des dettes souveraines.

À l’inverse, la zone euro enregistre un taux d’épargne record de 15,4% au deuxième trimestre 2025, en hausse de 2,4 points par rapport au niveau pré-Covid. Cette épargne de précaution traduit une anxiété persistante. Les ménages allemands, français ou italiens mettent de l’argent de côté par crainte de l’avenir plutôt que par abondance. Ils thésaurisent au lieu de consommer, freinant la croissance économique.

L’emploi : sécurité contre précarité

Le marché du travail européen présente des fractures béantes. Le Danemark affiche un taux de chômage de 2,6%, la Pologne 3,2%, l’Allemagne 3,6%. Ces pays frôlent le plein emploi, et les entreprises peinent à recruter. À l’opposé, l’Espagne conserve un taux de 10,45% malgré la création massive d’emplois. Le chômage des jeunes espagnols atteint 25,4%, révélant un dysfonctionnement structurel du marché du travail.

Cette dichotomie pèse lourdement sur le sentiment de sécurité économique. Un Danois ou un Polonais change d’emploi en quelques semaines s’il le souhaite. Un Espagnol ou un Français de moins de 30 ans accumule les CDD précaires avant d’accéder à un poste stable. La France anticipe d’ailleurs une dégradation significative, avec un taux de chômage prévu à 8% en 2026 et 8,2% en 2027, dans un contexte d’incertitude politique et budgétaire.

Mais le taux de chômage seul ne suffit pas. L’Italie présente un paradoxe révélateur : le chômage tombe à 5,7% en novembre 2025, son niveau le plus bas depuis vingt ans, mais le taux d’inactivité grimpe à 33,5%. Une partie de la population renonce purement et simplement à chercher du travail, découragée par des décennies de précarité. Ces inactifs sortent des statistiques mais incarnent un échec social autrement plus grave que le chômage déclaré.

La qualité de l’emploi compte autant que la quantité. L’Espagne crée massivement des postes dans le tourisme et les services à faible valeur ajoutée. Sa productivité par heure travaillée reste 7% inférieure à la moyenne de l’UE. Les salaires progressent lentement dans ces secteurs, et les contrats précaires dominent. La Pologne maintient 3,1 millions de salariés au salaire minimum, soit 55% du salaire moyen brut national. Ces travailleurs pauvres bénéficient du plein emploi mais pas d’un niveau de vie confortable.

Le logement : la crise qui écrase tout

Les prix de l’immobilier ont grimpé de 58% dans l’Union européenne au cours de la dernière décennie. Les loyers ont progressé de plus de 20%. Cette explosion transforme le logement en première source d’inégalité et de précarité. À Paris, les dépenses de logement représentent 45% du budget des ménages, à Berlin 40%, contre 34-35% à Luxembourg ou Vienne.

L’Espagne subit une hausse de 72% en dix ans, avec des augmentations spectaculaires dans les métropoles. À Barcelone, le loyer moyen atteint 23,5 euros par mètre carré, à Madrid 21,2 euros. Un studio en centre-ville se loue autour de 879 euros, un deux-pièces dépasse aisément 1 200 euros. Ces montants restent inférieurs à Paris ou Amsterdam, mais ils grimpent plus vite et pèsent de plus en plus lourd dans les budgets espagnols.

Les Pays-Bas enregistrent la progression la plus forte en 2024 avec +10,3%, portant le prix moyen au-dessus des niveaux allemands et français. À Amsterdam, un appartement d’une chambre en centre-ville coûte entre 1 600 et 1 900 euros mensuels. À Copenhague, un studio se loue entre 1 315 et 1 362 euros. Stockholm demande des montants similaires. Ces prix évincent les classes moyennes des centres-villes et obligent à des trajets domicile-travail interminables.

La Pologne n’échappe pas à cette spirale. À Varsovie, un appartement d’une chambre en centre-ville coûte entre 700 et 1 050 euros par mois, un trois-pièces entre 1 150 et 1 200 euros. À Cracovie, les loyers oscillent entre 2 500 et 3 700 zlotys (550 à 820 euros) pour un logement d’une chambre dans le centre. Ces tarifs demeurent inférieurs aux capitales occidentales, mais ils progressent deux fois plus vite que les salaires.

L’Union européenne a dévoilé en décembre 2025 son premier plan pour le logement abordable, mobilisant 43 milliards d’euros déjà engagés et 10 milliards supplémentaires sur deux ans. L’objectif : construire 650 000 logements supplémentaires par an au cours des dix prochaines années et réguler les locations de courte durée qui, dans certaines régions, représentent un logement disponible sur cinq. Mais ces mesures mettront des années avant de produire leurs effets.

Les postes qui creusent les écarts

La santé, l’éducation et la fiscalité déterminent le niveau de vie net autant que le salaire brut. Un Danois paie des impôts représentant 45% de son revenu, mais il bénéficie de soins gratuits, d’une éducation sans frais jusqu’au doctorat, de crèches subventionnées et de prestations familiales généreuses. Un Américain paie 25% d’impôts mais débourse 15 000 dollars par an pour assurer sa famille et 60 000 dollars pour envoyer un enfant à l’université. Au final, le Danois vit mieux avec un revenu net identique.

