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Dans l’univers du trail running, les cartes semblaient déjà bien distribuées. Salomon, Hoka, Asics, New Balance : des multinationales aux reins solides, au marketing millimétré, à la production mondialisée. Et puis, au milieu des géants, une PME iséroise, Raidlight, qui a choisi un tout autre chemin. Production locale, innovation communautaire, engagement environnemental. Une ligne claire, presque militante, qui lui permet de tirer son épingle du jeu dans un marché en pleine effervescence.
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Un fondateur traileur
Benoît Laval n’est pas un investisseur opportuniste tombé dans la marmite du trail par hasard. Ce diplômé en ingénierie textile, ancien membre de l’équipe de France de trail, a créé Raidlight en 1999 à Saint-Pierre-de-Chartreuse. Deux cents courses disputées dans 26 pays : le CV parle. L’expérience du terrain devient ici moteur d’innovation. Chez Raidlight, on conçoit pour des coureurs, par des coureurs.
Cette expertise personnelle s’est muée en vision industrielle. Laval a installé l’innovation au cœur de la marque, sans jamais déconnecter le produit de son usage réel. Un positionnement rare dans un secteur souvent guidé par le design ou le storytelling plus que par la fonctionnalité.
Du flirt avec Rossignol à la reprise en main
En 2016, Raidlight entre dans le giron du groupe Rossignol. Le projet : accélérer à l’international. Mais le mariage reste de courte durée. Inadéquation des stratégies, différences de tempo. Benoît Laval quitte l’entreprise en 2019. L’année suivante, un groupe d’investisseurs privés rachète Raidlight. Et recentre la marque.
Fini les digressions vers le ski (Vertical est revendu en 2024). Le trail redevient le cœur de métier. La relance est rapide : +26 % de chiffre d’affaires sur l’exercice 2023-2024, pour atteindre 5,5 millions d’euros, dont plus de 2 millions à l’export. La PME retrouve sa cohérence. Et sa marge de manœuvre.
Dans le sport outdoor, les chaînes de valeur sont majoritairement offshore. Raidlight fait un choix rare : produire en France, à échelle industrielle. Sur les 38 salariés de l’entreprise, 14 sont affectés à la fabrication locale, répartie sur trois sites.
Saint-Pierre-de-Chartreuse reste l’atelier historique, Veurey-Voroize (Isère) vient l’épauler depuis 2024, Notre-Dame-des-Millières (Savoie) s’ajoute en 2025 dans les anciens locaux de Stimbro. Trois sites, 650 m² d’ateliers, 50 000 articles visés par an en production locale. Aujourd’hui, le Made in France pèse déjà 20 % du chiffre d’affaires.
Des produits conçus pour courir, pas pour briller en vitrine
Le catalogue Raidlight couvre tout l’univers du trail : sacs, textiles, vestes, accessoires. Mais c’est sur les sacs d’hydratation que la marque s’est taillé une réputation solide. Le modèle Dynamic 10, par exemple : 200 grammes, ultra-léger, modulable. Une prouesse. La gamme Ultralight, conçue et fabriquée en France, pousse encore plus loin l’approche technique.
Côté textile, les tissus maison (LazerDry, Ripstretch) et les traitements (Scotchgard™) offrent protection UV (UPF40) et ventilation ciblée. Les prix ? 120 à 220 € pour un sac, 60 à 70 € pour un maillot. Raidlight s’insère entre les produits grand public et les offres premium. Sans posture élitiste.
Une écologie prouvée, pas proclamée
Le discours écologique est partout, les preuves, moins. Raidlight avance des chiffres. En 2024, 60 % des textiles sont en matières recyclées (bouteilles plastiques, filets de pêche). Objectif : 90 % en 2025.
Les certifications BlueSign et OekoTex Standard 100 garantissent des procédés respectueux de l’environnement. L’entreprise dispose d’un siège HQE, propose un service de réparation à vie, et a revu sa logistique pour réduire l’empreinte carbone. Ici encore, pas de posture : des résultats.
Depuis 2008, Raidlight construit ses produits avec sa communauté. Le “Team Ouvert à Tous” rassemble des centaines de pratiquants, qui testent, commentent, suggèrent. La R&D se nourrit du terrain, des retours d’expérience.
Pour 2025-2026, le programme ambassadeurs mise sur des traileurs amateurs expérimentés, qui organisent des “Sorties Trail” ouvertes à tous. Le lien avec la base n’est pas cosmétique. Il structure le développement produit.
Un ancrage territorial fort et assumé
Raidlight ne vend pas seulement des sacs. Elle façonne des territoires. En 2011, elle lance le concept de “Station de Trail” : parcours balisés, tests de matériel, découverte locale. Une manière de lier usage, paysage et produit.
Les événements suivent : Raidlight Winter Trail (31 janvier – 1er février 2026), Trail Festival en mai, Grand Duc (73 km, 4600 m D+), Grand Raid du Guillestrois-Queyras en juillet. La marque est aussi partenaire du Grand Raid de La Réunion, avec une collection capsule très convoitée.
Le trail running explose. En France, 2,96 millions de passages sur des lignes d’arrivée en 2024, +27 % sur un an. Plus d’un million concernent le trail. Au niveau mondial, environ 20 millions de pratiquants selon l’ITRA.
Le panier moyen annuel d’un traileur français atteint 554 €. Et la demande évolue : place croissante au technique, au durable, au local. Un terreau favorable à la stratégie de Raidlight.
Une alternative crédible face aux mastodontes
Les multinationales règnent en maîtres : Salomon (filiale d’Amer Sports), Hoka, Asics, New Balance. Face à elles, Raidlight déploie une “troisième voie”. Une production française, une innovation pratique, une communauté impliquée.
Avec ses 5,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, la PME se positionne entre les micro-marques d’artisans et les géants industriels. Son positionnement prix reste accessible, tout en garantissant une vraie qualité technique. De quoi séduire les novices comme les ultra-traileurs chevronnés.
L’année 2026 s’annonce comme un palier. Raidlight prévoit de renforcer ses effectifs pour accompagner l’augmentation de la production locale. La barre des 90 % de matières recyclées dans le textile reste en ligne de mire. La marque consolide son agenda événementiel et poursuit son développement à l’export, avec 25 pays déjà couverts. Les sentiers ne manquent pas.


