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En pleine glaciation du marché immobilier, quand les agences ferment à rideau baissé et que les proptechs décrochent les unes après les autres, Béa fait du contre-pied. L’entreprise, lancée début 2024 par Frédéric Kopp, parie sur un vieux mécanisme juridique tombé dans l’oubli : le troc. Pas celui des vide-greniers. Celui inscrit noir sur blanc dans le Code civil, article 1702, et qui permet à deux propriétaires d’échanger leurs biens, sans passer par la case vente. Béa applique la formule à l’habitat principal.
Pas de crédit, pas de stress
Le système repose sur une logique simple : chacun met son logement sur la table, la plateforme se charge de la mise en relation. Et l’affaire se conclut chez le notaire. Moins de paperasse, moins de frais — jusqu’à 60 % de réduction sur les frais de mutation, selon l’entreprise — et surtout, pas besoin de financement bancaire. En un an, plus de mille annonces ont été publiées, y compris dans les départements d’outre-mer et quelques pays étrangers. Mais hors de France, la mécanique juridique cale encore.
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Des accords qui basculent dans le concret
Quatre opérations sont en passe d’être bouclées. Parmi elles, un cas emblématique dans les Hauts-de-Seine : un couple proche de la retraite cède son appartement trop vaste à un jeune père de famille, en échange d’un logement plus petit. Une solution directe, sans dettes ni délais de revente. Et un levier potentiel pour débloquer une situation figée : chaque année, environ 600 000 ménages propriétaires abandonnent leur projet de déménagement, faute de financement.
Frédéric Kopp n’est pas un pur produit de la tech ni de l’immobilier. Ancien cadre dans l’agroalimentaire, passé par l’Espagne et le Canada, il se reconvertit après un détour par l’énergie. Il pose ses valises dans l’entreprise familiale GK Promotion, puis chez Century 21 et Keller Williams. C’est là que l’idée mûrit : des clients bloqués, non pas par les prix, mais par les étapes intermédiaires. Béa veut court-circuiter le processus.
Un modèle pensé pour s’étendre
Le projet bénéficie d’un soutien de Bpifrance et de fonds familiaux. Frédéric Kopp vise l’industrialisation du concept, dans un contexte de contraction du marché : de 1,2 million de transactions en 2022 à 750 000 en 2024. La plateforme se rémunère à 3 % par bien échangé. Et se défend de concurrencer les notaires, préférant parler de complémentarité.
À l’opposé du profil startupper standard, Frédéric Kopp avance par conviction plus que par plan de carrière. Ancien joueur de foot, il monte aujourd’hui sur un ring de boxe pour souffler. Il aime le stand-up anglo-saxon, Ricky Gervais en tête. Une personnalité atypique, mais en phase avec une époque où réinventer l’accès à la propriété devient un impératif.