En Europe, tous les pays garantissent un accès universel aux soins, mais les modalités varient considérablement. La France maintient son système solidaire avec un accès à la Protection Universelle Maladie après trois mois de résidence. L’État régule les tarifs des consultations et des médicaments. Une consultation de généraliste coûte 26,50 euros, remboursée à 70%. Le reste à charge, couvert par les mutuelles, demeure modique.

Le Luxembourg se distingue par des dépenses de santé élevées par habitant et une couverture universelle. En 2023, 85% des dépenses de santé courantes étaient financées par des fonds publics, avec une part restant à la charge des ménages parmi les plus faibles d’Europe. Seuls 1,9% de la population a eu des besoins médicaux non satisfaits en raison du coût, des délais ou de la distance.

Le Royaume-Uni illustre les limites du modèle universel sous-financé. Le NHS (National Health Service) maintient l’accès gratuit aux soins, mais les délais d’attente explosent. Obtenir un rendez-vous chez un spécialiste demande plusieurs mois, parfois un an. Les urgences débordent. Les Britanniques qui en ont les moyens se tournent vers le privé, creusant une fracture sanitaire entre classes sociales.

L’éducation reproduit ces disparités. Les pays nordiques offrent la gratuité complète jusqu’au doctorat, financée par la fiscalité. Une crèche privée en Suède coûte 140 euros mensuels, une école primaire privée 3 876 euros par an, des montants accessibles grâce aux salaires élevés. La France maintient des frais modiques dans l’enseignement supérieur public. Le Royaume-Uni impose des frais universitaires élevés, créant une dette étudiante qui pèse sur les jeunes diplômés pendant des décennies.

Les gagnants et perdants de 2026

L’Espagne domine le palmarès des gagnants. Le pays affiche une croissance entre 2,1 et 2,9%, la plus élevée de la zone euro, portée par une consommation privée représentant 55% du PIB. Le tourisme bat des records, l’industrie automobile se modernise, les services financiers prospèrent. L’inflation, contenue autour de 2%, permet des gains de pouvoir d’achat réels. Les créations d’emplois se poursuivent au rythme de 300 000 à 400 000 par an.

Cette dynamique attire massivement. Les retraités français, belges ou allemands s’installent sur la Costa del Sol ou à Valencia, bénéficiant d’un pouvoir d’achat supérieur de 20 à 30% à celui de leur pays d’origine. Les travailleurs du numérique arbitrent en faveur de Madrid ou Barcelone, combinant salaires internationaux et coût de la vie méditerranéen. Les entrepreneurs profitent d’un marché intérieur en expansion et d’une fiscalité plus clémente qu’en France ou en Italie.

La Pologne poursuit son rattrapage spectaculaire. Le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat atteint 80% de celui de la France, contre 50% il y a vingt ans. Le salaire minimum a plus que triplé depuis 2010. L’inflation, maîtrisée à 2,5% après un pic à 18,4%, permet une progression du pouvoir d’achat. Le chômage à 3,2% garantit une sécurité de l’emploi inconnue en France ou en Espagne. Varsovie rivalise désormais avec Vienne ou Prague en termes d’attractivité urbaine.


La Suède maintient sa résilience malgré les tensions. Le pays prévoit une croissance de 2 à 3%, tirée par la consommation des ménages et des salaires réels en hausse. L’inflation retourne vers 2%, couplée à des hausses salariales nominales de 3 à 4%. Le modèle social tient, même si des fissures apparaissent dans certains quartiers touchés par la violence urbaine.


La France figure parmi les perdants. Le pouvoir d’achat du niveau de vie devrait baisser de 0,4% en 2026, conséquence des mesures d’austérité budgétaire et du ralentissement de la croissance des revenus. Le chômage grimpe à 8% et devrait atteindre 8,2% en 2027. La croissance stagne autour de 1%, pénalisée par l’incertitude politique. Le PIB par habitant est passé sous la moyenne européenne pour la troisième année consécutive, à 99% de la moyenne contre 105% en 2019.


Cette dégradation alimente un sentiment de déclassement. Les classes moyennes voient leur niveau de vie stagner pendant que les prix de l’immobilier et de l’alimentation continuent de grimper. Les services publics se détériorent faute de financement. La fracture territoriale entre métropoles dynamiques et zones rurales désindustrialisées s’aggrave.

L’Allemagne sort difficilement de deux années de récession. La croissance ne devrait atteindre que 1% en 2026, en révision à la baisse par rapport aux 1,3% anticipés à l’automne. Le pays souffre de la faiblesse de la demande extérieure, notamment chinoise, qui pénalise son industrie automobile et chimique. Les centaines de milliards investis dans la défense et les infrastructures ne produiront leurs effets qu’à moyen terme. Le chômage, bien que contenu à 3,6%, atteint son plus haut niveau depuis 2014.

