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Artemis tourne une page. La holding de la famille Pinault a signé un accord avec le chinois Anta Sports Products pour lui céder 29,06 % du capital de Puma, soit l’intégralité de sa participation. Montant de la transaction : 1,51 milliard d’euros, payés comptant. Avec cette opération, Anta devient le premier actionnaire de l’équipementier allemand, qui traverse une phase de restructuration lourde. Artemis, de son côté, allège son endettement et continue de se délester d’actifs jugés non stratégiques.
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Puma va devenir chinois
Le prix payé, 35 euros par action, représente une prime de 62 % par rapport au cours de clôture du 26 janvier. Un tarif élevé, mais assumé par le groupe chinois. L’opération, annoncée le 27 janvier, sera financée entièrement par la trésorerie d’Anta. Sa finalisation est attendue d’ici la fin de l’année, sous réserve de l’approbation des autorités de la concurrence, des actionnaires et des régulateurs concernés, notamment en Chine.
La réaction des marchés a été immédiate. Le titre Puma s’est envolé de près de 15 % en Bourse. À Francfort, il terminait la séance du 26 janvier à 21,63 euros, soit une hausse de 14,76 %. Anta, coté à Hong Kong, progressait aussi dans les premiers échanges.
Anta muscle son portefeuille international
Le groupe chinois, dont la capitalisation boursière dépasse les 27 milliards de dollars, n’est pas un inconnu dans le secteur. Il possède déjà plusieurs marques comme Fila, Jack Wolfskin, Kolon Sport ou Maia Active. Il est aussi actionnaire majoritaire d’Amer Sports, maison mère de Salomon, Arc’teryx, Wilson ou Atomic. En 2019, Anta avait mené le consortium qui s’était offert cet ensemble pour 5,2 milliards de dollars.
Le président d’Anta, Ding Shizhong, rattache cette prise de participation à la stratégie globale du groupe, construite autour de trois axes : focus unique, multi-marques, mondialisation. Le potentiel de Puma, en particulier en Chine, reste selon lui sous-exploité. Actuellement, seulement 7 % du chiffre d’affaires de la marque est réalisé dans le pays. Wei Lin, vice-président d’Anta, évoque un plan de développement ambitieux pour redresser la situation. Anta souhaite par ailleurs siéger au conseil d’administration de Puma, mais n’envisage pas de prise de contrôle totale.
Puma dans la tourmente, restructuration en cours
Le timing n’est pas anodin. Puma est en pleine cure d’austérité. Le nouveau directeur général, Arthur Hoeld, nommé en juillet 2025, a lancé une restructuration en profondeur. Objectif : réduire les coûts, assainir la gamme, couper dans les promotions. Au programme : 900 suppressions de postes d’ici fin 2026. L’année 2026 est présentée comme une phase de transition, avec une reprise attendue en 2027.
Pour l’heure, les comptes sont dans le rouge : une perte nette de 308,9 millions d’euros sur les neuf premiers mois de 2025, contre un bénéfice de 257 millions d’euros un an plus tôt. Les ventes ont chuté de 8,5 % sur la même période, à 5,97 milliards d’euros. Puma a dû sécuriser sa trésorerie fin 2025 avec une enveloppe de 600 millions d’euros, dont une facilité de crédit garantie par Santander de 500 millions d’euros, à laquelle s’ajoutent 108 millions d’euros de lignes de crédit confirmées.
Artemis cherche à alléger une dette qui enfle
Chez Artemis, la logique est différente. La holding de la famille Pinault cherche à se recentrer sur ses actifs contrôlés, et à se désendetter. La cession de Puma va dans ce sens. Un porte-parole confirme que l’opération contribuera à la réduction de la dette, estimée à 7,1 milliards d’euros, en hausse de 40 % par rapport aux niveaux historiques. Kering, principal actif d’Artemis, traverse lui aussi une période délicate, avec une dette nette de 14,5 milliards d’euros selon S&P. En juin 2025, Artemis avait levé 400 millions d’euros pour soutenir l’action Kering. Les revenus de son portefeuille ont chuté de 40 % en 2025, à 520 millions d’euros environ.
La participation dans Puma, récupérée en 2018 à la suite de la réorientation luxe de Kering, n’était plus considérée comme stratégique par François-Henri Pinault. Les discussions avec Anta auront duré plusieurs mois. En septembre 2025, Artemis ne voulait pas vendre aux prix du marché. Début janvier, Reuters révélait que les négociations bloquaient sur la valorisation. Artemis espérait une offre supérieure à 40 euros par action. Finalement, l’accord s’est conclu à 35 euros. La capitalisation de Puma était tombée à 3,3 milliards d’euros début janvier, en recul de 50 % sur un an. Depuis, le titre s’était légèrement repris.


