Jeux annulés, postes supprimés, grève : Ubisoft est-il condamné ?

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Le jeu vidéo est un monde qui avance à grande vitesse, porté par l’innovation technologique, la créativité des studios et l’appétit inlassable des joueurs. Mais c’est aussi un secteur brutal, où la taille et l’expérience n’immunisent pas contre les à-coups. Ubisoft, longtemps fleuron du jeu vidéo français, en fait aujourd’hui l’expérience.

Une cure d’amaigrissement au cœur du groupe

L’entreprise a engagé un plan de départs volontaires visant jusqu’à 200 postes au sein de son siège de Saint-Mandé. C’est une brique de plus dans une restructuration en cours, qui cherche à réorganiser un groupe devenu lourd, éclaté, et souvent en décalage avec les attentes du marché. Le projet passe par une Rupture Conventionnelle Collective, dispositif désormais bien connu dans les grandes entreprises françaises, qui permet d’organiser des départs non contraints, à condition d’un accord avec les partenaires sociaux et l’administration.

Le geste est ciblé : seuls les salariés d’Ubisoft International sous contrat français et travaillant au siège sont concernés. Studios français et étrangers restent en dehors du périmètre. Cette délimitation géographique et fonctionnelle montre une volonté claire : c’est le cœur décisionnel qu’il s’agit d’alléger, pas encore les lignes de production. Le centre de gravité de l’entreprise est en train de se déplacer

Quand l’inquiétude gagne les étages

Mais cette opération ne survient pas dans un vide. Depuis des mois, Ubisoft enchaîne les décisions difficiles. Deux studios ont fermé. Six jeux ont été annulés, sept autres repoussés. Les « Creative Houses », cette structure censée mieux organiser les talents autour de pôles créatifs, sont elles-mêmes en cours de réorganisation. Et dans les étages, la confiance vacille. La fin du télétravail généralisé, qui avait permis à certains salariés de déménager loin de la région parisienne, a été perçue comme un retour en arrière, imposé sans concertation.

C’est dans ce contexte que les syndicats ont lancé un appel à la grève, sur trois jours, du 10 au 12 février, touchant à la fois le siège et les studios internationaux. Une mobilisation rare dans un secteur peu syndiqué, mais révélatrice d’un malaise profond. Les revendications portent sur le retour en présentiel, bien sûr, mais aussi sur l’incertitude persistante autour de la stratégie de l’entreprise, et la manière dont elle est conduite.

Ubisoft cherche une voie. Mais elle doit la tracer tout en restant en mouvement. Ce n’est pas seulement une affaire de coûts à réduire ou de structures à simplifier. C’est une redéfinition de l’identité même du groupe qui se joue. Le pari est risqué. Mais le statu quo l’était davantage.



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