Le Royaume-Uni s’enlise dans les conséquences du Brexit. Le chômage grimpe à 5% en octobre 2025, son plus haut niveau depuis 2021, et devrait atteindre 5,5% en 2026. Les salaires réels ne progressent que de 1,1%, la croissance la plus faible des grandes économies européennes. La croissance ralentit à 1,1-1,4% en 2026 contre 1,5% en 2025. Les pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs coexistent avec une montée du chômage, symptôme d’un marché du travail déréglé.

L’Italie présente un tableau contrasté. Le taux de chômage tombe à 5,7%, son niveau le plus bas depuis vingt ans, mais la croissance reste anémique entre 0,6 et 0,8%. La consommation et l’investissement soutiennent l’activité, mais les exportations faiblissent. La productivité stagne, particulièrement dans l’industrie. Le pays maintient toutefois une résilience remarquable, avec une inflation modérée et un taux d’épargne élevé de 9,5% qui préserve le pouvoir d’achat.

Le grand basculement européen

L’Europe de 2026 ne ressemble plus à celle des années 2000. La hiérarchie Nord-Sud s’estompe au profit d’une géographie plus complexe. Madrid surclasse désormais Paris en attractivité pour une partie croissante de la population. Varsovie rattrape Milan. Prague rivalise avec Bruxelles. Cette redistribution bouleverse les migrations intra-européennes et redessine la carte du développement.

Le PIB par habitant ne dit plus tout. Un Polonais avec 80% du PIB français mais 30% de coût de la vie en moins vit objectivement mieux qu’un Français moyen. Un Espagnol gagne moins qu’un Néerlandais mais profite d’un climat clément qui réduit ses factures d’énergie, d’une alimentation méditerranéenne abordable et d’une qualité de vie quotidienne supérieure.

Les inégalités internes comptent autant que les moyennes nationales. L’indice de Gini place la Belgique (0,248) et la Pologne (0,261) parmi les pays les plus égalitaires d’Europe, devant le Danemark (0,268) et la Suède (0,286). La France (0,298) se situe dans la moyenne, tandis que le Royaume-Uni (0,354) et l’Italie (0,330) affichent des inégalités prononcées. Au Danemark, les transferts sociaux réduisent l’écart entre les déciles extrêmes de 41 à 20 points de revenu national. Cette redistribution explique en partie le maintien d’une cohésion sociale forte malgré la mondialisation.

Le taux de pauvreté global dans l’UE s’établit à 17,4%, soit près d’une personne sur cinq en graves difficultés. Les écarts restent considérables : de 8,6% en République tchèque à 23,4% en Lettonie. Ces chiffres masquent des réalités hétérogènes. La pauvreté monétaire à Prague ou Varsovie s’accompagne souvent d’un accès au logement et aux services de base. La précarité à Londres ou Paris se double d’une exclusion sociale et territoriale plus marquée.

L’inflation, cauchemar de 2022-2023, reflue enfin. La zone euro anticipe une inflation sous la cible des 2% en 2026, avec des prévisions de la BCE à 1,9%. La France devrait afficher 1,3%, l’Espagne 2%, la Pologne 2,8%. Le Danemark ne dépassera pas 1,1%. Cette désinflation généralisée, combinée à des hausses salariales nominales encore significatives, permet des gains de pouvoir d’achat dans la majorité des pays, à l’exception notable de la France.

Les perspectives pour 2027 restent incertaines. La zone euro devrait croître de 1,6% en 2026, après 1,5% en 2025, soutenue par l’investissement public et privé plutôt que par la consommation des ménages. Cette croissance modérée ne suffira pas à résorber le chômage en France ou en Espagne. Elle ne permettra pas non plus de combler le retard accumulé par l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Mais elle autorise un optimisme prudent, à condition qu’aucun choc externe ne vienne perturber la reprise.

Le niveau de vie européen dépendra de trois variables critiques. D’abord, la capacité des ménages à maintenir ou accroître leur pouvoir d’achat face aux pressions budgétaires et fiscales. Ensuite, l’évolution du marché immobilier qui pèse de plus en plus lourd dans les budgets et alimente les inégalités. Enfin, la résilience face aux chocs externes : tensions commerciales avec les États-Unis ou la Chine, crises énergétiques, instabilité géopolitique.

La question centrale n’est plus de savoir si le Nord vit mieux que le Sud, mais comment chaque pays arbitre entre salaires élevés et coût de la vie maîtrisé, entre croissance économique et cohésion sociale, entre attractivité internationale et préservation du modèle social. L’Espagne a trouvé son équilibre en 2026. Combien de temps le maintiendra-t-elle ? Et combien d’autres pays parviendront à l’imiter ?



L'Essentiel de l'Éco est un média indépendant. Soutenez-nous en nous ajoutant à vos favoris Google Actualités :

Publiez un commentaire

Publier un commentaire