Afficher le sommaire Masquer le sommaire
Donald Trump a tranché. Ce vendredi matin, le président a annoncé sur Truth Social la nomination de Kevin Warsh pour diriger la Réserve fédérale. Le juriste de 55 ans doit remplacer Jerome Powell en mai, à l’issue de son mandat. « Il correspond parfaitement au profil recherché, et il ne vous décevra jamais », a commenté Trump. La formule en dit long sur ce que le président attend : non pas un banquier central indépendant, mais un allié.
A LIRE AUSSI
Peter Navarro, l’homme qui veut taxer le monde pour Donald Trump
Trump veut des taux à 1% et une Fed obéissante
Trump n’a pas cherché à masquer ses intentions. Il veut que Warsh abaisse les taux directeurs jusqu’à 1%, contre 3,50% à 3,75% actuellement. L’indépendance de la Fed ? Le président n’en veut pas. Il préfère l’obéissance. Cette franchise brutale aurait pu faire fuir les marchés. Elle ne les a pas fait fuir.
Les investisseurs ont bien accueilli la nomination. Warsh connaît la Fed de l’intérieur et Wall Street aussi. Sept ans chez Morgan Stanley, cinq ans au Conseil des gouverneurs entre 2006 et 2011 : le New-Yorkais n’est pas un novice parachuté pour des raisons idéologiques. Les marchés redoutent une Fed instrumentalisée. Warsh leur offre au moins les apparences du professionnalisme.
Trump a une autre raison de faire confiance à Warsh : tous deux évoluent dans le même monde. Le président est proche de Ronald Lauder, milliardaire des cosmétiques qui lui avait suggéré d’acheter le Groenland. Warsh a épousé sa fille, Jane Lauder. Ces connexions familiales ne garantissent rien sur la politique monétaire à venir, mais elles rassurent un président obsédé par l’idée d’être « trahi » par ses propres nominations.
Forgé par la crise de 2008 chez Morgan Stanley et la Fed
Diplômé de Stanford en gestion publique et de Harvard en droit, Warsh a fait ses armes dans la banque d’affaires avant de rejoindre en 2002 le Conseil économique national de Bush. En 2006, il entre à la Réserve fédérale comme plus jeune membre du Conseil des gouverneurs de son histoire. Timing redoutable : il se retrouve en pleine tourmente financière. AIG au bord du gouffre, Bear Stearns en faillite. Warsh négocie, sauve ce qui peut l’être, se forge un carnet d’adresses et une réputation à Wall Street.
La crise passée, Warsh change de ton. En 2010, il critique le gonflement du bilan de la Fed et se positionne en « faucon », obsédé par l’inflation. Aujourd’hui, Trump le nomme pour jouer la « colombe » : stimuler l’emploi et la croissance, peu importe les prix. Le paradoxe est saisissant. Warsh n’a jamais été un partisan de l’assouplissement monétaire à outrance. Il va devoir s’y convertir.
Du faucon anti-inflation à la colombe de la croissance
Après son départ de la Fed, Warsh est devenu conférencier et administrateur d’UPS. Trump avait déjà envisagé de le nommer en 2017, avant de choisir Powell. Puis il avait reproché à Warsh de ne pas avoir assez défendu sa candidature. Cette fois, Warsh a appris. Il a multiplié les signaux : les droits de douane n’inquiètent pas, leur effet sur les prix sera ponctuel. Il faut réduire le bilan de la Fed, certes, mais cela justifie de baisser les taux directeurs. Scott Bessent a obtenu le Trésor, Warsh était sur la liste. Il a su se rendre disponible.
Warsh ne vient pas les mains vides. Il porte une critique institutionnelle : la Fed a trop grossi, elle assume des responsabilités qui relèvent du politique. Elle s’appuie trop sur des indicateurs macroéconomiques traditionnels et des modèles théoriques « obsolètes ». Elle devrait travailler plus étroitement avec le Trésor. Sous sa présidence, la banque centrale pourrait revoir ses outils et son périmètre d’action. Moins de données gouvernementales, moins de modèles, plus de pragmatisme. Le programme séduit Trump.
Le Sénat bloque : l’enquête contre Powell en question
Reste un obstacle : le Sénat. Ce vendredi, le républicain Thom Tillis a répété qu’il ne voterait pas tant que l’administration Trump poursuivrait son enquête contre Jerome Powell. « Kevin Warsh est un candidat qualifié avec une profonde compréhension de la politique monétaire », a-t-il déclaré sur X. « Mais ma position n’a pas changé. » Powell n’a pas encore quitté la scène. Son ombre pèse déjà sur son successeur.


