Afficher le sommaire Masquer le sommaire
Entre acronymes obscurs et démarches labyrinthiques, remplir sa première déclaration de revenus peut vite tourner au casse-tête. BIC ou BNC ? Micro ou réel ? VFL ou PFL ? Pour beaucoup de jeunes adultes, la confrontation avec l’administration fiscale s’apparente à un saut dans l’inconnu. Un tiers des 25-34 ans ressentent de l’angoisse au moment de déclarer leurs revenus. Le constat est partagé au sein de la startup Buddy : les jeunes ne sont ni formés, ni préparés à ces démarches.
Gérer un budget, choisir une mutuelle, déclarer ses impôts, comprendre l’Urssaf… autant de formalités souvent abordées pour la première fois à l’entrée dans la vie active, sans accompagnement. D’après une étude YouGov, 49 % des jeunes souffrent de phobie administrative. Cette accumulation de responsabilités, dans un contexte institutionnel complexe, génère stress, confusion et parfois renoncement. C’est dans cet angle mort que Buddy s’inscrit.
A LIRE AUSSI
Ce que vos impôts financent vraiment en 2026
Une solution pensée pour une génération débordée
Fondée en octobre 2022 par Clara Meurer, Céline Bertrix et Mehdi Benharrats, tous trois issus du master X-HEC, la jeune entreprise est née d’une frustration commune : l’absence d’outils accessibles, fiables et simples pour naviguer dans les démarches administratives du quotidien. Dès ses débuts, Buddy reçoit le soutien de plusieurs dispositifs d’accompagnement à l’entrepreneuriat, dont l’incubateur HEC Paris, le programme SISTA EntrepreneurEs, la French Tech, ainsi que les prêts d’honneur du Réseau Entreprendre et de Wilco Initiative.
Le premier produit lancé par la startup est une newsletter personnalisée. Elle informe chaque abonné en fonction de son âge, de son statut professionnel ou de son lieu de vie, des échéances administratives à venir. Elle décrypte également des sujets souvent jugés complexes comme la Sécurité sociale, la fiscalité ou la gestion du budget. Cette approche pédagogique et contextualisée permet de réduire la charge mentale des utilisateurs, en les orientant uniquement vers l’information pertinente.
Une application pour guider, alerter et orienter
Rapidement, Buddy identifie un point de tension majeur : la déclaration de revenus. Moment redouté par une majorité de primo-déclarants, cette formalité génère incompréhension, erreurs et anxiété. Pour y répondre, la startup conçoit un outil dédié en partenariat avec la Direction générale des Finances publiques. Son fonctionnement repose sur un questionnaire sans jargon, à remplir en cinq minutes. À l’issue de ce parcours, l’utilisateur reçoit un guide personnalisé qui lui indique, étape par étape, ce qu’il doit renseigner dans sa déclaration, sans risque de confusion ou d’oubli.
En décembre 2024, Buddy franchit une nouvelle étape avec le lancement d’une application mobile gratuite. Celle-ci regroupe désormais l’ensemble des services proposés : suivi des démarches à venir (impôts, énergie, logement), accompagnement au remplissage des formulaires, orientation vers des partenaires fiables (mutuelles, banques, fournisseurs). L’application vise à centraliser l’information et à accompagner les jeunes dans leur quotidien administratif, sans les noyer sous une surcharge de contenus.
Un modèle économique encore en construction
En parallèle, l’équipe développe une fonctionnalité d’automatisation de certaines tâches à l’aide de l’intelligence artificielle. À partir des informations fournies, certains documents — comme la déclaration d’impôt — pourront être pré-remplis, dans le respect des règles et en cohérence avec les attentes des institutions. Cette fonctionnalité sera intégrée dans une offre freemium, accessible via un abonnement à 5,99 euros par mois. À terme, une trentaine de démarches administratives pourraient être couvertes par ce système. La vérification des contenus avec des organismes comme Bercy, la CAF ou l’Assurance maladie garantit la fiabilité du service.
Le modèle économique de Buddy repose aujourd’hui sur des partenariats avec des entreprises comme Alan ou Octopus Energy. En identifiant les besoins des utilisateurs, l’application les oriente vers des solutions partenaires, en échange d’une rémunération moyenne de 50 euros par contrat signé. Cette activité a permis à la startup de générer 70 000 euros de chiffre d’affaires en 2024. Avec le développement de l’offre freemium, la startup compte diversifier ses sources de revenus et monter en puissance.
Une ambition : 100 000 utilisateurs et la rentabilité
Aujourd’hui, Buddy revendique 15 000 utilisateurs et vise les 100 000 d’ici à 2026. Ce cap permettrait d’atteindre le million d’euros de chiffre d’affaires et de franchir le seuil de rentabilité. Pour accompagner cette croissance, la startup a engagé une levée de fonds de 500 000 euros, qu’elle prévoit de conclure avant la mi-mai. Les fonds permettront notamment de renforcer les équipes produit, d’améliorer la personnalisation de l’application, et d’automatiser un plus grand nombre de démarches.
Pensée comme un outil conçu par des jeunes pour des jeunes, Buddy se positionne comme un levier d’autonomie. En rendant lisibles et accessibles les démarches les plus redoutées, la startup veut faire de la pédagogie une réponse concrète à l’angoisse administrative. Son ambition : transformer une génération submergée par les formalités en citoyens capables de les comprendre et de les maîtriser.


