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Combien rapporte une chanson sur Spotify ? La question semble simple. La réponse l’est beaucoup moins. Car il n’y a pas de tarif unique, de montant figé, de grille transparente. En France comme ailleurs, la rémunération d’un titre dépend d’une mécanique de redistribution bien éloignée d’un calcul direct. Elle navigue entre une série de facteurs, depuis le type d’écoute jusqu’aux contrats passés entre artistes, labels et distributeurs.
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Des revenus très faibles par stream
Les chiffres d’abord, pour fixer les ordres de grandeur. En janvier 2026, un stream rapporte entre 0,003 et 0,005 dollar, soit 0,3 à 0,5 centime d’euro par écoute. À ce rythme, 1000 écoutes génèrent autour de 3 à 5 euros, un million d’écoutes entre 3000 et 5000 euros, brut. Pour empocher 100 euros, il faut compter entre 25 000 et 35 000 streams. Et encore : ce sont des moyennes.
Spotify ne verse pas un montant fixe par stream. Il redistribue un pool de revenus, proportionnellement à l’écoute globale. Sur chaque euro collecté, 70% retournent aux ayants droit : labels, éditeurs, distributeurs. Ce sont eux qui, ensuite, rémunèrent l’artiste, selon des contrats que Spotify ne connaît pas. Les 30% restants restent dans les caisses de la plateforme.
Tous les streams ne se valent pas
Mais tous les streams ne se valent pas. Ceux issus d’un compte Premium, facturé 12,14 euros par mois en France, rapportent entre trois et cinq fois plus que ceux d’un compte gratuit financé par la publicité. Les utilisateurs payants alimentent davantage le pot commun. Et la géographie entre aussi dans l’équation : une écoute américaine vaut environ 0,0039 dollar, une écoute portugaise à peine 0,0018 dollar. Le différentiel reflète le prix des abonnements locaux et les accords de licence.
La comparaison avec les autres plateformes enfonce le clou. Apple Music verse entre 0,007 et 0,01 euro par stream. Amazon Music, 0,004 à 0,006 euro. YouTube Music, beaucoup moins : 0,0014 euro. Deezer, entre 0,004 et 0,0046 euro depuis l’introduction de son modèle “artist-centric”. Tidal grimpe à 0,013 dollar. Qobuz, plateforme française haute-fidélité, affiche un reversement moyen de 0,01744 euro par stream en 2024. À ce niveau, une écoute y vaut cinq à six fois plus que sur Spotify.
Une barrière d’entrée : les 1000 écoutes par an
Depuis avril 2024, Spotify a restreint l’accès aux royalties : un titre doit atteindre au moins 1000 écoutes en un an pour générer des revenus. Plus de 60% des chansons sont exclues du système, ne franchissant pas ce seuil. Spotify avance que ces titres rapportaient en moyenne 3 centimes par mois, et que leur exclusion permet de réallouer 40 millions de dollars annuels aux morceaux plus écoutés. Mais le changement n’a pas fait l’unanimité.
Les chaînes de redistribution complexifient encore l’image. Spotify rémunère les ayants droit, pas directement les artistes. Une part des revenus passe par la SACEM (12 à 15%), qui reverse ensuite les droits d’auteur. Les interprètes et producteurs perçoivent les droits voisins via les producteurs ou les agrégateurs. Un artiste indépendant distribuant sa musique via DistroKid ou TuneCore peut garder 100% de ses royalties, à condition de payer un abonnement annuel, autour de 22,99 à 24,99 dollars. Un artiste signé en label, lui, partage souvent 50% ou plus de ses revenus, avec sa maison de disques.
Des millions d’euros redistribués, mais à qui ?
En 2024, Spotify a reversé près de 300 millions d’euros aux artistes et labels français, en progression de 18% sur un an. C’est trois fois plus qu’en 2018. Deux tiers sont allés à des indépendants, un niveau supérieur à la moyenne mondiale. Les artistes français générant plus de 100 000 euros de revenus sont quatre fois plus nombreux qu’en 2017. Ceux qui dépassent 500 000 euros, trois fois plus nombreux qu’en 2019.
Mais ces performances ne dissipent pas les critiques. Le modèle reste accusé de favoriser les artistes déjà installés. 99,5% des flux se concentrent sur une minorité de titres. La nouvelle règle du seuil à 1000 streams a été dénoncée comme une manière de “faire grossir les gros”. Certaines plateformes cherchent des alternatives. Deezer, avec son modèle “artist-centric”, introduit un double bonus pour les artistes professionnels écoutés par au moins 500 utilisateurs uniques chaque mois. Tidal, de son côté, expérimente une “redistribution directe” : une part de l’abonnement HiFi Plus va directement à l’artiste le plus écouté par chaque abonné.
Reste que Spotify, lui, ne donne pas le détail des calculs. Aucun montant par écoute n’est garanti. Tout dépend du contexte d’écoute, du pays, de l’abonnement… et des contrats, confidentiels, entre les artistes et ceux qui détiennent leurs droits. Même Spotify, assure-t-il, ne peut pas expliquer pourquoi tel ou tel versement tombe sur tel mois.


