Tourisme durable : le beau pari d’Evaneos

Avec un modèle équitable et transparent, Evaneos redonne du sens au voyage tout en réduisant les intermédiaires.

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Alors que le tourisme mondial renoue avec une croissance soutenue dans le sillage de la pandémie, ses limites redeviennent criantes. Massification des flux, uniformisation des offres, faibles retombées pour les territoires visités : le modèle dominant, hérité des années de consommation de masse, peine à se réinventer. Et c’est précisément sur cette fracture qu’Evaneos a bâti sa singularité. Fondée en 2009, la plateforme française entend reprendre le voyage à la racine, en déplaçant la valeur économique et humaine vers ceux qui en sont le plus souvent exclus : les acteurs locaux.

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Revaloriser les acteurs locaux du tourisme

Car le voyage traditionnel repose sur une mécanique bien huilée, mais peu vertueuse. Une chaîne d’intermédiaires — tour-opérateurs, distributeurs, agences en ligne ou physiques — capte la majorité des revenus, ne laissant que des miettes aux prestataires locaux. Résultat : moins de la moitié du prix payé revient réellement au pays visité. Ce modèle optimise les volumes, pas les expériences. Il favorise les destinations emblématiques, standardise les produits pour mieux les vendre, pousse à la rentabilité par la répétition.

À mesure que les flux s’emballent, les tensions s’accumulent. Surfréquentation de certains sites, pression sur les infrastructures, perte de sens pour le voyageur lui-même. Car les attentes changent. Le client ne cherche plus simplement un lieu, mais une histoire, une relation, une immersion. Et le système hérité des années 80 n’a pas été pensé pour cela.

Evaneos s’est engouffré dans cette brèche. Son principe est simple : mettre en relation directe les voyageurs avec plus de 2 000 agences locales dans 160 destinations. Exit les intermédiaires. Ce qui suppose une sélection rigoureuse : seuls 5 % des candidats sont retenus, sur des critères de qualité, de maîtrise du français, de capacité d’écoute. Le but n’est pas de remplir des quotas, mais d’instaurer une relation.

Le résultat, c’est une redistribution radicalement différente. En moyenne, 85 % du montant d’un voyage revient aux acteurs locaux. Une rupture franche avec les standards du secteur. Cette approche a valu à l’entreprise sa certification B Corp dès 2022, renouvelée début 2026 avec un score en hausse (124,3). Le modèle repose aussi sur une transparence tarifaire peu commune : la commission d’Evaneos, de 10 à 12 %, est prélevée du côté de l’agence, pas du client. Pas de frais cachés, pas de surprise. Et des prix souvent 20 à 30 % inférieurs à ceux des acteurs traditionnels.

Du séjour standardisé au projet personnalisé

Au fil des ans, l’entreprise a assumé une montée en gamme. Le panier moyen est passé de 1 400 euros en 2016 à plus de 7 000 euros en 2022. Pas pour séduire le haut de gamme, mais parce que le voyage change de nature. Il devient plus long (13 jours en moyenne), plus familial, plus singulier. À la logique de l’instantanéité succède celle de la construction partagée. Ici, pas de catalogue à feuilleter, mais un dialogue avec un expert local pour bâtir, pas à pas, un projet adapté. L’expertise humaine redevient centrale. Les taux de satisfaction suivent : 96 % de clients satisfaits, 83 % donnant la note maximale.

Allonger le voyage pour moins polluer

Mais la promesse va au-delà. Elle s’étend à l’empreinte environnementale. En janvier 2026, Evaneos a instauré une règle simple : pas de séjour de moins de sept jours dès qu’un vol est nécessaire. L’objectif : limiter l’impact des déplacements courts, parmi les plus polluants par jour passé sur place. Une décision structurante, prise sur la base d’un audit mené avec Carbone 4 : les émissions propres à la plateforme sont marginales (moins de 1 %), mais celles liées aux vols, même indirectement, représentent 76 % du total.

La réponse a été systémique. Fini les city breaks de moins de cinq jours. Finies aussi certaines destinations stars, comme Mykonos ou Santorin, abandonnées en haute saison malgré leur rentabilité. Dans la même logique, Evaneos a co-développé un outil inédit avec Roland Berger : un Index du surtourisme, croisant densité, saisonnalité, pression infrastructurelle et retombées économiques. Les résultats ont permis de réorienter les efforts vers des destinations émergentes, moins connues, mais plus résilientes.

Ce choix n’est pas sans coût. Renoncer à certaines destinations porteuses, allonger la durée des séjours, imposer des règles dans un secteur fondé sur la liberté du client : autant de décisions qui freinent la croissance immédiate. Mais elles posent une question centrale : peut-on croître tout en réduisant son empreinte ? Peut-on faire du sur-mesure sans tomber dans la logique industrielle du tourisme de masse ?

Répliquer le modèle

Evaneos tente une réponse par la technologie, pensée non comme un substitut, mais comme un levier d’appui. En 2025, l’entreprise a racheté Odys, un éditeur de solutions SaaS, pour créer une filiale dédiée aux outils numériques des agences locales : gestion, réservations, paiements. L’objectif : leur permettre de gagner en efficacité sans perdre leur autonomie. Cette entité, indépendante du cœur de métier, pourrait essaimer bien au-delà du réseau d’Evaneos.

Mais l’essaimage ne vaut que si le socle tient. Or les résultats 2025 tracent une trajectoire encourageante : +15 % de croissance estivale malgré un marché global en recul, 40 % du chiffre d’affaires désormais réalisé hors de France, et une satisfaction client toujours en hausse.

Ce que propose Evaneos, ce n’est ni un modèle de niche ni un manifeste. C’est une refonte méthodique des fondations du voyage. Un pari risqué dans un secteur sous contrainte, mais une tentative sérieuse de réconcilier désir de découverte et responsabilité.



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