Pourquoi vendre un sous-traitant du Rafale à une puissance étrangère ?

La France cède un fournisseur crucial du Rafale à l’étranger. Un choix qui interroge, et dérange jusqu’au sein de l’État.

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Le 26 décembre, en plein entre-deux-fêtes, LMB Aerospace a changé de main. Le spécialiste corrézien des systèmes de refroidissement, fournisseur du Rafale et des chars Leclerc, est désormais la propriété d’un groupe américain. Loar Group, une holding puissante qui regroupe une dizaine d’équipementiers de défense et d’aéronautique, pour l’essentiel américains et britanniques, a mis la main sur cette PME stratégique. Montant de l’opération : 367 millions d’euros, dette nette comprise.

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Un maillon critique du Rafale passe sous pavillon américain

Ce qui pourrait apparaître comme une opération industrielle banale soulève en réalité une question sensible : peut-on raisonnablement exposer un maillon de la chaîne du Rafale, fleuron de l’aéronautique de défense française, à une telle prise de contrôle étrangère ? Le Rafale n’est pas un avion comme un autre. Il est à la fois une vitrine technologique, un outil diplomatique et un levier d’autonomie stratégique. Or, ses performances dépendent aussi de la solidité de ses sous-traitants. Et LMB Aerospace, avec ses solutions de refroidissement, fait partie de ces rouages discrets mais essentiels.

Ce rachat n’est pas une surprise. Il était dans les tuyaux depuis février 2025. Dès cette date, le dossier a été suivi de près par Bercy dans le cadre de la législation sur les investissements étrangers. Mais malgré ce cadre légal, les conditions de la vente interrogent. Car si Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, assure que des garanties « extrêmement précises, extrêmement rigoureuses et extrêmement exigeantes » ont été imposées, l’opération a été validée contre l’avis de la Direction générale de l’armement (DGA), bras technique du ministère des Armées. Et surtout sans intégrer Bpifrance au capital, alors que sa présence aurait constitué un verrou public supplémentaire.

Des garanties posées mais une souveraineté en suspens

Côté gouvernement, on s’efforce de rassurer. L’État, via l’Agence des participations de l’État (APE), a obtenu une action de préférence — une golden share — qui lui donne un droit de veto sur les décisions stratégiques. La production devra rester en France, les contrats jugés sensibles seront protégés. Selon Roland Lescure, il ne s’agit pas d’une braderie mais d’un choix intergouvernemental, sans conséquence sur la souveraineté française.

Mais ces assurances ne dissipent pas les doutes. À droite comme à gauche, de nombreuses voix politiques dénoncent un affaiblissement du contrôle national sur un acteur de la défense. La discrétion de l’annonce, en pleine trêve des confiseurs, renforce cette impression d’évitement. Le communiqué du rachat est venu du groupe américain, sans communication officielle française d’ampleur. Ce silence relatif tranche avec le rôle que joue LMB Aerospace dans l’écosystème du Rafale.

La chaîne industrielle fragilisée

Ce qui est en jeu ici dépasse un simple changement d’actionnaire. Il s’agit de la maîtrise de la chaîne industrielle d’un programme militaire central. Dans un contexte international tendu, la résilience de cette chaîne est essentielle. Et la multiplication d’acquisitions étrangères dans le secteur, même encadrées, fragilise un équilibre déjà délicat. La golden share permet de bloquer certains mouvements, mais elle ne donne pas de vision. L’absence de Bpifrance, elle, marque une limite à l’ambition industrielle affichée par l’État.

La question n’est pas de savoir si Loar Group tiendra parole. La question est de comprendre pourquoi, malgré l’importance du Rafale dans la stratégie française, l’État a choisi de s’effacer, ou du moins de ne pas imposer une solution plus souveraine. Quand un maillon critique passe sous contrôle étranger, même avec des garde-fous, c’est toute la chaîne qui devient plus vulnérable.



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8 commentaires sur « Pourquoi vendre un sous-traitant du Rafale à une puissance étrangère ? »

  1. ne pourrais t on pas plutôt vendre l escure et macron
    l’expérience des turbines Annabelle n’a donc servi à rien
    avec ça on va résister au fachiste trump

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    • Bonjour,

      Le code. Pénal ne prévoit il rien ?
      Surtout si la haute trahison est retenue.
      Reste à démontrer la haute trahison.
      Cordialement.

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      • le gouvernement doit faire un retro pédalage et bloqué cette vente quoiqu’il en quoiqu’il en coûte LA FRANCE D’ABORD les politiques sont des vendus et des traîtres
        Niezgocki pierre tel0773496301

  2. Et la fête continu on pourrait se demandé à qui cela profite t il? une entreprise de 80 salariés vendu 360 millions d’euros et considéré que ce n’est pas stratégique
    . triste journée.

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  3. maintenant il faut analyser avec l inde…80/100 du top secret seront envoyés de france,et une ligne d assemblage sera française,se qui servira de tempon a la ligne d assemblage supplémentaires en france,donc l inde produira bcp de chose,et participera à l évolution du rafale,les allemands vont devoir suivre

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  4. Pauvre France dirigée par des incapables qui se vendent aux Américains. Ce n’est pas la première fois. Général Electric. Alstom Belfort.
    Honte à ces gouvernements minables.

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  5. quand il s’agit de la défense nationale il faut un véto même si c’est hors la loi FRANCE D’ABORD comme qui dirait trompé les politiques français sont des traîtres et des vendus

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8 commentaires